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12 and holding

Publié le 27 avril 2007 par Menear
J'avais vu il y a quelques temps déjà Long Island Expressway (ou LIE pour les intimes et les autres), film intelligent et intéressant centré sur l'adolescence et qui a voulu à Michael Cuesta, son réalisateur, de se faire « recruter » pour réaliser quelques épisodes de Six Feet Under. Le bonhomme m'intéressait donc doublement, vous l'aurez compris. Deux ou trois ans plus tard, Michael Cuesta se trouve à la tête d'un nouveau film indépendant prometteur, 12 and holding, illustrant, cette fois-ci, la passerelle entre enfance et adolescence, l'âge charnière des douze ans cher au titre, le tout à travers trois portraits qui se complètent et se croisent. Trois personnages de douze ans, trois univers, trois problèmes existentiels et donc, au final, trois histoires.
12 and holding

Le point de départ de l'intrigue (qui fonctionne comme un prologue) est une histoire de gamins (de « pré-ados » comme on dit) : un conflit entre deux groupes de potes qui dégénère. Il y a une cabane dans l'arbre, eden des héros du film et un accident qui brise brutalement le temps mystérieux de l'enfance, et qui détruit l'arbre en question, la cabane, et aussi le terrain sur lequel elle était érigée. Le petit groupe s'éclate alors et chacun en viendra à s'isoler pour lutter contre ses propres démons.
Il y a d'abord Jacob qui doit faire face au drame psychologique de « l'accident » subi par son frère jumeau et un rapport étrange qui s'instaure entre lui et les deux agresseurs, déclencheurs de l'accident, envoyés en « prison juvénile ». Il y a ensuite Leonard, obèse et privé de son odorat à la suite de l'accident « fondateur » du prologue. Ce manque opère une révolution alimentaire et le pousse à se révolter contre le mode de vie de sa famille, obèse, elle aussi. Enfin, Malee, fille de psy privé de père, s'enamourache d'un homme, un adulte, un des patients de sa mère. Elle croit être devenue adulte trop tôt et se transforme en Lolita moderne en quête de repères et d'affection.
Trois personnages, donc, et un regard porté sur une jeunesse américaine (occidentale ?) enfermée dans une errance identitaire propre à son âge, ces fameux « twelve and holding » reflété par le titre.
12 and holding

Le principal point fort du film réside dans son ingénieuse discrétion. La caméra ne se fait pas remarquer, les acteurs (qui, il ne faut pas hésiter à le souligner, ont tous l'âge correspondant à leur rôle, c'était déjà le cas dans LIE et c'est assez rare pour être mis en valeur) jouent sans complexe, avec une sobriété et un naturel qui impressionne tout au long du film. Rares sont les jugements moraux que l'on s'attendrait à retrouver dans ce type d'oeuvres et les habituels effets cinématographiques renforçant la narration restent dissimulés : on a parfois l'impression de se retrouver dans une sorte de documentaire scénarisé. Le film demeure tout de même drôle, par moment, quand il le faut, sans excès ni comique exagéré. Juste quelques scènes, de temps en temps.
Le montage est également une étape qui a visiblement été soignée : les trois histoires s'enchevêtrent, se croisent et se succèdent sans jamais lasser, ni laisser des effets de suspens trop déstabilisant. On passe naturellement d'un personnage à l'autre parce que les transitions sont appliquées, et que les personnages eux-mêmes se croisent les uns les autres durant leurs errances respectives.
L'équilibre est, lui, géré de main de maître, ce qui veut tout simplement dire qu'à aucun moment une histoire ou un personnage ne prend le pas sur les autres : les trois intrigues connaissent leurs évolutions, leurs points forts et leurs acmés.
12 and holding

Plus particulièrement, on peut quand même souligner la grande finesse des rapports enfants/adultes, principalement caractérisés par la relation ambiguë Malee/l'homme sur lequel elle a « flashé ». Mais le rôle des parents n'est également pas à négliger : ils apparaissent sur le même niveau que leurs progénitures, c'est à dire en crise, en perpétuelle perte d'équilibre, jamais sûrs de leurs décisions, de leurs comportements. Le manichéisme dans le comportement enfants/adultes est de fait évité et ce n'est pas plus mal, de même que de nombreux clichés habituels des films et/ou séries télé destinés à cette tranche d'âge et, là encore, on en est reconnaissant.
Passé ces points positifs, qui marquent quand même la lecture du film, quelques écarts de conduite auraient sans doute pu être évité. Quelques symboliques un peu trop tarte à la crème, par exemple (on construit une maison sur le terrain qui représente l'enfance des personnages), ainsi que la fin du film, pour moi beaucoup trop ancrée dans une réalité improbable, qui, pour le coup, se rapproche plutôt des films et séries dont je parlais précédemment. Une facilité qui détonne par rapport au reste du film, comme si ces personnages qui suscitent beaucoup d'affection et auxquels on s'attache ne pouvaient pas se détacher du syndrome : tout doit être résolu. Mais heureusement, ces bémols n'entachent que peu la qualité globale du film.
Pourtant 12 and holding est passé relativement inaperçu lors de sa sortie en France, que ce soit aux yeux de la critique ou du public, un peu comme LIE en son temps, d'ailleurs. Dommage. On est visiblement passé à côté de quelque chose. Le sujet du film est pourtant intéressant et finalement très peu abordé au cinéma, quoi qu'on en dise : la fin de l'innocence, le passage à une autre vie que l'on ne peut pas vraiment appeler « adulte ». A l'heure actuelle, je ne sais pas quand ce film sortira en DVD (et s'il est déjà sorti), mais zyeutons tout de même sa sortie, parce que le film vaut sans aucun doute l'attention.

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