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Saint-Jean-de-Védas: Tchekhov revisité par la compagnie Moebius

Publié le 22 novembre 2010 par Bscnews
Marie VauzellePropos recueillis par Julie Cadilhac- Bscnews.fr / Interview de Marie Vauzelle, metteur en scène de la compagnie Moebius qui jouera le 23/24/25 octobre à 20h30 au Chai du Terral à Saint -Jean de Védas ( 34), Sans pères: une pièce pleine de promesses par le dynamisme et la qualité de la peinture des émotions exprimée par les comédiens lors des répétitions.
- Comment est née la jeune compagnie Moebius?
-La Cie Moebius est née au sein du Conservatoire d'art dramatique de Montpellier. Nous sommes un collectif de 10 acteurs, et nous avons créé notre premier spectacle, « Les Atrides, chaos d'un héritage » en septembre 2008. Depuis, nous avons créé « Romances », en collaboration avec le collectif MxM, joué au festival Hybrides en 2009. « Sans Pères » est notre troisième création.
- C'est une réécriture melting-pot de toutes les oeuvres de Tchekhov? Pourquoi être parti de cet auteur?

-Le choix de Tchekhov a été collectif. Cet auteur a décrypté la fin d'un monde. Tchekhov a dépeint une expérience humaine qui nous semble proche de la nôtre : nous avons entre 25 et 30 ans et n'avons jamais connu que la chute des idéaux. Nous partons de l'ensemble de ses écrits (pièces, nouvelles et carnets), d'où nous supprimons les pères, pour écrire une histoire tchekhovienne. Celle de personnages sans repères, qui fuient leur mal-être dans l'alcool, la fête, les histoires d'amour, les bavardages sans fin... « Sans Pères », c'est l'histoire d'une fête que donne Elena, jeune veuve ruinée, pour l'anniversaire de la mort de son mari. Ils sont neuf, voisins et amis, tous du même âge. De l'apéritif jusqu'à l'aube, ils s'aiment, se trahissent et finiront par se perdre définitivement. - C'est une pièce sur la confusion des sentiments?- Oui, la grande confusion! Mais toutes ces histoires d'amour et de mensonges, elles sont le symptôme d'une fuite en avant. Remplir frénétiquement le vide pour ne pas se retrouver face à soi-même. Jusqu'à quel point ils y croient vraiment? Je ne sais pas.... Leur tragédie, c'est qu'en se détruisant eux-mêmes, ils détruiront les autres, désespérément.
- C'est une tragédie....mais on rit tout de même?
- C'est une tragédie dans le sens où tout est perdu d'avance. Plus les personnages essaient d'en sortir, plus ils s'enfoncent dans « leur marécage » comme ils disent. Mais l'écriture de Tchekhov a cette particularité d'être indissociablement tragique et comique. On rit et on pleure, presque dans le même instant. Comme dans la vie. Nous avons gardé ce trait : les personnages sont tellement pleins de vie, ils réagissent aux situations de façon décalée, ce qui rend la pièce très drôle.
- Dans quelle mesure les thèmes abordés dans cette pièce la rendent étonnamment contemporaine?
- C'est notre fuite que nous montrons. Notre façon de faire la fête, de boire, de danser, de discuter sans fin sur ce monde que nous n'aimons pas, sans vraiment savoir que faire pour le changer, nos histoires d'amour sans lendemain... Nous ne croyons plus aux valeurs léguées par nos pères : le travail, la religion, les grandes idéologies, l'espoir de pouvoir changer le monde. Et nous n'avons pas (encore) les clés pour inventer de nouveaux idéaux. « Sans Pères » raconte certains symptômes de la jeunesse d'aujourd'hui.
- Que souhaitez-vous montrer de la jeunesse contemporaine? Quel mal-être est au centre de votre dramaturgie?

- Nous avons grandi dans les années 90, et n'avons jamais connu que le chômage, le sida, un modèle de société unique... Le modèle familial, les croyances religieuses, l'espoir des révolutions : tout cela semble caduque. Il y a d'autres choses à inventer, mais nous sommes dans une période de transition, dans le brouillard... En même temps, nous sommes privilégiés par rapport à d'autres coins du monde auxquels nos frontières sont fermées... Nous souffrons d'un monde qui ne nous convient pas, tout en étant coupables de ne rien faire pour le changer. C'est d'ailleurs étonnant à quel point les spectateurs s'identifient aux personnages, se reconnaissent dans leurs problématiques...
-  Il est rare ( malheureusement...) de trouver de jeunes metteurs en scène sensibles aux caractères des personnages; il semble cependant vous insistiez avec vos comédiens sur la psychologie des protagonistes, ce qui rend vos scènes très émouvantes, aiguise l'émotion à plaisir. Est-ce délibéré de votre part?
- Nous sommes un collectif d'acteurs, le travail sur le jeu est donc fondamental pour nous. Et il est primordial quand on s'attaque à Tchekhov. Ce qui compte n'est pas ce qui est dit mais la façon de le dire. Chacun est responsable d'une note dans le choeur. L’essentiel n’est pas tel ou tel personnage, mais ce qui passe entre eux, ce qui se joue au présent dans leurs relations.Il s’agit d’essayer d’atteindre cet endroit difficile et dangereux où se dévoilent l’ennui, le vide, la peur d’aller au fond des choses, là où elles sont « comiques et misérables ».
- Si vous deviez illustrer d'une ou deux phrases de votre texte cette pièce, lesquelles serait-ce?
- J'en choisis deux, mais il y en aurait d'autres... Un des personnages, Alexeï, s'adresse au père mort : « Je ne vous crois pas. Je ne crois pas, non, chers amis de mon père, vos paroles simples sur les grandes questions. »La deuxième est tirée de la fin du spectacle, où Irina, , trahie, et qui a elle-même trompé son fiancé, explose :  « C'est révoltant, le mal grouille autour de moi, il souille la terre, il engloutit mes frères, et, moi, je reste là, les bras croisés, comme après un travail harassant ; je reste, je regarde, je me tais... j'ai 27 ans, je serai pareil à 30 – je ne prévois pas de changement ! »
- Si vous deviez citer un metteur en scène qui vous inspire, lequel serait-ce?
- Il y en a beaucoup! S'il faut en citer un, nous avons travaillé sur Tchekhov au Conservatoire avec Vincent Macaigne, ça nous a marqués  je crois.
- Et pour les infos pratiques? Quand et où peut-on voir la pièce? Et comment réserver?
- Nous jouons au Chai du Terral, à St Jean-de-Védas, du mardi 23 au jeudi 25 novembre à 20h30. Les tarifs sont de 14 euros/tarif plein, et 8 euros/tarif réduit. Pour réserver : 04 67 07 83 00. Et pour plus d'infos, rendez-vous sur notre site : http://www.compagnie-moebius.com/Sans pères

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