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H3 : photographe surréaliste et la femme-paysage (3)

Publié le 04 janvier 2008 par Marc Lenot

Dans le travail de montage de Heinz Hajek-Halke (au Kulturforum à Berlin jusqu’au 2 Mars), j’ai trouvé les compositions où il inscrit le corps de la femme dans un fond matériel particulièrement fascinantes.

Celle-ci (Nu dans le sable, années 30) donne une étrange matérialité au corps de la femme, qui se ride, se craquelle, se fissure, se délite. Contraste saisissant entre ses formes pleines et juvéniles, et la fragilité mortelle de sa construction dans le sable. On attend son effondrement, sa décomposition, sa disparition.

D’autres (La patrie des matelots, années 30) inscrivent le corps féminin dans la ville, ici sur un mur couvert de graffiti indéchiffrables, traces de passage, symboles d’amour ou de haine. Elle se couvre pudiquement les seins, et son visage souriant apparaît dans la fenêtre, reflet vierge de toute souillure, ouverture vers un autre espace.

La Princesse de l’arrière-cour (avant 1930) est une composition plus architecturée : un immeuble banal, du linge qui sèche et cette jeune femme en sous-vêtements, pensive, réservée, négligemment appuyée au chambranle. C’est une des compositions de Hajek-Halke les plus sereines, les moins sophistiquées, et, pour moi, parmi les plus attrayantes.

Le mauvais épilogue (1932) est une de ses photos les plus connues, sans doute du fait de la violence de la juxtaposition de ces trois hommes d’affaires en haut-de-forme et du corps de femme étalé au sol qu’ils piétinent. Faut-il y lire une dénonciation ? Je crois que Hajek-Halke a simplement voulu mettre en scène un choc violent entre deux icônes, nu et vêtu, rond et ferme, blanc et noir, argent et sexe, homme et femme, vie et mort : la voiture à l’arrière-plan est un corbillard…

Par contre, Il était une fois, datant des années 40, a probablement une résonance avec l’Allemagne de l’époque : on croit voir une ville en ruines, des immeubles bombardés sous un ciel tourmenté. Le corps même au premier plan est décomposé, démonté, monstrueux; on devine des seins, le reste est indistinct, comme un cancer, comme une victime de la bombe atomique. La chair semble avoir été pétrifiée, comme du bois fossilisé, comme un souvenir d’un autre temps. Ce photographe si amoureux du corps féminin, si adepte des beautés formelles, a aussi ses côtés sombres. Rappelez-vous son autoportrait.  

Photos provenant du catalogue.


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