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Chronique & Interview : Blank Dogs - Land and Fixed

Publié le 20 octobre 2010 par Hartzine

blank-dogs-1Difficile d’avoir fait partie des DC Snipers, puis se faire appeler Mike Sniper tout en s’exposant à visage découvert. Avancer masqué, le maître mot pour viser juste. Et en rafale. C’est ainsi que depuis presque quatre ans l’inusable New-Yorkais conjugue activisme do it yourself et stakhanovisme artistique, empilant sans ciller les jalons de fondateur émérite de la structure Captured Tracks, au catalogue de sorties irréprochable, en plus de ceux liés à son projet Blank Dogs, déjà responsable d’une discographie pléthorique dénombrant pas moins de trois albums, On Two Sides (Sacred Bones, 2008), Under and Under (In the Red Records, 2009) et, depuis le 12 octobre dernier, Land and Fixed, en sus d’une pluie de maxis sortis sur différents labels, dont les récents Seconds et Phrases parus respectivement en 2009 et 2010 sur Captured Tracks. Par commodité, on passe ici sous silence les nombreuses collaborations du jeune homme au sein de groupes plus ou moins durables et formels - dont Roman Soldiers (Warmer, Sacred Bones, 2009) avec Gary War, increvable baroudeur cold-pop, ou encore The Mayfair Set (Young One, Woodist, 2009) avec Kristin Gundred des Dum Dum Girls d’I Will Be (Sub Pop, 2010) - mais une chose est sûre : Mike Sniper n’est pas prêt de se reposer sur les lauriers fraichement glanés auprès de la critique et de ses pairs. Tel un symbole d’une imperturbable effervescence musicale, radicale et indépendante, jouant tout à la fois sur les vieux formats (cassette et vinyles en tête) et les nouveaux modes de transmission instantanée de la musique en ligne (téléchargement, blogosphère), il réincarne à brûle-pourpoint, par ses velléités cold-wave, l’ensemble des fantômes post-punk dissipés à l’orée des années quatre-vingt-dix. Ses deux premiers albums, perclus de voix caverneuses et de saturations corrodées, ont réouvert la boîte de Pandore là où les psalmodies cafardeuses de The Cure et Joy Division l’avaient fermé au tout début des années quatre-vingt : en plein effroi, taillé dans un son brut, presque industriel. Entre hommage passéiste et relecture numérique il n’y a qu’un pas que Blank Dogs s’empresse d’emboîter sans même se justifier, l’addiction auditive provoquée chez l’auditeur averti par On Two Sides et Under and Under renâclant elle-même son propre lot de réponses évasives. C’est d’ailleurs ce mimétisme sur les entournures, robustement chevillé à une singulière efficacité mélodique, que l’on retrouve sous une autre expression avec Land and Fixed, album aux sonorités synth-pop plus évidentes et à la production moins effrontément lo-fi. L’algarade ne s’apparente plus seulement à une forêt de distorsions viciées et hantées, s’accaparant désormais l’apparence d’un nouveau manifeste new-wave transpercé de part en part de claviers, oscillant entre lignes accrocheuses et nappes atmosphériques, de guitares à la parcimonie salutaire et de vocalises à la gravité assumée. Moins figé, peut-être plus enjoué, Land and Fixed égraine une vision plus contrastée d’un univers musical révulsé d’angoisses, esquissant par le biais du microsillon son ordonnancement cardinal, entre hymnes synthétiques rondement exécutés (Goes By, Northern Islands, Insides), habiles constructions cold-pop (Blurred Tonight, Another Languages), indolentes déflagrations à l’électricité roborative (All Around, Through the Wall) et fragile complainte touchante de sincérité (Treelines).

C’est donc animé d’une impatience non dissimulée, que l’on vous invite à découvrir le 27 octobre prochain Blank Dogs au Point Éphémère avec en première partie Frank (Just Frank), groupe franco-anglais. Et si trois places sont offertes, en partenariat avec Summery Agency et le Point Éphémère, aux plus chanceux d’entre vous en cliquant par ici, l’alter-show qui se tiendra dès 23h au Motel, en compagnie de Mike Sniper et New is the New Old, est lui ouvert à tous. Avant cela, rencontre avec un homme clair, net et concis.

Interview

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Y’a-t-il un son Blank Dogs ? Comment le définirais-tu ?

Je suis sûr qu’il en existe un… mais il est très difficile de m’extraire du projet pour le nommer ou le définir.

L’esthétique du groupe est très sombre… Correspond-elle à ta personnalité ? Ou est-ce une façon de faire correspondre esthétique et musique ?

Je ne pense pas que ce soit conscient, c’est juste comme ça : ce n’est pas fait exprès. Je ne pense pas être une personne particulièrement sombre… mais j’exprime juste de cette manière une façon personnelle de voir les choses.

Quels sont les chansons que tu aurais rêvé de composer et qui pourraient nous éclairer sur ta manière de concevoir un titre ?

Oh, wow. Et bien, il y a tellement de réponses à cette question. Je dirais que Calling de Chrisma est vraiment une grande chanson, 25 O’Clock de Dukes of Stratosphear, Ouch Monkeys de Teardrop Explodes… Ce sont des petites chansons extraordinaires. Puis il y a des grands morceaux comme Cattle and Cane de Go Betweens, magnifique et mélancolique.

Qu’est ce qui me ferait choisir Land and Fixed comme album de l’année plutôt que Gemini de Wild Nothing ou celui éponyme de Beach Fossils ?

Je pense que ce serait à toi de le dire ! Je ne pourrais sincèrement te dire pourquoi…

En quoi est-il différent de tes précédents disques, On Two Sides et Under and Under ?

Je dirais qu’il est plus expansif, clair et concret.

Lis-tu d’ailleurs les critiques musicale de tes albums ?

Je le faisais avant. Je ne vois pas à quoi ça sert maintenant.

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De quels groupes de la scène new-yorkaise te sens-tu en ce moment le plus proche musicalement parlant ? Cold Cave ou The Pains of Being Pure at Heart peut être ?

Peut-être Crystal Stilts, mais j’aime ceux que tu as mentionnés aussi. Woods aussi, même si leur vision est toute autre, l’approche est similaire.

Avec qui tu partages ce même amour pour la synth-pop des années quatre-vingt ?

Avec Xeno & Oaklander, Led Er Est, les groupes sur Wierd qui sont encore plus synthy que moi.

Si tu est condamné à rester toute ta vie sur une île déserte… quels disques emporterais-tu dans ton malheur ?

Quoi que je prenne, je m’en lasserais assez vite, tu ne crois pas ? Peut-être quelque chose composé d’ambiances assez variées, comme le White Album par exemple, pas nécessairement un de mes préférés. Je pense que j’aurais de plus grandes préoccupations que les disques là-bas…

Blank Dogs est loin d’être ton unique préoccupation musicale. D’autres projets musicaux ou collaborations à déclarer récemment ?

Toujours, beaucoup trop pour en dresser une liste… et de toute façon, j’ai peur que ces projets ne se réalisent pas ou arrêtent brusquement d’exister si j’en parle, alors je me retiens !

Toutes tes sorties se font pratiquement via des labels différents et non des moindres, quel rapport entretiens-tu avec eux ?

Très bons en général. Certains de ces labels sont dirigés par de réels amis en dehors du domaine musical comme Woodsist, In The Red et Sacred Bones.

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Quelle fut ta motivation première quand tu as créé Captured Tracks ?

Sans aucun doute de sortir de la bonne musique et de laisser une trace.

Cosmetics, Craft Spells… Y’a-t-il une marque de fabrique Captured Tracks ? Comment choisis-tu les groupes signés ?

Il n’y a aucune image de marque Captured Tracks… autre que la qualité.

A ce propos peux-tu nous en dire plus sur tes futurs projets avec Italians Do It Better ?

Juste un album, mais il n’est pas encore terminé.

Tu es en ce moment en train de tourner en Europe pour présenter ton dernier album : qu’attends-tu de ces différents concerts et comment conçois-tu de manière générale ton rapport à la scène ?

Je n’ai pas d’attentes particulières et jouer est parfois bénéfique, parfois une corvée. Je pense que la plupart des gens te diraient la même chose.

Blank Dogs est-il initialement créé pour sortir des disques ou te produire sur scène ?

Cela a commencé comme tout expérience, juste pour écrire des chansons et les enregistrer simplement. Je suppose que le projet a progressivement évolué en quelque chose de plus sophistiqué.

Qu’écoutes-tu venant de France ?

J’ai toujours écouté beaucoup de trucs français. Heldon, Kas Product, les premiers Michel Polnareff… Je trouve qu’il y a eu plein de bonnes choses en France.

Audio

Blank Dogs - Blurred Tonight

Blank Dogs - Another Languages

Tracklist

Blank Dogs - Land And Fixed (Captured Tracks, 2010)

01. Goes By
02. Collides
03. Longlights
04. Northern Islands
05. Insides
06. Blurred Tonight
07. Another Languages
08. Elevens
09. Out The Door
10. All Around
11. Through The Wall
12. Treelines

Mixtape

Mix (Fact 128)

Fact Mix 128: Blank Dogs by Fact Mix Archive on Mixcloud

1. Chrisma - Calling
2. Klinik - Face To Face
3. Astaron - Falling Apart
4. The Plugz - A Gain, A Loss
5. Rheingold - Graffitis
6. Cosmetics - Honey Honey
7. Jackpots - Jack In The Box
8. The Apartments - Mr. Somewhere
9. U.V. Pop - No Songs Tomorrow
10. Happy Refugees - Screaming And Shouting
11. Jo Squillo - Skizzo Skizzo
12. Cindytalk - A Song Of Changes
13. Jeff & Jane Hudson - Fat Of The Land

Une autre mixtape concoctée par Mike Sniper est disponible sur Platform en cliquant par ici.
Blank Dogs sera en concert le 27 octobre à Paris (Point Éphémère), le 28 à Nantes (Le Floride) et le 29 à Bordeaux (Saint Ex).


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