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Houellebecq et son Goncourt "acheté".

Par Manus

Houellebecq et son Goncourt "achetי".

Houellebecq et son Goncourt Photo Wikipédia

C'est sans surprise aucune que Michel Houellebecq obtient le prix Goncourt pour la "Carte et le territoire" éd. Flammarion, en moins d'une minute et ce donc, dès le premier tour.

Prix visiblement prévu depuis le mois d'août (v. article révélateur sur le blog de Pierre Assouline "Goncourt : Houellebecq comme prévu" il n'en reste pas moins de nombreuses questions en suspension.

Le roman de Houellebecq, dont le style humanoïde ne surprend désormais plus le lecteur, se veut volontairement dénué de toute émotion, en vue, certes, de mieux mettre en exergue le monde vide et insipide dans lequel la société évolue.  

De fait, ce roman privilégie avec force les mises en abîme, par l'auteur lui-même, Jed Martin, artiste dont l'obsession se fixe sur les cartes géographiques.  Un personnage qui ne se prend pas la tête et à la lucidité allant de pair avec le désespoir qui l'habite.

D'autres personnages - méthode par laquelle la griffe nabienne est reconnaissable - traverseront le roman et se verront caricaturer, finalement, plutôt gentiment.  Ainsi Beigbeder, Pinault, Abramovic, Arnault, Patrick Le Lay et tant d'autres se reconnaîtront pour leur plus grand bonheur vu les lauriers dont ce roman est désormais affublé.

Véritablement assagi dans ce roman, l'écrivain évitera (avec soin ?) toute connotation liée à la sexualité ou autres scènes scatologiques.  Nous sommes donc loin des "Possibilités d'une île" ou "Les particules élémentaires" où le glauque remonte à la surface.

A souligner, même si c'est anecdotique, que Michel Houellebecq s'est cru malin en recopiant des passages sur Wikipédia pour définir la mouche domestique ou la ville de Beauvais.  Plagiat pour certains, collages de supermarché pour d'autres.  C'est sans importance, disons que ces passages se noient parfaitement dans le roman.

Sans pour autant abandonner son regard acéré  et pessimiste sur le monde, Houellebecq livre par ce roman une vision d'une société empreinte par la mort, l'anéantissement, aboutie en cela par l'assassinat cruel du propre personnage qu'il représente.

Si l'auteur aborde des thèmes intéressants comme le marché de l'art auréolé par des milliardaires, on pourra cependant regretter que ce sujet manque de ressort : une analyse approfondie, une réflexion conduisant à autre chose que la révélation de cette société décadente nullement ignorée par nous tous.

Lire ce roman, c'est ressentir la désagréable impression que l'auteur prend les lecteurs pour des cons.  Il fournit au lecteur lambda ce qu'il attend : un roman noir, du people et une vision du monde" (très restreinte, avouons-le) empreinte de désespoir et de non-sens.

L'écriture plate et sans style conduit inévitablement celui qui lit ce roman à s'ennuyer rapidement.

On ne peut que féciliter Houellebecq pour l'obtention du prix Goncourt, ce serait la plus élémentaire des élégances, d'autant plus que l'homme, l'auteur, Michel Houellebecq enfin, m'est sympathique et m'émeut particulièrement par sa sensibilité et son intelligence fine.

Par contre, on est en droit de se poser des questions quant au prix Goncourt en tant que tel.

Il semblerait que le Goncourt ait pour mission de révéler au public un auteur inconnu dont le talent et la vision du monde qu'il propose soient inédits, apportant par là même, fraîcheur et nouveauté dans le monde littéraire.

Or, Houellebecq, après avoir raté à trois reprises le Goncourt, n'est donc pas un inconnu.

Or, Houellebecq, primé depuis hier, n'en est pas à son plus grand chef-d'oeuvre : on pourrait même évoquer un roman plus que médiocre.

Or, les jurés semblent s'être entendus dès le mois d'août quant à sa nomination.

Or, Houellebecq est mal à l'aise lors d'une émission télévisée sur les plateaux (Vidéo Youtube, Ardisson et Houellebecq) avec Ardisson lorsque ce dernier lui rappelle ses propos comme quoi les jurés sont achetés (ce que nul n'est plus censé ignorer).

Il serait donc un secret de polichinelle, selon Houellebecq, que la corruption parmi les jurés du Goncourt soit de mise.

A la bonne heure, "si tout le monde le sait" moi, naïvement, je pensais qu'il y avait encore un minimum de personnes, parmi ces fauteuils, croyant en la littérature.

Ni amertume, ni déception, rien de tout cela, in fine, lorsque l'on prend acte du nominé du Goncourt.

Un simple sourire, celui de se dire que oui, hélas oui, le Goncourt aujourd'hui ne vaut plus rien, à part un paquet d'argent attirant les parasites du milieu littéraire, et une gloriole, une triste gloriole qui ne durera qu'un temps, quelques mois tout au plus.

Un Goncourt de circonstance, rien de plus, comme me le soulignait hier un ami.

Savina de Jamblinne


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