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Rédactrice en chef à l'ère d'Internet (Partie 2)

Publié le 23 novembre 2010 par Paule @patty0green
Tel qu'annoncé ici, un petit retour sur mes réflexions concernant le rôle d'une rédactrice en chef à l'ère d'Internet. Je réunis ici à la fois celles qui ont émergées de la table-ronde lors du Festival Htmlles et celles qui me préoccupent depuis quelques temps. J'aimerais surtout partager quelques petites découvertes qui pourraient peut-être aider d'autres rédacteur/trices en chef sur le Web.
Ce qui m'apparaît saillant est que ce rôle est incarné d'une manière totalement différente d'une revue en ligne à une autre. Il n'y a pas "une" bonne manière de le faire, mais, bien au contraire, la diversité des modes de fonctionnement des revues culturelles en ligne en font leur singularité et leur très grande richesse. On ne peut gérer une revue subventionnée de la même manière qu'une revue qui s'appuie sur les contributions volontaires d'une communauté pour exister. Toutefois, les revues subventionnées ont certainement intérêt à consolider et/ou élargir la communauté qui les rend, d'une certaine manière, "pertinentes" et à s'inspirer de l'aspect collectif qui est souvent à l'origine des revues non subventionnées.
Quelques idées numérotées, pour le plaisir :
1-Le Web est un espace-temps dynamique générant un flux d'informations incessant. Pour les revues trimestrielles, dont le contenu demeure statique durant plusieurs mois, il faut peut-être trouver des stratégies pour s'adapter à cette dynamique :
a) Un blog annexé à la revue sur lequel on publie de nouveaux billets sur une base au moins hebdomadaire. J'aime beaucoup l'intégration du blog dans la revue Vague Terrain, par exemple. En plus des quelques numéros annuels, l'équipe a ajouté un blog à même le site. Ils ont ouvert un espace plus collaboratif pour la rédaction de ce blog, en faisant appel à leur propre communauté de lecteurs.
b) Un Facebook et un Twitter (cela semble aller de soi) qui ne soient pas simplement utilisés comme outils de promotion, mais qui permettent de poursuivre la thématique en cours dans le magazine. Lorsque j'ai voulu créer les profiles sur les réseaux sociaux pour le Magazine électronique du CIAC, il m'est apparu intéressant de poursuivre l'exploration thématique entamée dans le numéro en cours à l'aide de courts billets sur le Facebook et de poursuivre l'exploration de la ligne éditoriale à travers l'annonce d'événements pertinents se déroulant au niveau international sur le Twitter. Pourquoi? Parce qu'il s'agit d'une revue qui participe de la cyberculture à deux niveaux : son contexte de diffusion et son contenu! Il était donc important pour moi que l'utilisation des médias sociaux reflète ce double aspect.
c) Lorsqu'une revue en ligne a un contenu statique durant plusieurs mois, il faut aussi que ce contenu soit actuel, certes, mais qu'il soit traité de manière "non éphémère", c'est-à-dire, qu'il garde son intérêt et son actualité au fil du temps. Third Space et d'autres revues académiques en ligne font bien ce travail, par exemple. Un défi!
d) Les Feeds RSS de toutes sortes. Je trouve très brillante l'utilisation du Feed RSS de blogs sur le site de la revue Salon Double. Il s'agit des derniers billets publiés par les collaborateurs de la revue sur leur blog personnel. Cela permet de constater que les auteurs commentant des oeuvres littéraires contemporaines pour la revue ont aussi une pratique créative sur le Web.
2-Une revue culturelle, c'est avant tout une communauté. Plusieurs outils en ligne, en plus des médias sociaux, permettent de consolider ou d'entretenir une communauté. Quelques idées...
a) Mettre tout son contenu sous licence Creative Commons plutôt que Copy Right. Cela montre d'entrée de jeu que vous êtes ouverts au partage de contenu. Lire, par exemple, la lettre de Blast Magazine qui, en 2007, a adhéré au projet : ici.
b) Lorsqu'on démarre une revue en ligne, on n'a pas toujours les ressources en matière de programmation. Pour les revues académiques, des plateformes comme Open Journal Systems, un projet pour la circulation du savoir, peuvent être intéressantes. Non seulement cela facilite la tâche en matière de programmation, mais la plateforme vous lie aussi à une forte communauté. Voir, par exemple, la revue Digital Culture and Education.
c) Se rallier à des projets internationaux dont l'idéologie correspond au mandat de notre revue est sans doute l'une des meilleures stratégies. Par exemple, plusieurs revues en ligne ont gagné une plus grande notoriété de la part de leur communauté en se joignant au Open Humanities Press, un site unissant des figures connues du milieu hypermédiatique (Katheryne Hayles, Donna Harraway) et offrant un espace de publication ouvert pour la théorie critique et culturelle. Image and Narrative en fait partie, par exemple.
d) Ajouter une section commentaires qui permet d'entretenir un dialogue avec les lecteurs. Évidemment, lorsqu'on ajoute un tel dispositif, cela augmente la charge de travail de la rédactrice en chef. J'ai pu voir quelques échanges intéressants sur le blog d'Écran.fr, par exemple.
3-Diversifier les sources! Le Web est multimédia. On est en ligne, mais cela ne veut pas dire que l'on ne peut pas créer des interférences avec d'autres sites (tels que mentionnés ci-haut) et le monde tangible.
a) La revue de littérature hypermédiatique bleuOrange organise une soirée de performances lors du lancement de son numéro annuel. C'est donc une occasion de présenter off line des oeuvres qui sont normalement expérimentées en ligne et qui participent de la revue, mais aussi de réunir la communauté autour d'un événement artistique qui déborde le contenu de la revue.
b) Faire des impressions de revue en ligne peut coûter très cher, c'est pourquoi il existe cette chose formidable qu'est le POD (Print-on-Demand). Lulu, par exemple, vous permet de créer, en très peu de temps, une très belle version papier de votre revue en ligne sans coût. Vous choisissez le modèle, vous faites un peu de mise en page si nécessaire, téléversez le tout sur le site de Lulu et mettez le lien sur votre site. Ainsi, les usagers qui souhaitent avoir une version papier paieront pour le POD qu'ils recevront par la poste. La revue No More Potlucks fait une super utilisation de ce dispositif!
c) Faciliter l'impression (version pdf, par exemple). Ça peut paraître aller de soi, mais je pense à quelques revues, dont je ne nommerai pas, qui rendent pratiquement impossible l'impression de la totalité de l'article...
d) Travailler avec l'aspect multimédia. Il n'y a pas juste une manière de découvrir un événement, le travail d'un artiste...etc. La revue .dpi intègre de plus en plus la dimension multimédia pour son contenu : vidéo, sons, animation pour la bannière. Sans tomber dans le "too much", une bonne utilisation de cette diversité est stimulante lorsqu'elle est pertinente pour le propos. Audiovisual Thinking est sans doute l'un des projets les plus audacieux à cet effet.
Et de manière générale, je crois qu'il faut fréquemment se poser la question du "pourquoi" notre revue est sur le Web et essayer de travailler avec ses spécificités (mouvantes!) : multimédia, participatif, diffusion élargie, communauté sémantique...etc.!
D'autres idées?
À suivre...

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