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"Le prix à payer" Joseph Fadelle

Par Manus

"Le prix א payer" Joseph Fadelle

Il circule en ce moment, en France et en Belgique, apparemment dans toute l’Europe, un livre dont le succès est inattendu.  Il passe de main en main, les gens en parlent avec émotion et le conseillent vivement, tout en précisant que voilà, ce livre les a bouleversé. 

Etonnamment, alors qu’il raconte l’histoire d’une conversion, il est lu par des personnes qui ne se côtoient pas nécessairement dans les milieux supposés catholiques, bourgeois ou encore privilégiés, mais tout autant, voire principalement, il circule, si je puis dire, chez les discrets : ceux qui lisent les livres dont on ne parle pas nécessairement avec grand fracas, ceux qui sont attirés par les auteurs de l’ombre, ceux qui font partie de ces lecteurs qui, dans une librairie, fouilleront les petites collections pour découvrir la perle rare, cherchant l’auteur possédant une flamme.  

Ce succès sans précédent attire l’attention des médias ne pouvant plus ignorer ce livre dont un tirage de cinq cents exemplaires était initialement prévu, dépassant  il y a plus d’un mois déjà, la barre des vingt mille exemplaires vendus.

Un engouement formidable accompagne d’emblée, encore toujours à l’heure actuelle, ce roman.  Voici, pour illustrer ce phénomène, un extrait repris du site des éditions de L’œuvre : 

« (…) Des articles élogieux en pagaille (Famille chrétienne, L’Express, Le Parisien) la semaine de la sortie du livre, l’enthousiasme des libraires et du public, des passages à la radio (France inter, Radio Notre-Dame) et à la télévision, des échanges passionnés sur Internet. Voilà les ingrédients du succès, serait-on tenté de dire. Mais d’autres livres ont les faveurs des médias sans rencontrer le public. Non, ici, c’est le sujet (la conversion d’un musulman irakien à la foi du Christ) et son approche qui sont les composants principaux de son succès. Visiblement, le lecteur français a été sensible à une parole de vérité, venue du fond du cœur. Et pas seulement français, puisque les droits du livre ont déjà été vendus aux USA, en Grande-Bretagne, en Australie, en Espagne, en Italie, en Slovénie. Comme l’immense majorité des best-sellers, celui-ci fut imprévisible. Nous en sommes heureux, mais nous aurions été tout aussi fiers de ce livre courageux, s’il avait fait un score modeste en librairie. Notre rentrée de septembre-octobre 2010 est riche et diverse.(…) »

« Le prix à payer » de Joseph Fadelle, paru aux éd. L’œuvre, 2010, est en réalité écrit par Mohammed al-Sayyid al-Moussaoui.  Une famille issue de Bagdad, remontant directement du Prophète.  Mohammed appartient à une riche famille de seigneurs, les al-Moussaoui, présents au Liban, en Iran et en Irak.  Par son père, il peut remonter en ligne directe à l’imam Moussa al-Kazemi, dont le nom signifie « celui qui sait maîtriser sa colère ». 

Ce dernier est un des descendants d’Ali, jeune cousin et gendre de Mohamet.  Dans l’esprit des chiites, il est aussi important que le Prophète.

Ainsi Mohammed annonce-t-il la couleur lorsqu’il partage sa chambrée avec un militaire chrétien alors qu’il effectue son service.

Il est hors de question pour ce musulman de se laisser souiller par un chrétien, au point de prendre soin d’écarter son lit un peu plus loin de celui de Massoud.

Les jours s’enfilent comme des perles sur un collier et Mohammed réalise que le chrétien, Massoud, ne pue pas comme il l’avait toujours cru jusqu’à présent ; il est même possible d’avoir des discussions plutôt agréables avec lui.  Peu à peu, une amitié, non loin de l’estime réciproque, s’installe entre les deux hommes. 

Avec arrogance et fierté, le descendant de l’imam Moussa al-Kazremi se met en tête de convertir le chrétien à l’Islam.  Il est affreusement déçu lorsque ce dernier lui rétorque qu’il ne souhaite pas échanger sur leurs religions respectives tant que Mohammed n’a pas, profondément et sérieusement, lu le Coran.  

C’est ainsi que tout commence.

Etonné par ce qu’il peut lire dans le Coran, ébranlé dans ses convictions les plus intimes, Mohammed ne souhaite bien entendu plus relancer le débat sur les religions avec Massoud, tant la sienne lui parait désormais peu crédible.

Il profite, alors d’un jour de mission effectuée par son compagnon de chambrée, de lire secrètement la Bible.  Tombant sur une phrase qu’il avait « entendue » quelques jours plus tôt dans un songe, il vit à cet instant, à ce croisement entre cette phrase entendue dans ce songe et retrouvée mot pour mot dans la Bible, une conversion violente et brutale : « Il se passe alors en moi quelque chose d’extraordinaire, comme une déflagration violente qui emporte tout sur son passage, accompagnée d’une sensation de bien-être et de chaleur… Comme si tout à coup, une lumière éclatante éclairait ma vie d’une façon entièrement nouvelle, et lui donnait tout son sens.  C’est l’idée que je me fais du coup de foudre, et c’est aussi plus que cela ! »

Le jour où Massoud revient au camp, Mohammed ne peut s’empêcher de lui raconter ce qui lui est arrivé.  Son voisin de chambre pâlit et aucun son ne sort de sa bouche.  Il comprend que si les musulmans viennent à apprendre cette conversion, lui et sa famille toute entière subiront les représailles et seront tués.  Peu enthousiaste, il finit par obtenir de son ami la discrétion la plus absolue.  C’est ainsi que leur amitié s’approfondit dans le partage de la prière et des confidences mutuelles.

Une vie nouvelle, celle de la découverte de l’amour de Jésus Christ, sera entamée avec une force et une constance inégalée, tant par lui que par sa femme qui finira par embrasser cette religion.  Un jour, elle lui dira : « Mohammed, j’ai choisi le Christ … » 

(…) « Ces quelques mots prononcés à voix basse, dans la nuit chaude de l’été, viennent ainsi bouleverser l’équilibre, même bancal, de notre vie.  Surtout, ils me découvrent une facette de la personnalité de ma femme que j’ignorais totalement.  J’en suis estomaqué.  Je réalise qu’elle vient sous mes yeux d’accomplir ce dont je me juge incapable : un acte de foi tel qu’il ressemble à un grand saut dans le vide !

Moi, j’ai bénéficié de ce rêve, de ma vision, pour opérer ce basculement de toute mon existence.  Ce n’est pas le cas d’Anouar.  Et pourtant elle a pris cette résolution qui témoigne d’un courage hors du commun !  J’ai presque l’impression qu’avant ce moment, je ne connaissais pas vraiment ma femme… » (…)

Ils vivront secrètement leur foi dix années durant, ayant pour seuls points d’appuis un prêtre qui, toujours dans la plus grande discrétion, consentira à les instruire en vue de les préparer au baptême, alors même que l’Eglise d’Irak rejette ce nouveau converti, par peur d’une mort certaine : « En demandant le baptême, tu risques ta propre vie mais aussi celle des chrétiens qui auront répondu à ta demande (…) »

Mais le danger guète.   Par un signe de croix effectué innocemment par le petit garçon, le père de Mohammed finit par comprendre l’attitude de ce dernier qu’il trouvait depuis longtemps pour le moins étrange.

La famille, dans son ensemble, se retourne contre lui en apprenant sa conversion.  Avant tout, comme le soulignera l’auteur avec une tristesse infinie tout au long de son livre, son père ne peut supporter la honte d’avoir un fils chrétien, non pas par conviction, mais bien par le fait de cette étiquette qui ternira sérieusement sa réputation.  Il craint de perdre son pouvoir, de ne plus être respecté, en d’autres mots, d’être la risée de tout un pays dominée d’une main de fer brassant par poignées l’argent coulant à flots.  Tristesse de Mohammed d’autant plus compréhensible et brûlante que c’est sa mère qui prononce le mot lapidaire : « Tuez-le ». 

Etant le préféré et l’héritier supposé de cette fratrie composée de neuf frères (et dix sœurs), Mohammed est nullement étonné qu’ils soient prêts à  le tuer de sang-froid, leur jalousie à son égard étant largement suffisante pour les conduire à la haine de lui.

Une fatwa est prononcée par la plus haute autorité chiite d’Irak, l’ayatollah Mohammed Sadr, qui confirme la sentence de mort irrévocable si ce renégat poursuit sa quête insensée du Christ.

Cependant, pour le dégoûter de son envie de suivre le chemin de Jésus, son père, par l’intermédiaire de son neveu travaillant dans les services secrets, décide de l’enfermer dans la prison de Hakimieh où sont détenus des prisonniers politiques, pour la plupart d’entre eux.  Sa nouvelle identité : le numéro 318.  Il sera battu et torturé pendant trois mois, sans relâche, avec une constance cruelle et perverse.  On espère de lui qu’il cède, qu’il donne des noms, qu’il trahisse les chrétiens qui ont commencé à lui enseigner la religion.  C’est sans compter la foi vive qui brûle en lui, son désir un jour de recevoir le baptême et ainsi, de pouvoir recevoir le Christ par la communion.  Le encore musulman au cœur de chrétien tiendra bon dix-huit mois durant.  Si sa foi se sera affermie, son corps lui, aura fondu : de ses 120 kilos à l’arrivée, il n’en restera plus que cinquante. 

Mohammed finira par retrouver sa femme et ses enfants et, dans une prudence encore plus grande, ils recommenceront à aller à la messe et à rencontrer ce prêtre qui les aura déjà tant aidé.  Mais le risque est trop grand pour l’Eglise d’Irak.  Il leur sera demandé de quitter le pays dans le plus grand secret en vue de rejoindre la Jordanie où ils seront davantage en sécurité ; sécurité tant pour les chrétiens d’Irak que pour la famille de Mohammed qui est sujette à subir la fatwa à tout instant.

Courageusement, ce musulman non encore converti emmène avec lui femme et enfants pour ce périple dont il ne connaît l’issue.

En Jordanie, une famille l’accueille et il finira par obtenir, au prix d’insistances régulières, le Baptême.  Malgré que cet exilé change de nom, trouve un travail, et s’insère peu à peu dans la vie jordanienne, sa fratrie le retrouve, le ligote, le jette dans le coffre de la voiture, et décide de l’assassiner sur un terrain vague. 

(…) « Ta maladie c’est le Christ, et il n’y a pas de remède.  Tu ne pourras jamais guérir… »  Un  revolver tendu vers son front, Mohammed prie le Christ, souffre atrocement, plus que de voir la mort arriver, mais d’être tué par ses frères.

(…) « C’est la seule explication plausible à la haine qui s’est abattue sur moi ce matin : la peur du scandale public.  Si mon changement de religion vient à être connu, ma famille peut tout perdre : son honneur, sa considération et son rang dans la société chiite…(…)

Les balles sifflent, Mohammed réussit à s’enfuir en courant.  A sa plus grande surprise, aucune balle ne l’aura mortellement atteint, sauf une, dans le mollet.  Il s’évanouit et se réveille à l’hôpital, sans que jamais il ne puisse connaître la raison qui aura poussé ses frères à l’épargner ainsi que l’identité de la personne qui l’aura conduit jusqu’à l’hôpital.  Un fait troublant aura cependant lieu là-bas.  La balle qui avait atteint son mollet n’étant pas ressortie, il aurait fallu l’opérer rapidement afin d’éviter les risques d’infection et d’amputation par la suite.  Or, cette balle, alors que les médecins discutaient du cas de Mohammed et souhaitaient le faire sortir de l’établissement car les risques de l’opérer les mettaient en danger de mort, cette balle donc, sort seule du mollet sans qu’aucune lésion ne puisse par la suite apparaître dans sa jambe après examen de radio.

(…) « Une heure plus tard, dans la voiture du retour, le médecin qui a insisté pour me conduire à l’hôpital, plutôt agnostique, confie à Maryam que ce jour est à marquer d’une pierre blanche.  Tout ce qu’il a vu depuis hier ébranle sérieusement ses convictions de médecin rationaliste.  Il peut désormais tout aussi bien croire à la résurrection du Christ ! ». (…)

En juillet 2001, la famille de Mohammed doit à nouveau partir en exil.  Direction la France, cette fois.  Le temps d’obtenir des visas, de récolter un peu d’argent, le mari, son épouse et leurs deux enfants, filent, la mort étant à nouveau à leur poursuite en Jordanie.

Le 15 août 2001, la famille du désormais Joseph Fadelle, débarque à Paris.

Comme le disait ce médecin dans l’hôpital : ce jour est à marquer d’une pierre blanche.

Savina de Jamblinne.

P.S. : Un article intéressant  de Jean Sévillia, à lire sur son blog laprocure.com.


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