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Alexis HK - "Les Affranchis" 2009 La Familia

Publié le 18 novembre 2010 par Audiocity

Qu'ils sont rares les chanteurs français à attirer mon attention. Pas très enthousiaste à l'idée d'écouter des artistes bien de chez nous et, je dois le reconnaitre, plutôt piètre connaisseur en matière de chansons hexagonales dont j'ai perdu l'attrait après avoir compris très jeune qu'il y aurait peu de choses à en tirer, j'ai toujours considéré notre patrimoine musical national avec beaucoup de détachement et de distance et suis devenu avec le temps de plus en plus intransigeant quant à la qualité  de la plupart de nos productions. Je ne parle pas là de nos bons vieux yéyés ou de nos tristement célèbres associés de la restauration associative passés maître dans l'art de la promotion charitable. Ceux-là sont à mon sens définitivement perdus et n'apporteront rien de plus que la recette surannée dont ils nous affligent depuis déjà bien trop longtemps. Leurs preuves ne sont plus à faire, et depuis l'avènement par diffusion à grande échelle de la musique anglophone via nos systèmes de communications hyper sophistiqués (internet en tête), la situation de ces "artistes" est presque célée, beaucoup d'entre eux ne devant leur salut qu'aux quelques résistants toujours vivants qui continuent d'acheter leurs disques malgré des recettes inchangées et une musique stagnante sans la moindre évolution artistique.
Aujourd'hui, si je m'en tiens à ce qui semble plaire au public français, j'entends dire que les BB Brunes seraient les nouveaux Noirs Désir (article de Rock & Folk du mois d'août qui confirme ce que j'ai toujours pensé de son rédacteur en chef, à savoir pas grand chose), que nos auteurs à textes se prénomeraient Vincent Delerme ou Bénabar (mais quelle fougue et quelle verve!), que nos chanteurs engagés seraient muselés et n'auraient pas droit de citer ou de revendiquer publiquement leur désaccord sociétal depuis l'arrivée de la droite au pouvoir dans notre pays (Damien Saez et Cali sont des rebelles?), et qu'enfin la reconnaissance internationale n'interviendrait que si les codes en vigueur étaient utilisés à bon escient (paradigmes éprouvés dont on connait la rentabilité), pour ne pas risquer de perturber notre jugement formaté d'acheteur potentiel et qui voudrait que l'on soit hermétique au changement ou à la nouveauté (Phoenix ou Davis Guetta ont bien compris comment faire).
Ce système éprouvé et vendeur n'est bien sûr plus à démontrer. Les maisons de disques et les financiers ont parfaitement su y faire pour nous vendre du "rêve" en usant de procédés grossiers et vulgaires soigneusement proposés sous l'appellation "consommation de masse", autrement dit aucune crainte pour que vous soyez déçus (un peu comme un label d'authenticité libellé d'un pictogramme genre NF, ou "Norme Française", le même que l'on retrouve sur les emballages alimentaires de nos rayons de supermarchés). Alors, quand je trouve parmi tout cet amas de viande avariée quelque chose qui semble se démarquer du lot, qui sente autrement meilleur que ce que je renifle habituellement lorsque je fais mes courses, je prends le temps de m'y arrêter pour le sentir d'un peu plus près, et j'écoute avec attention ce qu'il a à me dire en espérant (sans trop y croire) une révélation inattendue.
C'est ainsi que j'ai fait la connaissance d'Alexis HK au détour d'une station de radio, puis par l'intermédiaire de mon paternel qui m'en apprit un peu plus sur cet artiste français en me faisant écouter son dernier album en date, "Les Affranchis". Je dois dire que la surprise fut bonne, et même plutôt agréable. Sans pour autant revoir mon jugement quant à la qualité de nos productions nationales, je dois reconnaitre que cela faisait longtemps que je n'avais pas prêté l'oreille à la chanson française et que ce disque m'a quelque peu réconcilié avec ce genre. Nos vrais artistes étant peu nombreux, il était donc normal que je prenne le temps de vous en toucher quelques mots et que je vous fasse part de mon avis sur la question concernant cet album.
 Autant vous le dire tout de suite, "Les Affranchis" n'est pas non plus "La grande révélation du siècle" ni même un chef-d'oeuvre d'écriture ou de réalisation rythmique et mélodique. C'est un bon disque, simple, attachant, qui a le mérite de l'authenticité de son auteur. Tantôt nostalgique, drôle, ou à l'inverse parfois un peu convenu mais jamais déplaisant, il garde un charme très personnel du début à la fin et révèle une écriture soignée sur des compositions essentiellement acoustiques et un rien fluettes en apparence. Des références cinématographiques, quelques souvenirs d'enfance, des histoires tendres ou dures, ne cherchez pas une trame permettant de définir clairement le style dans lequel il s'inscrit, car comme le laisse supposer le titre de ce 5e opus, il n'y en a pas. Affranchi des conditions commerciales et libéré du poids de la réussite obligatoire, on passe d'un folk à la couleur reggae et au flow simpliste proche d'un slam ("Les Affranchis" et son refrain entêtant, écrit en hommage au cinéma de gangster mafieux hollywoodien), à une satire Elyséenne moderne ("Chicken Manager") écrite comme une fable sur fond de guitares rocksteady et de cuivres lancinants galvanisés par un ragga franchouillard (à noter que la morale est aussi peu glorieuse que l'étaient celles de La Fontaine). Ambiance foraine (ou plutôt minière) sur le très bon titre "La Maison Des Ronchonchons" qui relate par l'humour le quotidien d'une famille de prolétaires à l'humeur naturellement chafouine. "Zouzou", un jazz doux et feutré, est une chanson dédiée à sa fille. C'est surement le morceau le plus chanté de l'album. Les mots et la musique sont simples et ne demandaient pas plus pour exprimer son amour paternel le temps de 3 minutes. Je suis également assez fan de "La Paix Des Etoiles" et de "Là, C'est Moi", deux morceaux traitant de l'enfance et de l'adolescence. Toujours aussi simplistes par le texte et la musique, mais très bien vus et subtilement maniés. Seul bémol finalement pour le titre écrit avec Renan Luce, "Thanks For The Add". C'est du Renan Luce, ni plus ni moins. J'ai l'impression d'un copier-coller de morceau déjà présents sur son propre album. Moins emballé également avec le dernier titre du disque, "Pardon Vieux Camarade". L'accordéon de Liz Cherhal (la femme d'Alexis HK dont je ne connais rien de son répertoire) sonne comme celui de Yann Tiersen pour la B.O d'Amélie Poulain. D'accord pour le texte de gaillard aux phrases crues, mais moins persuadé par la musique peu originale. Quoi qu'il en soit, dans l'ensemble c'est un bon album que je prends plaisir à écouter même après de nombreux passages, signe  qui ne trompe pas de l'intérêt que je lui porte (et à mon plus grand étonnement compte tenu de mon pessimisme radical). J'espère que tout comme moi vous apprécierez le travail de cet artiste et que je vous aurai donné envie d'acheter son disque. N'hésitez pas à suivre ce lien, ici, qui vous permettra d'écouter l'album dans son intégralité avant de vous décider à lâcher quelques euros. 

 

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