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Interview Marc Levy : «J'aime ce métier, j'aime écrire, j'aime vraiment cela, c'est une passion.»

Par Manus

Interview Marc Levy : «J’aime ce mיtier, j’aime יcrire, j’aime vraiment cela, c’est une passion.»

Interview Marc Levy : «J’aime ce métier, j’aime écrire, j’aime vraiment cela, c’est une passion.»

                                           Photo du site 20 minutes.

 « La sincérité vous expose, et vous fragilise.»

Comme je l’ai fait pour la plupart de mes interviews d’écrivains ou d’éditeurs, je jette une bouteille à la mer, en croisant les doigts pour que, qui sait, la réponse soit favorable.

Voici que deux mois plus tard, l’écrivain français le plus lu au monde me répond avec une simplicité déconcertante qu’il se fera un grand plaisir de recevoir l’interview.  Non seulement il s’excuse pour le retard de sa réponse, mais qui plus est, termine son mail en toute gentillesse.

Ca commence bien, me dis-je : il ne se prend pas la tête, mieux encore, il est gentleman jusqu’au bout des ongles.  Incroyable.  Il faut le vivre pour le croire.

Bref.  Passons aux choses sérieuses.

Marc Levy, né en 1961, écrit à 37 ans une histoire à l’homme que deviendra son fils.  Sa sœur l’encourage à l’envoyer aux éditions Robert Laffont qui, dans la foulée, accepte de le publier.  C’est donc avec « Et si c’était vrai » que débute sa nouvelle aventure et sa carrière d’écrivain.  Un film découlera de ce roman « Just like Heaven » produit par Steven Spielberg (rien que ça) ; film classé premier du box-office américain lors de sa sortie en 2005.

S’ensuivent d’autres romans (tous best-sellers) qui, chacun, connaîtront un succès planétaire : « Où es-tu ? » (ed. Robert Laffont, 2001) ; « Sept jours pour une éternité » (éd. Robert Laffont, 2003) ; « La prochaine fois » (éd. Robert Laffont, 2004) ; « Vous revoir » (éd. Robert Laffont, 2005 ; « Mes amis, mes amours» (éd.Robert Laffont, 2006) ; « Les enfants de la liberté (éd. Robert Laffont, 2007) ; « Toutes les choses qu’on ne s’est pas dites (éd. Robert Laffont, 2008) ;  « Le Premier jour (éd. Robert Laffont, 2009) ; « La Première nuit » (éd. Robert Laffont 2009) et enfin (on va y arriver), son onzième roman « Le voleur d’ombres » chez le même éditeur en juin 2010.

Pour information, ses romans sont traduits en 41 langues et ont été publiés à plus de 20 millions d’exemplaires.

Concernant les questions de l’entretien, celles-ci balaieront de manière générale sa carrière d’écrivain, s’arrêteront sur l’homme en tant que tel, pour ensuite bifurquer vers son dernier roman « Le voleur d’ombres ».

1. Savina : Votre enthousiasme et votre fraîcheur dans l’écriture sont-ils restés intactes tel qu’au début de cette formidable aventure, ou bien avez-vous mûri, pris du recul ?

Marc Levy : Oui, en tous les cas, je le ressens ainsi. Je prends de plus en plus de plaisir à écrire un roman, même si je trouve cela chaque fois plus difficile. Disons que le plaisir augmente et que le trac aussi. En revanche pour la fraicheur de l’auteur, je crois hélas que je ne suis plus sous garantie.

 2. Savina : On parle de « veine » pour l’ensemble de vos romans… Si les émotions des personnages sont principalement mises en avant, y aurait-il, consciemment (ou inconsciemment ?)  un genre d’histoire que vous privilégiez ?  Cherchez-vous volontairement à partager quelque chose ?

Marc Levy : Je pense que chaque auteur a sa veine, de la même façon qu’un chanteur est reconnaissable à sa voix quelle que soit la chanson. Il est important pour un auteur de faire vivre et de travailler sa propre voix au risque de se trouver de façon plus ou moins consciente limité à imiter le travail des autres.  Ce qui est passionnant dans ce métier, c’est le risque qui vous colle à la peau. En ce qui me concerne, j’ai toujours essayé que mes romans soient conduits par les personnages plus que par l’histoire. Ce sont eux qui font avancer le récit. Comme je suis très feignant, ils font tout le travail à ma place.

Faire partager quelque chose, je suis trop timide et pudique pour cela. Mais, les personnages dont je vous parlais, finissent par entrer dans ma vie, comme de vrais personnages et ils repartent dans les pages de mes romans avec une part de moi, des sentiments, des valeurs qui m’appartiennent.

3. Savina : Il me semble, que des premiers livres qui sont légers, frais, vous approfondissez davantage au fil des romans la profondeur des personnages, la structure de l’histoire également.  Est-ce parce que l’histoire à raconter est plus grave, que le métier vous fasse évoluer de la sorte, ou bien est-ce simplement un concours de roman, de circonstance ?  Car on peut tout de même remarquer une évolution entre le premier et le dernier …

Marc Levy : Je pense que l’écriture comme tout artisanat s’apprend « sur le métier ». Chaque roman est une façon pour son auteur de découvrir les erreurs commises dans les précédents, vous donne la furieuse envie de ne pas les commettre à nouveau et vous oblige à la lucidité de savoir que vous en commettrez d’autres dont vous ignorez tout ; mais cet espoir de progression est un moteur d’écriture. Bon, peut-être que pour moi cela restera dans le domaine de l’espérance…. Mais pourquoi s’interdire de rêver.

4. Savina : Ce n’est un secret pour personne, la critique littéraire n’est pas tendre envers vous ; pourtant, à lire les commentaires des lecteurs (et les échos de mon entourage), on perçoit que les gens vivent une émotion vraie, sont heureux, touchés après vous avoir lu.  Comment expliquez–vous un tel décalage entre la critique et le lecteur (de base ?) ?

Marc Levy : Ce décalage existe en littérature depuis la nuit des temps. Les auteurs populaires se sont toujours fait dézinguer par la critique, que ce soit au 17ème, 18ème, ou 19ème et XXème  siècle. Hugo, Dumas, et tant d’autres se faisaient assassiner avec une violence que vous ne soupçonnez pas. (N’allez pas croire une seconde que je me compare à Hugo ou Dumas). La critique n’aime pas les livres qui rencontrent un public. Est-ce parce que beaucoup de ces critiques germanopratins sont des auteurs en mal de lecteurs ? Est-ce parce que faire l’éloge des sommets vous met en valeur ? Il est plus chic de crier au génie d’un opéra classique que de vanter les qualités d’un air de jazz  ou de variété. Mais au bout du compte, les trois registres se chantent très bien sous la douche.

5. Savina : Vous publiez  environ un livre par an.  Le rythme est soutenu, les lecteurs vous attendent au portillon (et l’éditeur !), et les médias, on va dire, aussi (même si c’est pour d’autres raisons) : il est à supposer que vous vivez une certaine pression depuis le début de votre carrière.  Cela ne vous rebute-il pas ?  N’avez-vous jamais songé, du coup, à arrêter ce métier, vu le système déclenché autour de vous ?

Marc Levy : Non, parce que j’aime ce métier, j’aime écrire, j’aime vraiment cela, c’est une passion. Personne ne m’impose d’écrire un livre par an, mais pour tout vous dire, je n’ai pas d’autre métier… et j’en connais peu où lorsque vous ne faites qu’une chose par an, on vous dit que vous travaillez beaucoup !

6. Savina : L’écrivain laisse (qu’il le veuille ou non) une part de soi dans ses romans : simplicité, émotion, tendresse, bonté, chaleur humaine et un fil conducteur autour des questions sur la mort : des valeurs que vous partagez dans votre vie et qui transpirent dans vos romans ?

Marc Levy : Oui, même si ma pudeur me pousse à tout faire pour disparaitre derrière les personnages.

7. Savina : « Le voleur d’ombres », votre onzième roman, ressemblerait plus à vos premiers amours du début de votre carrière : un retour volontaire vers une histoire épurée ?

Marc Levy : Peut-être, mais sans calcul, je travaille à l’envie, sans chercher quelque chose de précis. « Le désir ma chérie, uniquement le désir ! » comme disait Jeanne Moreau. (J’ai un doute, est-ce que c’est Jeanne Moreau qui disait ça ?)( En même temps, ça lui irait bien de dire ça)

Donc, disais-je, ce roman, comme tous les autres, correspondait à une envie, une petite voix qui se décide à parler à un moment plus qu’à un autre.

8. Savina : L’enfant, dans ce roman, prend une place prépondérante à travers toute l’histoire : on pourrait vous poser la question du cœur de l’enfant qui se cache chez l’adulte, ce dernier n’osant pas l’écouter ni le laisser s’exprimer, un phénomène de société ou un comportement relevant des adultes ?

Marc Levy : Une pudeur je crois, une façon de se rassurer en oubliant tous les doutes et vérités de l’enfance. Vivre dans un univers de choses sérieuses est rassurant. La sincérité vous expose, et vous fragilise.

Mais pourquoi les adultes ne prennent pas au sérieux ce que les enfants leur disent ?  Il y a quelques temps, je rendais visite à une amie,  son petit garçon de six ans (qui zozote) soupire et dit d’une de ses camarades de classe (dont je tais le prénom, confidence oblige) « Ze suis trop zamoureux d’elle que dès fois ça me fait mal au ventre de la voir »

L’amie en question et maman du petit bonhomme éclate de rire et lui répond «  C’est bien mon chéri » comme si ce dernier lui avait dit qu’il aimait beaucoup la vache qui rit,  et elle se lève pour aller chercher quelque chose dans sa cuisine.

J’étais consterné. Je pensais au courage qu’il avait fallu à et enfant pour faire cet aveu d’une importance capitale. Je suis allé voir mon amie dans la cuisine et je lui ai passé un sérieux savon.

9. Savina : Un enfant, tel qu’il évolue dans « Le voleur d’ombres », peut-il avoir ce recul par rapport à la vie, et une acuité telle que vous la décrivez ?

Marc Levy : Je pense que les enfants voient si bien qu’ils n’ont pas besoin comme nous les adultes de reculer pour voir l’ensemble du tableau qui se trouve devant eux. Ils comprennent au premier détail et voient tant de choses qui nous échappent.

10. Savina : L’humour prend une place importante dans ce livre, tout comme la tendresse et les questions essentielles inhérentes à tout être humain, en quelque sorte.  Un roman qui permettrait de dire que la boucle est bouclée ?

Marc Levy : Vous voulez dire, mon dernier roman ? Zut alors, je suis en train d’en écrire un autre.

11. Savina : Je suppose qu’un prochain roman est en cours … Peut-on en savoir plus ? (allez !!!)

Marc Levy Alors c’est un roman avec des pages, du papier et des tas de mots…

12. Savina : Un dernier message pour les lecteurs de ce blog et pour vos nombreux fans qui vous liront ici et ailleurs ?

Marc Levy : Merci beaucoup, et pardon pour toutes mes âneries. (Savina : c’est vrai – mais c’est sympa)

J’aimerais remercier infiniment Marc Levy d’avoir participé à cet entretien avec autant de simplicité et par cette attitude, confirmer que les personnages si attachants de ses romans sont reconnaissables à leur père créateur.

Savina de Jamblinne.


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