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Paso Doble n°189 : Le Wikigate

Publié le 02 décembre 2010 par Toreador

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Par Toréador | décembre 3, 2010

A las cinco de la manana…

Wikifrankenstein : quand "Le Monde" joue à Secret Story

Je fais, contrairement à mon kiwicollègue Laurent, plutôt parti des pro-wikileaks, malgré son nom à la con. Les fuites organisées par Wikimachintruc sont une occasion unique de découvrir comment fonctionne réellement la diplomatie des grands pays. Pas de surprise sur les objectifs généraux de chacun, mais peut-être une révélation sur les moyens parfois tortueux que les pays mettent à leur service : on se ment, on s'espionne, on s'infiltre. Nos grands amis américains nous aiment beaucoup mais nous font modérément confiance. 

Il est symptomatique qu'Hillary Clinton ait cependant présenté cette fuite comme une menace contre "la communauté internationale". Ce n'est pas une expression comme une autre, elle a un sens juridiquement puisqu'elle renvoie au système de "compétence universelle" et de "responsabilité erga omnes" :  elle fonde le droit pour un Etat de juger "au nom de tous les autres" des infractions au droit international public, quel que soit l'auteur, la victime ou le territoire sur lequel cette infraction a été commise. Tous les Etats – y compris les ennemis des Etats-Unis – ont rejoint à l'unisson cette analyse, moins par conviction juridique que par peur que pareille mésaventure un jour les afflige. 

Du coup, entre l'organisation qui milite à 200% pour la transparence et le cartel unanime des Etats, qui s'est formé bien au-delà des clivage pour défendre la diplomatie secrète, on a l'impression que se joue un nouvel épisode de la transformation du système et du droit international, pensé et habité par les Etats mais qui est de plus en plus parasité par les ONG, les entreprises et les individus. La Mondialisation dévore ses enfants, et Wikileaks est effectivement un attentat terroriste contre "l'Ancien monde", celui d'Henry Kissinger. 

Immédiatement se superpose une seconde grille de lecture : celle d'un clivage entre les tenants de la realpolitik et les idéalistes généreux qui veulent "réformer" la pratique internationale. La fin de la diplomatie secrète était un des 14 points du Président Woodrow Wilson qui avait promis d'imposer ceci en Europe après la victoire contre l'Allemagne de Guillaume II. Son argument principal était que les billards à trois bandes et les alliances secrètes avaient provoqué la première guerre mondiale. 

Dans ce cas, Wikileaks ne serait que la énième résurgence d'un serpent de mer pluricentenaire. 

L'abus de Transparence nuit gravement à la santé de la démocratie

Mais au coeur du débat sur l'opportunité de l'action de Wikileaks, il y a aussi et surtout l'idéologie "transparentielle", celle que certains invoquent comme un droit absolu.

Sur ce point, ma position est généralement prudente : la transparence absolue, c'est le voyeurisme et le totalitarisme exercé par tout le monde sur chacun. 

L'Etat a ses secrets et ses cadavres qu'il vaut mieux que le citoyen ignore, parce que les dégâts peuvent être supérieurs aux bénéfices. Certes, pour quiconque essaye d'anticiper l'avenir de la planète, les télégrammes de Wikileaks sont une manne formidable, le moyen de croiser la théorie et la vérité (souvenez vous de mon billet où j'annonçais une frappe contre l'Iran : les télégrammes montrent que j'avais raison) mais ils peuvent générer un certain dégoût.

Le citoyen se réveille et réalise que l'Italie et la Russie sont vraiment dirigés par des autocrates sans scrupule (non, ce n'est pas une exagération des médias), que l'Allemagne a une rombière sans idée à sa tête, et que les leaders français sont passés à tour de rôle dans le bureau de l'ambassadeur américain pour chercher une caresse sur l'encolure. Voilà qui ne donne guère le moral sur l'avenir de l'Occident.

La transparence absolue est donc dangereuse car elle renvoie l'image de nos démocraties imparfaites. Espérons qu'elles ne meurent pas de ce traitement de choc. 

Tags: Berlusconi, Berlusconu, Etats-Unis, politique-étrangère, transparence, wikileaks

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