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Un Bouquet vivant pour un Roi qui se meurt !

Publié le 07 décembre 2010 par Rupteur

bouquet1.jpgA la Comédie des Champs-Elysées, à bientôt 85 ans, Michel Bouquet fait résonner les mots de Ionesco, les angoisses, les délires et les sanglots du vieux roi. On est subjugué par la puissance de l’acteur qui tous les soirs meurt en scène.

Le roi est vieux, malade. Il va mourir, tout comme son royaume désolé, en perte de vie et de repères, jusqu’à la natalité qui est à zéro. Les écoles sont vides, on y trouve juste quelques débiles. Le décor grisâtre imaginé par Agostino Pace est construit sur cette idée de délabrement, jusqu’au dossier du trône fendu, tout comme les magnifiques costumes de Pascale Bordet, à la fois bariolés et hétéroclites. Ce bouquet d’usure nous sert une théâtralité assumée, jouant avec les anachronismes pour inviter l’esprit de Ionesco dont la fable offre une parabole apocalyptique avec Béranger comme antihéros. Son agonie est le signe d’une page qui se referme emportant tout dans sa chute. Mais il est roi, et en bon despote, il pense pouvoir tout contrôler jusqu’à refuser la mort.

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La mise en scène de Georges Werler est tout en mystère, avec une bouffonnerie féroce portée par un Michel Bouquet inouï dans cet habit de roi déchu. Bouquet excelle dans ce qui restera comme un des ses plus beaux rôles au théâtre. Il impressionne par la densité de son jeu, nous plonge dans la sombre tragédie du vieillard en exaltant sa part d’enfance qui palpite en lui comme lorsqu’il joue avec son sceptre de pacotille. Le roi se fait aussi bien farfelu, facétieux que grave, têtu et angoissé, rongé par le doute, pathétique, vainement autoritaire. Il est dans le déni, en appelle à l’amour de la reine Marie, sa seconde femme, interprété par Vanessa Fonte. Il en appelle aux plaisirs de la vie, aux jouissances terrestres, devient gourmand à l’idée de manger un pot au feu. Sa peur se fait grande : Que restera t-t-il de lui, se souviendra-t-on des grandes choses qu’il a faites dans son existence, alors que lui-même perd la mémoire. Il a tout vécu, tout inventé mais ne se rappelle que d’un petit chat roux. L’homme est revenu à sa petite échelle devant la mort. Son être, sa mémoire et toutes si dimensions sont vaines devant la fin qui invite.  

« Tout disparaît. Il est seul, égaré dans le vide sous une poursuite qui éclaire sa pâle tête, l’image est saisissante, si courte et donne l’impression d’une éternité. ». Une éternité théâtrale qu’il faut vivre un jour, même si l’on n'en garde, comme le roi, qu’une futile épave arrachée d’une main d’envie à l’oubli naissant.

Co-écrit par le Cercle Rupturel


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