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CR Stage Martin Wheeler (Paris, 2010)

Publié le 06 décembre 2010 par Ladrevert

C’est à un stage avec un japonais que j’entendais pour la première fois parler de Systema. Par curiosité je tombais sur des videos de Martin Wheeler qui me séduisirent : bonhomie du personnage, côté joyeux de la pratique, tout terrain… je fis un billet sur mon ancien blog et c’est ainsi que je fis la connaissance de Sinicha. Entre temps j’ai découvert son DVD, rencontré Mikhail Ryabko et Vladimir Vasilief.

Pour ce stage je fus portefaix, ce fut une première pour moi et j’espère que personne n’est mort déshydraté par manquement à ma charge

;-)

CR Stage Martin Wheeler (Paris, 2010)

Ce stage est donc passé depuis un moment, et j’espère que vous ne m’en voudrez pas de ne pas écrire à chaud. Je vais me concentrer sur la première journée, les frappes, sujet particulièrement maitrisé, ayant été déçu par la structure du deuxième jour : le sol (il manquait des briques à mon niveau) et le sol ne fait pas ressortir le meilleur de nous mêmes (voire de certains) parfois…

Concernant Martin Wheeler, je ne l’ai malheureusement pas rencontré lors des cours privés, ni en dehors du stage. Il faut aussi confier que je suis arrivé nerveusement sur les rotules à ce stage (pour des raisons professionnelles) ce qui peut avoir un impact sur mon ressenti.

CR Stage Martin Wheeler (Paris, 2010)

Martin est plus petit que je ne le pensais, il dégage quelque chose de positif, il n’a pas de « structure » (vouté) ce qui est à la fois dérangeant et donne à sa pratique un côté singulier. Son travail avec les opérations spéciales, le recul qu’il a par rapport à la pratique sont une source d’eau fraîche par rapport aux imbéciles qui ne cessent de discourir sur la martialité mais qui n’ont jamais été confrontés à la mort ni aux responsabilités. Martin est un athlète, il faut donc être doublement attentif pour dissocier ce qui vient d’un usage différent du corps de facilités liées à l’optimisation du corps (mouais, j’espère que le message est compréhensible). Dernier point, qui m’avait séduit sur les vidéos et que j’ai retrouvé : quelqu’un de gentil, accessible, et sur les quelques photos que j’ai prises au sol il avait toujours le sourire quelle que soit la situation… si je devais choisir un garde du corps, Martin est la parfaite personne qui peut se fondre dans le foule, je le choisirais.

Pour être franc il m’a manqué un travail préparatoire comme de la marche yogique, j’étais beaucoup trop tendu et suis ressorti avec des rouges-jaunes rapidement éliminés (bras et petit bassin). Trop de travail physique également pour moi. Il y a de nombreux compte rendus sur le contenu technique du stage, je vais plus relater ce qui m’a marqué, mes impressions.

Martin a réexpliqué les 4 points du Systema comme on peut les lire dans l’excellent Systema Breathing : respirer, qui permet de relâcher, qui permet de trouver sa posture juste, qui permet de se mouvoir.

Martin nous a raconté une petite histoire qu’il raconte aux SWAT pour expliquer l’état d’esprit que l’on doit avoir, si l’on a le choix entre un type bodybuildé plein de testostérones et agressif du MMA et le sniper aux nerfs d’acier pour rentrer dans une salle pleine de gars où il pourrait y avoir du grabuge, qui choisirait-t-on ? et bien en général on choisit le sniper et c’est le bon choix, il faut être un sniper dans sa tête.

Il reviendra également sur le sens du combat plusieurs fois lors du stage. Est-ce qu’on est là pour se battre (satisfaire l’ego), il ne faut pas oublier la mission, se battre contre un ennemi peut faire rater la mission et entraîner des morts derrière soi. Bien entendu le sens militaire et civil ne sont pas identiques, mais on peut remplacer nation, équipe par famille et sa propre vie. Si il y a un obstacle il faut voir comment le passer et si on doit l’affronter ne pas perdre de vue l’objectif et ne pas partir inutilement dans un affrontement que l’on peut perdre, où perdre ses forces pour achever sa mission.

Concernant les frappes, on ne cherche pas à frapper car cela engendre une réaction, frapper c’est comme toucher, on « regarde avec ses mains« . Il y a trois niveaux de frappe : la peau, les muscles, les organes. J’ai expérimenté les frappes de Martin et ce fut vraiment intéressant. Il sait vraiment moduler en fonction de ce que l’on peut recevoir, il a d’ailleurs insister que l’on devait être un bon ami et aller jusqu’au début de la zone d’inconfort de son partenaire, c’est là que l’on commence à travailler.

Martin a donné des explications de modélisation du corps, je ne vais pas les reprendre car on va dire à minima qu’elles m’ont été insatisfaisantes. Je suis toujours étonné de certains discours sur le corps qui soit faute de temps soit de recherche est plus qu’approximatif (notamment discours sur les tendons et les muscles…). Je préfère au final l’approche de Hino qui parle de muscle interne et externe même si d’un point de vue médical cela ne veut rien dire je comprends sa métaphore.

Conditionnement : pompes, abdos, squats, sur différentes respirations, dont apnées, et travail des pompes en changeant systématiquement de position pour renforcer son corps et pourvoir frapper de n’importe où n’importe comment. Travail en statique où l’on cherche à faire respirer là où se créent les tensions pour les faire repartir.

L’exercice qui m’a le plus marqué ressemble à du Hino. Il s’appuie sur le mouvement respiratoire tissulaire du corps qu’utilisent certaines écoles d’osthéo et fascia. Une personne debout. L’autre derrière lui les mains proches des épaules, on va se rendre compte que la position debout est pleine de micro-équilibres d’ajustements et que le corps oscille.

Deuxième étape, très, très légèrement (sinon on ne sent rien) on va chercher à aspirer le partenaire au sol en utilisant le mouvement de ces oscillations, afin que le partenaire ne sente pas de poussée-tirée et n’ai pas envie de contre réagir. C’est un exercice fascinant. On peut utiliser le travail de Kono et envoyer son sternum dans le sol, cela va donner une sensation diffuse dans le tronc qui va diffuser les microvibrations et poussées…

Concernant recevoir les frappes Martin nous parle de la dimension psychologique et notamment d’une mamie qu’il a vu renversé par une voiture qui roulait lentement et s’est relevée pour engueuler le conducteur. Disons que certains se fractures simplement en tombant, et qu’après un choc le corps peut être boosté par tout un tas d’endorphines, adrénaline et ne pas se rendre compte des séquelles qu’il a. Néanmoins on comprend l’idée.

Comme dans le CR de la soirée avec Sinicha on a travaillé le « j’enlève la douleur ». JM de Global Systema ne l’a pas fait avec conviction au début et l’élève de Martin (son sparring black traducteur) m’a plié deux fois. Martin m’a redressé et cela m’a permis de comprendre effectivement qu’il ne fallait pas perdre contact visuel avec quelqu’un, si le regard ne fixe plus rien on se retrouve en soit et on perd pied, d’autant plus si on se plie, il faut de redresser, relever la tête, reprendre contact visuel (keep focus). Ensuite on travaille à trois pour avoir une idée de ce que l’on doit mettre en place dans son corps seul. Un reçoit, un frappe, le troisième va claquer et extirper la douleur. D’une part la claque main ouverte diffuse l’onde de choc si on l’a mal absorbé et le fait d’extirper est perçu par le cerveau comme une soustraction de la « boule » qu’on a reçu dans son corps.

Relaché ne veut pas dire mou. Si on totalement mou on se fait détruire… le ventre est relaché mais il y a une légère tension à la surface, quand le coup rentre cela devrait entrainer une forme d’expiration qui va faire descendre le diaphragme et contribuer à faire une bulle sur le choc et à expulser.

Ensuite exercice où l’on cherche le chemin à travers le corps de l’autre, on pose le poing, on ne cherche pas à pousser à proprement parler , on n’impose pas mais on écoute le corps du partenaire pour trouver le chemin, couler à travers.

Ce travaille revient à la question de Martin sur le pourquoi de la pratique ? On pratique car on a peur, pour se défendre, et de nombreuses approches classiques travaillent sur des techniques qui sont autant de rempart autour de sa peur, mais quand on passe ces remparts et qu’on touche le dernier mur, le corps, celui-ci s’effondre. Il faut travailler sur ses peurs. En même temps je dirai en complément qu’il ne faut pas non plus se focaliser dessus car j’ai rencontré beaucoup de personnes très fortes de par le conditionnement intense et le fait qu’elles savent recevoir des coups forts, mais ces personnes étaient dans l’ego, le corps était « vide ».

Après les frappes, on fait série de pompes, squat, abdo afin de refaire circuler le sang et que rien ne stagne ne s’accumule négativement.

Martin a refait des exercices qui l’ont rendu célèbre dans les videos, celui ou il part au sol bras et jambes étendus et il monte sur la pointe des pieds et les doigts étendus comme s’il était composé d’un vérin hydraulique. Impressionnant mais inaccessible à mon niveau. Je le travaille comme ce que fait le pratiquant israelien sur son blog, je pars debout, mains aux pieds puis une fois mes mains avancent l’autre mes pieds reculent et j’essaye que le pont de mon corps cesse de ressembler à un ballon et plus à pont de San Francisco (où celui qui vous parle).

Ensuite démonstration d’un autre classique, une jambe blessée, qui reste étendue, il descend jambe tendue au sol, s’allonge puis remonte jambe tendue, la jambe tendue passe derrière et chute sur les poings en position de pompe puis bascule en position de pompe renversée (dos face au sol), pompes, et retour dans le bon sens (moi ça passe par la tête je n’arrive pas à me propulser suffisamment…).

Martin réinsiste sur l’importance de travailler sur le edge, estimer ce que l’autre peut recevoir puis aller sur cette limite. J’ai ressenti diverses frappes de Martin, je regrette de ne pas l’avoir plus sollicité, en tout cas il est très fin, impressionnant, et d’une richesse au niveau de ses frappes : pas que lourdes : ondes de choc, défonçante, divers niveaux de profondeur dans le corps etc…

On travaille aussi à la tête, car comme le rappelle Martin le premier imbécile venu sait que la tête c’est fragile (là on est pas dans du sport). Souvent attaque = 1 temps, défense 3 temps… ne pas penser mais percevoir/sentir (feel). Déplacer = bouger sa structure, car plusieurs pas qui ne bougent pas la structure ne servent à rien.

voilà beaucoup de choses, dont le lendemain un exercice qui fut une première pour moi, 5 personnes allongées sur vous et vous devez vous libérer, les bras et jambes ne servent à rien, il faut onduler trouver ses degrés de liberté, « creuser » dans le sol. Psychologiquement pas la même gêne (respiratoire) que l’on soit face contre sol ou dos au sol. JM de Global Systema m’a montré une variante intéressante plus accessible le serpent et ses anneaux, 5 personnes enserrent et on fait le reptile pour s’en sortir. Exercices d’étranglement également une première pour moi.

Exercice du parasite, on l’un est au sol l’autre dessus, l’un cherche à se débarrasser de l’autre et l’autre à rester dessus.

Exercice avec juste toucher de main, l’un cherche à se relever l’autre le gêne juste avec une poussée de main

Exercice de la vague du surfeur : l’un fait les vagues et l’autre surfe.

Surf par en dessous : un ne bouge pas au dessus, en dessous on cherche à utiliser les tensions de celui d’en dessus pour le bouger.

CR Stage Martin Wheeler (Paris, 2010)

Quelques belles rencontres durant ce stage dont Luce de la maison du taiji, JM de Global Systema que je remercie de sa grande gentillesse et pédagogie et j’ai enfin été présenté à Khosrow, dont j’espère avoir la chance de suivre un de ses cours depuis un moment… Grand merci à Sinicha qui a rendu cela possible.

Mon avis : je regrette de n’avoir rencontré Martin Wheeler que durant ce stage et le dimanche ne m’a pas été bénéfique par rapport au samedi où je me suis senti vraiment bien. A défaut le dimanche m’a permis de faire de belles rencontres. Martin bouge bien (je n’ai même pas parlé de sa démarche de félin on se croirait dans un film muet des années 30 parfois), ses frappes sont exceptionnelles, il est remarquable au sol (et son sourire !). Il y a un côté « athlétique » ce n’est peut-être pas le bon terme qui n’est pas dans ma recherche personnelle. Pourtant il ne m’a pas fasciné comme Vladimir Vasilief lors de travail à deux (dont un petit passage au couteau). En effet Martin nous a parlé un moment du timing, mais comme le décrit Ushiro Kenji les arts martiaux relèvent de l’entering, c’était là à mon avis la différence entre Martin et Vladimir. Martin même s’il bouge bien sait user de légères variations de vitesse pour s’en sortir. Vladimir lui est connecté à son opposant et est toujours parfaitement positionné sans variation de vitesse (on y reviendra sur un article sur Libet), c’est ce qui lui donne ce côté danseur chorégraphié, du moins c’est ma perception à ce jour. Cela n’enlève en rien aux nombreuses qualités de Martin Wheeler, nous avons tous à travailler selon notre niveau, corps et caractère, et il ne faut pas chercher à sauter des étapes. Pour ma part je ne sais ni frapper ni recevoir et ce stage était à point nommé par rapport à mes propres axes de travail.

Merci à toutes les gentilles personnes avec qui j’ai pu pratiquées durant le stage et à Martin Wheeler, une pensée particulière à  JM de Global Systema et à Sinicha.

CR Stage Martin Wheeler (Paris, 2010)
(j’ai écrit cet article d’une traite, merci de votre indulgence, comme toujours j’ai essayé de retranscrire mes sentiments, j’espère n’avoir blessé personne par mes remarques et je m’en excuse si tel a été le cas.)



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