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Secousse! Interview de Radioclit

Publié le 22 novembre 2010 par Cloudsleeper

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Interview de Radioclit à paraître dans le numéro de Rif Raf de décembre:

All Mixed Up!

Secousse, ce sont ces soirées de haute voltige tropicale lancées en 2008, pour essaimer rapidement de Londres à Paris en passant par Moscou, Stockholm et bien d’autres villes. Chauffé à blanc et noir par ces beats trafiqués au fin fond des bidonvilles d’Afrique, le public de curieux s’est mué en vrais aficionados. Le temps était donc venu pour Radioclit de lancer une compilation énumérant sous nos oreilles effarées ces hymnes des ghettos subsahariens. Qui d’autre que le label belge Crammed pouvait être partant pour propager de pareilles frasques ? Rencontre avec la moitié de la clique, Etienne Tron, occupé à multiplier les projets autour de cette musique endémique qui ne demande qu’à se propager.

Vous avez réussi à présenter un bon petit tour d’Afrique où l’on passe de la Côte d’Ivoire à l’Afrique du Sud en passant par le Congo, le Cap Vert et j’en passe. Comment avez-vous récolté cette musique peu disponible en Europe ?

Etienne Tron : « C’est la continuité de mon travail de DJ de ces dix dernières années au cours desquelles j’ai beaucoup exploré cette musique. J’ai habité et joué dans différents pays où j’ai fait bien sûr des recherches chez les disquaires et où j’ai croisé pas mal d’artistes qui sont sur le disque. Internet m’a aussi permis de faire des découvertes très locales. Je n’ai donc jamais mis les pieds dans la plupart des pays dont il est question.  Le choix des morceaux était axé sur ce qui marche bien dans nos DJ sets. Après, c’est vrai qu’on retrouve des écoles et des époques différentes, des artistes connus, d’autres beaucoup moins mais il n’y a pas de thème dans ce disque, si ce n’est celui de proposer un aperçu des meilleures musiques de clubs de ghetto de ces quinze dernières années. »

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Pourquoi l’Afrique en fait ?

Etienne : « C’est le premier volume d’une série de compilations et l’Afrique représente une grosse partie du son secousse qu’on défend. Mais nos intérêts musicaux vont dans beaucoup de directions : pour le moment je suis en exploration profonde dans tout ce qui est musique arabe, le nord de l’Afrique, le raï, etc. J’ai plein d’idées pour les volumes suivants avec pour dénominateur commun le son du ghetto. Les connexions sont nombreuses, notamment entre le ghetto et la pop, soit autant de morceaux obscurs qui ont un côté un peu tropical. Et de toute façon, si la musique est bonne, elle est accessible à tous ceux qui ont envie de bouger ! »

Pourtant les publics européens ne sont pas toujours ouverts sur les musiques africaines, parfois fort éloignées de ce qu’ils écoutent habituellement…

Etienne : « Je pense au contraire que le public est très ouvert. Par contre ce sont souvent les maisons de disque et les médias qui ont un plus peur de ça. Où que je joue dans le monde, il m’arrive rarement de recevoir un mauvais accueil par rapport à la musique afro ou quoi. Maintenant le problème est parfois que les publics ne sont pas assez mélangés. C’est aussi pour ça que j’ai fait ces soirées Secousse : le constat est que les gens ne se mélangent plus trop dans le monde de la nuit. Mais il est possible de retrouver cette mixité en poussant des artistes originaires de ces pays-là. »

Outre la musique de la compile, c’est cette intention-là qu’il me semble nécessaire de mettre en avant pour sortir un peu du mainstream et faire de la place à tous ces artistes.

Etienne : « C’est pas tellement pour sortir du mainstream car il sera toujours là. Mais je crois que le mainstream va évoluer et s’ouvrir de plus en plus sur les cultures de ces pays du Sud. Il faut que les prochaines stars et pop stars viennent de Bombay, de Kinshasa ou Soweto et moins de New-York et Londres. Certains artistes de la compile seront peut-être de ceux-là… DJ Serpent Noir par exemple. Et c’est ça aussi qui est intéressant dans le travail fourni pour ce disque : il y a beaucoup de choses à construire avec ces artistes que ce soit en termes de production, de DJ set, de booking, d’édition etc. Ils méritent d’être beaucoup plus connus et reconnus ! »

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Justement, ces titres qu’ils ont composés, est-ce que ce sont des one-shot ou bien s’agit-il d’artistes qui peuvent aller plus loin ou qui ont peut-être des albums derrière eux qu’on peut découvrir ?

Etienne : « Ça dépend : parfois ce sont des singles ou bien ce sont des titres qui n’étaient jamais sortis mais qu’ils avaient mis sur internet. Pour Thomas Chauke ou un groupe comme Magic System, il y a évidemment tout un passé. Mais souvent c’est LE morceau que j’apprécie chez l’artiste et puis basta. Je ne me suis pas posé d’autre question que «  ça marche sur le dancefloor ou pas ». Certains de ces artistes sont de vieux musiciens plus trop en activité, d’autres sont très dynamiques et j’espère que cette compile sera l’occasion pour eux d’enregistrer et de tourner plus. Je suis très confiant là-dessus et c’est aussi pour ça que j’essaie de développer les soirées Secousse dans un maximum de pays. »

On entend clairement que les morceaux sont faits avec des sons cheap de synthés Casio et quelques bouts de programmes craqués, ce qui donne un son très roots. Tu as une idée sur la façon dont travaillent ces artistes ?

Etienne : « Plein de morceaux ont été faits sur un vieux PC pourri, avec à peine des enceintes de poche et pour le studio, n’y pense même pas. C’est vraiment les moyens du bord… ça fait partie de la culture du ghetto. Mais ce n’est pas propre à la musique africaine. On a toute une nouvelle génération de gamins qui font de la musique avec ce qu’ils peuvent et ce n’est que plus tard dans leur carrière qu’ils ont accès à un équipement professionnel. Pour capter l’énergie et la fraîcheur des débuts, il suffit de peu de chose. »

À quelle occasion les artistes que tu connais ont-ils commencé à s’intéresser aux possibilités offertes par la musique électronique ?

Etienne : « Difficile à dire, il faudrait leur demander. Beaucoup ont été exposés à ça grâce à la musique européenne, la french touch, Daft Punk… Bob Sinclar a beaucoup mélangé les rythmes africains et la musique électronique, Frédéric Galliano également ou DJ Gregory qui est très connu là-bas. En Afrique du Sud, il y a eu une grosse vague de house très influencée par les Etats-Unis. Ce qui est intéressant mais complexe parce qu’il s’agit d’une sorte de va et vient permanent : Bob Sinclar va s’inspirer de l’Afrique pour faire de la house, et dans certains cas, ça va être écouté par les Africains qui vont en faire autre chose qui sera réécouté par les Occidentaux etc. »

Comment les titres présents sur la compile sont-ils reçus dans leur pays d’origine ? Ce sont des big hits ou bien d’obscures productions ?

Etienne : « C’est ça aussi qui est marrant dans ce disque : on mélange des gens qui sont des légendes vivantes dans leur pays comme Thomas Chauke qui doit avoir dans les 65 ans et qui a récolté plein de Grammy Awards en Afrique du Sud. A côté de lui, on a Skeat qui est un inconnu de 16 ans qui fait son premier single. »

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La diversité des styles musicaux de cette compile est un atout mais est-ce que tu pourrais l’exporter, en même temps que tes soirées, dans des pays africains ? Un peu comme ici, certains publics sont parfois très à cheval sur LEUR style de musique, ou sur la musique de LEUR pays…

Etienne : « En surface tu pourrais dire ça de n’importe quel public. Il y a des tendances culturelles fortes dans tous les endroits où tu vas. C’est pas comme pour un concert par exemple où tu viens avec quelque chose de spécifique et programmé à l’avance. Or le travail du DJ est d’amener une ambiance, comprendre les gens qu’il a en face de lui et construire également à partir de cela pour arriver à ses fins. Mais c’est vrai que ce serait superd’arriver à en faire plus en Afrique. J’ai quelques idées par rapport à ça : on a joué dans un festival au Malawi (le pays d’origine du chanteur de The Very Best duquel Etienne fait aussi partie) ce qui fut une expérience très forte, on cherche à jouer dans un festival au Mali aussi. Je rencontre de plus en plus de gens qui partagent ce même amour pour cette musique et je crois que tout ça pourra se mettre en place peu à peu. C’est un truc qui est de plus en plus dans l’ère du temps et les gens sont demandeurs. Il ne tient qu’à nous de faire le pont entre les deux continents. »

Cette demande qui est dans l’ère du temps, tu situes son origine dans le regain d’intérêt qu’on a connu pour l’afrobeat en Europe par exemple ?

Etienne : «  Je la situe dans le regain d’intérêt pour toutes les musiques black en général. Que ce soit le reggae, la soul, le rap etc. pour moi la musique noire est un énorme pan de la musique en général, pas de Stones sans Chuck Berry et sans le blues etc. Quand on aime la musique ce serait fou de ne pas écouter de la musique africaine, c’est dans ce sens-là que ça va et pas l’inverse selon moi !  Regarde l’explosion du reggae, l’engouement et le marché qu’il a créé… J’attends impatiemment le jour où une star africaine sortira du lot ! »

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Avec Crammed, tu as trouvé le label idéal car peu sont prêts à sortir ce genre de musique malheureusement…

Etienne : « Oui quelle chance ! C’est une amie, Cibelle également signée chez eux, qui m’a mis en contact. J’étais très fan depuis longtemps, notamment pour la série des Konono, Staff Benda Bilili, Balkan Beat Box, etc. et je suis très fier de bosser avec eux car il n’y a pratiquement aucun autre label qui a cette envie d’aller défricher ce genre d’artiste mais avec une vision très moderne. »

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Various

‘Radioclit Presents African Dance Music Anthems : Secousse Vol.1’

Crammed

Attention, voilà des secousses de club mais pas de club propret, c’est du worldwide ghetto culture comme ils disent ! « Ils » ce sont les DJ franco-suédois de Radioclit, alias le groupe afro electro The Very Best. C’est eux qui nous ont compilé 17 titres venant des dancefloors les plus poussiéreux d’Afrique avec le pari de porter cette musique sur les pistes occidentales et décloisonner les genres autant que les publics. Cette initiative de dézingage du mainstream est non seulement urgente mais très jouissive car porteuse d’une énergie festive ahurissante ! Ça se passe comme vous ne l’avez jamais vu ni entendu : dans les 160 bpm, avec toutes sortes de sons pourvu qu’ils soient à base de beats machinaux souvent inouïs jusqu’ici. C’est pas du Jessy Matador, non mon pote, c’est du slum… Kuduro, coupé décalé, funana, soukous, bubu music, tout se danse très très vite et tout est axé sur des pas de danses grivois avec des jump up jusqu’au plafond. Pas étonnant que ce soit aussi efficace : tous les titres ont été préalablement testés en situation lors des soirées « Secousse » organisées par les deux compères dans des pays bien nés. Cette compile annonce vigoureusement la part du lion que de jeunes musicos africains vont se tailler dans les musiques électroniques. Et ce qui est sûr, c’est que ça ne ressemblera pas à ce qu’on en connaît ici. Vivement le volume 2 ! (jd)

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