Magazine Beaux Arts

Un magasin plein d’Italiens

Publié le 12 novembre 2010 par Marc Lenot

losi.1289602400.jpg fregni-nadler-2.1289604586.jpg

 C’est à Grenoble que Le Magasin présente la jeune scène italienne (jusqu’au 2 janvier). Il y a à la fois des artistes déjà un peu connus, Francesco Vezzoli, Paola Pivi, Claudia Losi (ci-dessus à gauche, avec ces deux cerveaux attaqués par l’acide, devenus poreux; je l’ai manquée dans le Pollino cet été), Lara Favaretto (vue à Sharjah, et qui, ici, occupe l’espace principal avec une armée tranquille de bouteilles de gaz soufflant dans des mirlitons (’Platone’) et des cubes de confetti de papier, l’un blanc, les trois autres noirs scintillants), Rosa Barba (qui a actuellement une exposition à la Tate Modern, et qui présente ici un projecteur vacillant sur son socle, avec le texte projeté errant de mur en mur), Salvatore Arancio (passionné de volcans; il avait une des présentations les plus intéressantes dans la section des jeunes galeries à Frieze), et beaucoup d’autres que je découvre ici.

favarotti2.1289602345.jpg
  
rosa_barba1.1289602361.jpg
 

 

fregni-nadler3.1289604828.jpg

Une belle découverte : le travail sériel de l’Italo-Suédoise Linda Fregni Nagler (è italianissima, con un fisico da modella ed una compostezza tutta nordica), qui aligne des motifs noirs et blancs, qu’on pourrait prendre pour des Rorschach (image en haut à droite), mais qui se révèlent être des photos d’un duo de femmes dans de strictes robes noires de deuil (Unidentified Mourners), les cheveux dans une résille, le visage caché (ça aurait plu à Bill Hunt). À quelle secte puritaine appartiennent-elles ? Ce sont deux femmes différentes, mais si semblables : le trouble s’installe. Ces photographies semblent n’être que des silhouettes, qui révéleraient les profondeurs de leur âme (j’en reviens à Lavater). C’est une série de douze photographies, très réussie.

migliora5_hd.1289605518.jpg
Le travail de Marzia Migliora est basé sur l’écriture, sur la mise en scène majestueuse de citations; l’une, au sol, tragique du mouton noir du cyclisme, Marco Pantani (”je vais aussi vite dans les côtes pour abréger mon agonie“), l’autre, non moins tragique, d’un autre ‘mouton noir’ de génie, Pasolini, dans sa dernière interview, quelques heures avant sa mort (“peut-être que je me trompe, mais je persiste à dire que nous sommes tous en danger”): elle est inscrite sur trois murs d’une alcove dans laquelle on s’enfonce prudemment, et, une fois cerné, on réalise que les lettres sont des miroirs qui nous reflètent. 

di-massimo1.1289607848.jpg
Je citerai encore la vidéo ‘anti-coloniale’ de Patrizio Di Massimo, autour d’un dialogue (fictif ?) entre le Négus et le Duc des Abruzzes (par ailleurs grand explorateur et colonisateur de la Somalie), illustré de deux vidéos à 90° en images inversées, si j’ose dire, de lèche-culs réciproques (Faccetta Nera, Faccetta Bianca); Faccetta Nera était une chanson coloniale et fasciste des années 1920, prétendant donner une coloration humaniste à une entreprise coloniale (on peut penser à ce tableau de Rubin…)

calo1.1289609160.jpg
Je dois encore mentionner la vidéo alpine de Rossella Biscotti accompagnée du son des roches mêmes, le crâne bijou ORFEO de Giorgio Andreotta Calò, et le visage mural d’une jeune fille aux yeux troués d’Alex Cecchetti (avec une performance que je n’ai pas vue). En négatif, un peu trop d’oeuvres à la frontière du design, quelques héritiers de l’Arte Povera qui ne parviennent pas à s’en émanciper, et d’autres pièces un peu simplistes, en particulier dans la grande halle.

Photographies de l’auteur, excepté Rosa Barba et Marzia Migliora, courtoisie du Magasin. Rosa Barba étant représentée par l’ADAGP, la photo de sa pièce sera retirée du blog à la fin de l’exposition.
Voyage à l’invitation du Magasin. Lire aussi la revue du Magasin.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Marc Lenot 482 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Dossier Paperblog