Magazine Cinéma

Un coin paumé d'Amérique

Par Rob Gordon
Certains films brillent surtout par ce qu’ils ne sont pas. Avec son postulat de départ, ses personnages redneck (équivalent du bouzeux pour les Américains) jusqu’au bout des ongles et la menace permanente de voir s’écouler des torrents d’hémoglobine, Shotgun stories avait tout pour devenir un énième ersatz des films des frères Coen, de Blood simple à Fargo.
L’exploit de Jeff Nichols, c’est d’avoir su s’affranchir de toute comparaison possible pour livrer un film indépendant, hors du temps et hors des modes. Vu comme ça, faire du bon cinéma a l’air d’être la chose la plus facile qui soit. Un son stylo, une bonne caméra, de bons acteurs, et en voiture Simone.
Nichols commence par s’attarder sur le trio de héros, des frangins nommés Son, Boy et Kid. Ils vivent à la petite semaine, se contentant de petits boulots et de bonheurs simples (un chien, des siestes à l’ombre, des bières tièdes). L’air de rien, on s’attache sacrément à ces trois petits mecs, un peu minables mais pas méchants. L’occasion de constater que Michael Shannon (Bug) peut aussi jouer les types sympathiques. Tout bascule avec la mort d’un père qui les a toujours méprisés au profit des quatre autre fils qu’il a eu d’une deuxième épouse ; dès lors, la tension monte et le jeu de massacre débute, les petites vacheries et les signes de mépris laissant finalement place à quelques envolées de violence physique.
Pour autant, Shotgun stories ne verse jamais dans le film noir, restant dans la case plus prudente et plus modeste de la chronique à échelle humaine. Jeff Nichols pose un œil rigolard et affûté sur les protagonistes, la cruauté de ses portraits étant toujours teintée d’une affection sincère. Cela semblera peu à ceux qui, prenant le titre au premier degré, attendaient un film qui défouraille et sème la mort en quantité ; mais cela réjouira les adeptes de ce cinéma simple et discret, qui sait faire profil bas pour mieux épater la galerie. On attendra avec envie le prochain long-métrage de Jeff Nichols.
8/10
(également publié sur Écran Large)

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Rob Gordon 109 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines