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Des limites de la liberalisation

Publié le 08 janvier 2008 par Alexandre Tizel

Seul les services potentiellement rentables attirent réellement les entreprises

Pendant des années, France Telecom a eu le monopole des services de téléphonie en France. Le domaine était stratégique, garant de l'indépendance de la France dans le monde. France Telecom bénéficiait d'un monopole, mais avait en contrepartie des obligations assez contraignantes : pouvoir fournir une ligne téléphonique à toute personne sur le territoire national, garantir une qualité de service à toute épreuve (quelqu'un qui décroche son téléphone pour appeler les secours et qui n'obtient pas la ligne peut se retourner par la suite contre France Telecom), mettre en place des téléphones publics, gérer un service d'annuaire. France Telecom prenait aussi pas mal d'initiatives. Ils ont participé à bon nombre de comités de normalisation. Beaucoup de protocoles dans le monde des télécommunications et des réseaux sont issus - pour tout ou partie - des labos de recherche de France Telecom (c'est le cas par exemple du Minitel, du protocole ATM, des turbo-codes...).

Aujourd'hui, on dérégularise le monde des télécoms. Pour permettre l'expansion de l'ADSL, on a par exemple quasiment supprimé l'obligation de résultat. Quand vous décrochez votre téléphone ADSL, si la ligne ne passe pas, vous ne pouvez pas vraiment l'imputer à votre fournisseur si il arrive à démontrer qu'il a mis tous les moyens nécessaires pour vous fournir un service. Aucune garantie non plus que les appels d'urgence seront traités prioritairement.

L'un des exemples manifestes pour moi, c'est celui dont parlait Gregory Pouy il y a quelques jours : les cabines téléphoniques. Le marché des cabines téléphoniques a été libéralisé. Pourtant, avez vous vu fleurir les cabines d'autres opérateurs que ceux de France Telecom dans les villes ? Non... Le service n'est pas rentable. Pourtant, France Telecom est bien obligé de maintenir ce parc de cabines afin que vous puissiez appeler, quand bien même vous n'auriez pas de portable, voire au cas où le réseau mobile serait indisponible. Pourquoi ne pas avoir imposé de tels services aux autres opérateurs ?

Après une vague d'extension du nombre d'opérateurs, on reviens cependant à une certaine convergence. Le marché de l'ADSL en France est dominé par 3 gros opérateurs : Orange, Free, Neuf Cegetel. Il faut désormais les rein assez solides pour fournir tous les services auxquels les internautes souhaitent désormais accéder : internet + téléphonie + télévision (le fameux triple play).

Ce qui est inquiétant par contre, c'est la perte de poids de la recherche nationale dans les télécommunications dans le monde. Les opérateurs comme SFR, Bouygues, Free, Neuf Cegetel... ne font pas de recherche à grande échelle comme le faisait France Telecom. Ils intègrent des solutions existantes dans leur réseaux, mais ne sont pas porteurs ou concepteurs de ces solutions. Cerise sur le gâteau, l'équipementier Alcatel est dans la déconfiture que l'on connais.

Il n'est pas sur qu'aujourd'hui, le Minitel verrais à nouveau le jour en France. Il n'est pas sur que le GSM soit à nouveau normalisé en Europe (les européens ont d'ailleurs pas mal perdu de contrôle sur la normalisation du GSM et de l'UMTS). En matière de télécommunications - et comme dans pas mal de domaines je pense - notre pays est devenu intégrateur, il n'est plus vraiment innovateur.

Pour en revenir au sujet initial, je pense que la libéralisation des marchés doit s'accompagner de mesures qui doivent permettre de soutenir l'innovation dans les domaines ainsi mis en concurrence.


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