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Science + ou – fiction ?

Par Fuzzyraptor

Comme vous l’avez peut-être vu à travers mes tweets du jeudi 9 décembre dernier, j’ai eu l’occasion d’assister à une partie de la journée d’étude « Science et science-fiction : un « vortex » entre imaginaire et réalité ? ». Elle se tenait en parallèle de l’exposition « Science (et) fiction : aventures croisées » à la Cité des sciences créée en partenariat avec la Bibliothèque nationale de France.

Suite à vos demandes (1), je vous livre ici en plusieurs billets un compte-rendu succinct de la matinée, à partir des notes que j’ai pu glaner et des échanges que j’ai eu sur Twitter. Excusez d’avance le caractère incomplet et sans doute naïf de ce que vous allez lire (vos compléments sont les bienvenus).

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Prévue à 9h, la journée n’a débuté qu’une heure plus tard en raison du retard de certains intervenants, bloqués par les intempéries. Le public, une cinquantaine de personnes, était en majorité féminin (contrairement aux intervenants du matin) et semblait être composé en grande partie de bibliothécaires. Cette journée étant organisée par le Centre national de la littérature pour la jeunesse et la Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BSI) (2), ceci explique sans doute cela.

La science-fiction pour les nuls

En guise d’apéritif, Bruno Jammes, le directeur adjoint de la BSI nous offre un large panorama de la science-fiction (SF). Il se demande d’abord comment  définir « ce genre narratif qui suscite des usages extrêmes ». Il se livre à une petite comparaison des définitions sur le Larousse, Wikipédia - « la définition la plus large et la plus intéressante du domaine » et le Petit Robert. Ces définitions varient au cours des années et font intervenir « l’imagination scientifique et le temps futur » en 1973 puis « le scientifiquement possible dans l’imaginaire romanesque » en 1993. Si les dictionnaires et encyclopédies sont indécis, c’est aussi le cas des auteurs de SF eux-mêmes. Isaac Asimov la définit comme une « branche de la littérature qui se soucie des réponses de l’être humain aux progrès de la science », John W. Campbell comme des « rêves mis par l’écrit » et René Barjavel ne se mouille pas trop en affirmant que « ce n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres ».

Des genres variés mais des éléments récurrents

Selon Bruno Jammes, la SF fait intervenir des genres narratifs variés : la littérature avec les romans, les sagas (suites de romans) ou les nouvelles comme celle d’Arthur C. Clark (2001, l’Odyssée de l’espace), les œuvres graphiques (BD, mangas), les films et séries TV telles Star Trek ou Battlestar Galactica – « fondamentales dans cette culture » et enfin (mais la liste n’est pas exhaustive), les jeux vidéo.

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Une grande variété donc, mais des éléments récurrents : l’importance du temps. « Il ne s’agit pas toujours du futur ; souvenez-vous du début de Star Wars, qui évoque une époque très lointaine ». Un récit de SF peut également se situer dans un « autre-temps, un temps différent où les choses ne se sont pas passées de la même manière » et on parle alors d’uchronie. Le thème du voyage dans le temps l’illustre bien (voir l’oeuvre de Poul Anderson), tout comme certains romans de Philip K. Dick évoquant la Seconde guerre mondiale.

Citons en vrac les autres éléments du récit canonique de SF : l’espace et sa conquête, les moyens de transport « qui caractérisent l’œuvre de Jules Verne », l’extraterrestre « différent, bizarre, agressif ou gentil », l’intelligence artificielle & les robots, les mutants & l’homme transformé, les univers parallèles, le cataclysme, la dialectique réel / virtuel voire même le développement durable.

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« La SF n’est pas un genre littéraire, c’est tous les genres »

Thèmes semblables mais genres différents. La SF se scinde en space opera ou « grande chronique de l’espace » comme le Cycle de la fondation d’Asimov, la hard science-fiction, qui « s’appuie sur des concepts scientifiques et technologiques et a vu le jour aux États-Unis entre les deux guerres » et plus récemment le cyberpunk « qui se passe dans un monde délabré ». Chaque genre a bien entendu donné naissance à de

nombreuses ramifications et la SF va même parfois piocher jusque dans le merveilleux des contes de fées ou le fantastique : « la Force dans Star Wars est typiquement un élément du genre fantasy ».

Toujours dans la logique de nous donner quelques clés générales, Bruno Jammes nous situe dans le temps : après quelques « faux précurseurs » (dont je n’ai pas eu le temps de relever les nom), les vrais papas de la SF sont les européens Jules Verne et H.G. Wells (La Machine à explorer le temps, La Guerre des mondes). La SF fait ensuite un tour par les États-Unis entre 1914 et 1940 (âge d’or de la littérature et du cinéma) puis la thématique s’élargit jusqu’à 1969, les autres pays s’en emparent. C’est également l’irruption des sciences humaines avec leurs nouvelles problématiques (totalitarisme, utopie, place et rôle des femmes…). Depuis 1970, nous sommes entrés dans une « nouvelle science-fiction » influencée par les mondes virtuels, mais des emprunts aux mouvements précédents sont possibles.

Du western au grand public

Le directeur adjoint de la BSI poursuit sa revue historique en montrant que la SF est un genre narratif influencé par le western à ses débuts (conquête de l’ouest ou des galaxies, même combat !) et en permanence par la société dans laquelle vivent les auteurs.

Pour terminer, il évoque les lecteurs de SF, historiquement des hommes, amateurs passionnés voire « frapadingues », qui lancent des fanzines ou développent des sites internet sur leur passion.

Mais petit à petit, cela change avec l’arrivée de la SF chez le « grand public » et la prise en main de la création par des femmes qui revendiquent une littérature féminine. Au détour d’un tweet, @FabienNicolas me glisse le nom de Ursula K. Le Guin, « auteure majeure s’il en est. Ah ! La main gauche de la nuit ! ».

Suite de la conférence ces prochains jours…

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>> Notes :

  1. Pour ne pas les citer : @laviedesmutants, @cvaufrey, @jibhaine, @jphgirard, @pascorporate, @anhtuann & @schaptal (ceux qui m’ont indiqué des éléments apparaitront dans le corps des articles)
  2. Je tiens à remercier Francine Lesaint, directrice de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie qui m’a invitée à cette journée

>> Les autres thèmes de la journée :

  • Science-fiction et anticipation de soi, par Benoît Virole, psychologue
  • Comment la SF interpelle-t-elle la science aujourd’hui ? par l’incontournable Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA
  • Faire de la science avec de la SF, avec Évelyne Hiard, commissaire de l’expo Sciences (et) fiction et Marie Masson, déléguée au festival « Les Utopiales » à Nantes
  • Le point de vue d’un auteur, avec Pierre Christin.

>> Ailleurs :

>> Illustrations : FlickR, licence CC : Don Solo, Stéfan, drp, x-ray delta one


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