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Paroles, paroles

Publié le 11 novembre 2010 par Malesherbes

A l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Charles de Gaulle, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours à Colombey-les-deux-Eglises pour lui rendre hommage. Fidèle à la haute idée qu’il a de lui-même, il n’a pu s’empêcher de se glisser dans l’habit du fondateur de la Cinquième République. Mais, ce faisant, il n’est parvenu (tiens, un mot qui lui sied à merveille) qu’à dessiner un portrait en creux de sa propre présidence. Il lui faut un immense toupet pour oser se réclamer du programme du Conseil national de la Résistance quand toute sa politique consiste à détruire pièce après pièce les réalisations de ce même programme. Peu après l’élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence, le 4 octobre 2007, Denis Kessler, ancien vice-président exécutif du MEDEF, dans un éditorial de l’hebdomadaire économique Challenges, n’avait d’ailleurs pas fait mystère de cet objectif : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ».

D’autres ont déjà mis en évidence les différents aspects de cette imposture, sans oublier l’erreur sur la date de l’annonce de la mort du général, qui rappelle fâcheusement un déplacement imaginaire à Berlin de notre alors futur Président, un autre 9 novembre, en 1989. Je retiendrai simplement de ce panégyrique deux phrases.

La première est celle-ci : «  Mais le devoir du Président de la République, responsable devant la Nation, c'est de décider sur le seul critère de l'intérêt général ». Sa pratique de nos institutions nous montre que, ce que Sarkozy entend par là, c’est plutôt « décider seul de l’intérêt général », quitte à le confondre avec celui des siens et de sa gloire. Et je demande également où se trouve cette responsabilité quand les membres de sa clique répètent à satiété que son élection lui a accordé un blanc-seing pour cinq années à partir de 2007. Prétention totalement inepte dans un monde en perpétuel changement. De plus, du fait de son viol permanent de la Constitution, à commencer par l’annihilation du premier ministre, cette responsabilité aurait dû depuis longtemps lui valoir d’être destitué.

La seconde phrase est la suivante : « Le général de Gaulle n'a jamais reculé devant la nécessité de décider, quelles qu'aient pu en être les conséquences parfois douloureuses, parce qu'il savait qu'en repoussant trop longtemps la décision, les souffrances seraient plus grandes encore ». On peut mesurer les capacités de décision de notre Président lorsqu’on le voit, plusieurs mois après avoir annoncé un remaniement ministériel, toujours incapable d’arrêter sa décision à quelques jours de son annonce. Et ce, pour une mesure aussi considérable que le choix d’un premier ministre réduit à l’état de potiche ! On tremble de ce qui peut se passer devant des incertitudes plus importantes.

C’est peut-être qu’ici, l’intérêt général se réduit à son seul intérêt particulier : la délectation et la jouissance d’un être narcissique et pervers à contempler tous ses laquais s’entre-déchirer, ramper et se prosterner devant lui pour s’assurer ses faveurs. Et peu importe si tous ces jeux de cour condamnent le gouvernement à l’impuissance devant les problèmes auxquels est confronté notre pays.


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