On connaît des familles de peintres, quelques couples de photographes (Robert Capa et Gerda Taro, Martine Franck et Henri Cartier-Bresson), mais je ne connais pas d’autre exemple d’une famille entière de photographes : père, mère, fils, bru et gendre, les cinq Sudre (plus la fille, cheville ouvrière) sont présentés (jusqu’au 30 décembre) au Musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun. Jean-Pierre Sudre, le patriarche, est le plus connu (aussi parce qu’il fut un grand enseignant des techniques photographiques) : d’abord photographe de natures mortes, il commence vers 1960 à créer des photographies abstraites à partir de cristaux obtenus sur une plaque de verre. Mettant la plaque de verre dans son agrandisseur, il tente d’y trouver des formes qui se révèlent, qui émergent de la matière cristalline. Expérimentateur inlassable, technicien obsessionnel et perfectionniste, il compose ainsi des paysages aléatoires, oniriques, fantasmatiques, où il inclut parfois un morceau de gravure, un dessin, un photogramme de plante ou d’insecte. C’est une photographie différente, rarement vue, proche de la matière et du médium, et en même temps empreinte de mysticisme et d’animisme. Ces premières compositions, en 1963, “Diamantine”, sont ici exposées sous forme d’un triptyque noir où émergent et explosent des formes amibiennes, éclatantes (détail à gauche).





C’est une photographie hors du commun, sans antécédents et sans postérité que nous voyons là, une photographie aux antipodes de la représentation du réel, une photographie de la photographie.


Son fils Dominique Sudre, photographe de paysages, joue aussi avec les techniques anciennes et les distorsions de l’image (”Reflets”, 2006).



Et voici, toujours de Laurence Sudre, un extraordinaire portrait de Joseph Beuys interpellant la photographe, image si pleine de force et d’énergie.


Full disclosure : voyage à l’invitation du Musée d’Issoudun.
Photos JP Sudre 1, 2, 3 & 5, photos du cahier de Claudine Sudre et de la planche contact de Laurence Sudre, de l’auteur. Autres photos courtoisie du Service de presse du Musée. Alfred Courmes étant représenté par l’ADAGP, la photo de son tableau sera ôtée du blog au bout d’un mois.
