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La dédiabolisation glamour #1

Publié le 13 décembre 2010 par Vogelsong @Vogelsong

“Maintenant il y a dix ou quinze endroits où de manière régulière un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. C’est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s’applique, c’est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c’est une occupation tout de même” – M. Le Pen – 11.12.2010 – Le Monde

Frappante de différence la manière dont, telle une bête de médias sûre de son coup, elle enfonce les sujets, les ingurgite et les restitue désossés sous l’œil bovin de la presse. Frappante de différence aussi, la manière dont les guerres larvées rendent toutes tentatives de structurations programmatiques caduques. Finalement frappant, de voir comment l’accident démocratique pourrait se produire encore. M. Le Pen épanouie comme jamais sur le plateau de France 2, s’est offert un tunnel de promotion sur écrans plasma. Avec une maîtrise dont on la savait capable, et qu’elle a aisément confirmée. En contrepoint, les rémanences d’une semaine de minauderies socialistes où le ridicule se dispute à l’inutile. Aux antipodes des préoccupations, on rejoue le défilé médiatique, les petites phrases vénéneuses et l’unité familiale de façade. La question du sérieux des propositions et du programme des uns et des autres se pose, mais plus marquant est le niveau de préparation de la représentante du FN dans les moments de synchronisation générale des attentions d’un prime time. En l’occurrence des millions de téléspectateurs sidérés devant leur écran avec en mémoire les impérities gouvernementales, le bal des débutantes socialistes, et la capacité d’une candidate, là, qui dresse par le menu une batterie de solutions, certes ineptes sur le fond, mais parfaitement audibles et accessibles dans ce contexte.

La dédiabolisation glamour #1À la fois dedans et dehors, le Front National relève de l’objet politique inabordable. Manifestement sur France 2, lors du programme “A vous de juger”, A. Chabot (et A. Duhamel) s’est essayée à la dédiabolisation. Approche faisant du FN, des interlocuteurs “normaux” de la démocratie. Peut-on pourtant avoir un débat démocratique sur la xénophobie ou le racisme ? Que l’on puisse diverger sur le financement des retraites est une chose. Que le point de passage de l’objet du débat se situe sur la qualité d’Humain est une toute autre affaire. Ce que l’on ne semble pas comprendre en “tolérant” la discussion, emportée qu’elle sera au fond du cloaque réactionnaire. Une pensée qui focalise toutes les attentions, élections obligent. Car la question qui brûle les lèvres n’est plus comment va-t-on vivre ensemble dans un univers qui s’atomise, mais quel sera le score du FN ? La dédiabolisation donc, une attitude simple, apparemment de bon sens qui attend du débat une révélation. Le problème du FN c’est qu’il n’a rien à révéler, rien à discuter. Dédiaboliser, ce qui sous entendait diaboliser. Mais qu’est ce que diaboliser ? Mettre en exergue des propositions crypto-fascisantes, comme étant crypto-fascisantes ? Diaboliser c’est dire d’un raciste qu’il est raciste ? Une autocensure plutôt.

La Grande victoire du FN consiste à tout focaliser autour de l’immigration et de l’insécurité. Aujourd’hui, par un étrange basculement, il n’y a plus un problème qui ne se résolve hors de ces prismes. L’éducation, le financement de la sécurité sociale, la dette publique ou l’on sait quoi, trouvent toujours une issue dans l’une et/ou l’autre de ses deux thématiques. Un tour de force qui met ce parti non démocratique au centre du jeu démocratique. On a pu alors goûter à quelques tranches d’ignominie, qui laissent coi l’auditoire un tantinet éveillé. Des assertions tenues pour vérités, infectes. Avec M. Le Pen on a sombré dans le glamour fétide. Le journalisme politique ne montre plus rien, il laisse se dérouler une succession d’affirmations entrecoupées de vagues questions sur des problèmes qui sont étrangers à tous les protagonistes du plateau. De la politique et du journaliste hors sol stipulant pour autrui. Une dimension parallèle où l’on fait du bruit avec sa bouche pour occuper le temps. Avec une différence notable, certaines sonorités sont plus chargées que d’autres.

Pour M. Le Pen, la France “importe des étrangers” comme on importe des chemises ou du saumon. Une tournure d’esprit d’apparence anodine, et qui pourtant est plombée d’idéologie. Personne ne lui fera remarquer que l’Homme n’est pas une marchandise. Ainsi, les phénomènes migratoires ne sont pas (tous) des transactions commerciales relevant du commerce international. À moins de penser dans une grande unité analytique que tout se vaut sur le grand marché global. Un univers simpliste où débondent les penseurs modernes. Il suffit de lire les élucubrations d’I. Rioufol ou E. Zemmour. Pour qui le peuple n’a de réalité que lorsqu’il reprend les choses en mains, comme les Suisses, et se prononce fermement sur les minarets ou les étrangers délinquants. Rejoignant la thèse de l’homme “marchéisé”, ils protestent contre le “mondialisme” qui par “l’importation” de marchandises étrangères (Humains inclus) dégrade l’unité nationale. En oubliant précisément qu’il existe une différence notable entre un être humain franchissant une frontière, et un conteneur de matériel électronique. Avec des conclusions différentes, ils recoupent les thèses libérales dans la frénésie du “tout marché”. Du “tout négociable”. Le roman mythologique national en moins.

(à suivre le 14.12.2010)

Vogelsong – Paris – 11 décembre 2010

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