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Journal d'une âme : La Chorale. (18-12-2010)

Par Manus

Journal d'une גme : La Chorale. (18-12-2010)

Journal d'une âme : La Chorale. (18-12-2010)

                                 Photo du site focus nature

Depuis quelques années, l’école de mes enfants a mis sur pied une chorale.  L’âge des petits qui y participent varie de six à douze ans, tous genres confondus.

Hier soir, c’était le grand soir.  Cette trentaine d’enfants se préparait, il y a plusieurs mois déjà, à la soirée de Noël à laquelle j’ai assisté hier.

Chapelle Notre-Dame des Grâces.  Les parents sont installés ; nous sommes en retard.  Tout en rejoignant un siège, la mélodie provenant du chœur se répand autour de moi.

 Je souris en voyant ces enfants à l’uniforme impeccable, se tenir non pas figés, mais oscillant de gauche à droite, d’avant en arrière, envahis par la fluidité des notes - flocons de neige emportés par le souffle du ciel.

Leurs voix, si elles s’élèvent vers la voûte de la chapelle, s’accrochent aussi, à mon cœur – un peu à la façon des stalactites d’où perlent des larmes d’émotion.

Elles agissent comme des morceaux de diamants rayant l'âme ; et créent, non pas une saignée, mais des myriades de cristaux  éblouissant mon intérieur.

Sous les spots, le teint pâle de leurs visages leur confère un aspect irréel ; on aurait dit des anges.

Des anges dont battent les cordes vocales pour rejoindre les cieux : « We wish you a merry Christmas, we wish you a merry Christmas, we wish you a merry christmas, and a happy new year ! »

Cette fois, je ferme les yeux.  Je les ai suffisamment caressé du regard.  Je quitte les plaines enneigées et me concentre sur les mots, glisse sur leur voix pure comme sur un toboggan m’amenant là où le sable est chaud, où les vagues de dunes s’étendent à perte de vue. 

Je rejoins une nuit douce ; une nuit sainte.  Dans les cieux, l’astre luit.

La tiédeur des grains de sable contraste avec la fraîcheur de la nuit.  La constellation d’étoiles a en tout temps attiré mon attention : cette fois, encore, je m’évade dans le firmament ; repère une, plus vive, qui m’aimante.

« C’est par là », semble-t-elle dire.

J’ai froid.  Je vais suivre la route lumineuse, celle qui m’exhorte à partager un grand événement, tant attendu.

Tout en marchant, seule dans la nuit, j’aperçois à l’horizon, au sommet des dunes, une caravane de chameaux.  Ils sont nombreux.  Très.  Probablement viennent-ils de loin, pour être ainsi tant pourvu de matériel. 

L’absence d’habitations confère au désert l’aspect d’un miroir sur lequel ricoche les cris des chameliers, les sons émis par les bêtes, le brouhaha de cette épopée, qui parviennent jusqu’à moi. 

Je devine ce qui les motive.  Moi aussi, j’ai le cœur qui tremble.  Je me joins à eux, par l’esprit, vers ce qui nous conduit, débordante d’espérance.

Alors que chaque pas accompli me rapproche du but, ma joie augmente ; j’accélère.  Comme venu de nulle part, de par derrière une dune, voici un berger entouré de son troupeau de moutons.  Leurs bêlements m’accompagnent ; le berger se rapproche de moi.  Il me tend une fourrure de mouton que j’enfile prestement.  Sur ses épaules, l’homme porte un agneau. 

Sans doute s’était-il égaré et l’a-t-il retrouvé.  De ses prunelles noires, l’agneau plonge son regard dans le mien : je sens sa gratitude envers celui qui ne l’a pas abandonné ; envers celui qui l’a cherché toute la nuit pour le retrouver. 

Ensemble, nous parcourons le reste du chemin.

La présence du berger, cet homme calme et serein, me réconforte.  Je peux m’appuyer sur lui. 

Nous approchons de l’étable.  De là où nous sommes, j’aperçois des silhouettes couronnées et richement vêtues.  Elles sont à genoux, et tendent des présents.

Nous sommes tout près de l’entrée, maintenant.

Une femme se penche sur son enfant reposant dans la mangeoire.  Elle rajuste le vêtement du nouveau-né pour qu’il ne prenne froid.  À ses côtés, un homme, le visage éclairé d’un bonheur profond, la couve du regard ; leur amour rayonne jusqu’à moi.

Je laisse le berger me précéder vers le mystère annoncé qui s’accomplit.  Cet enfant sur la paille endormi, c’est l’amour infini !

Il est humble, le berger.  Il n’a rien à offrir.  Lui aussi, fléchit le genou et tend ses paumes vers  le nouveau-né.  Qu’il est grand !  Qu’il est beau ! chante son âme.

L’agneau qui reposait encore sur ses épaules se dégage de la nuque du berger ; il s’élance dans un bêlement impatient.  Bondit vers le bébé.  De son museau, il renifle les tissus, puis pose sa tête sur le corps emmailloté.

Attendrie, la mère de l’Enfant lui caresse le pelage encore doux.

La Pleine de Grâce le saisit et le dépose contre son sein.  L’agneau clos les paupières ; se blottit dans sa chaleur.

Douce nuit, sainte nuit,

Dans les cieux, l’astre luit.

Le mystère annoncé s’accomplit,

Cet enfant sur la paille endormi,

C’est l’amour infini.

J’ouvre les yeux.  Les enfants de la chorale tournent la page du répertoire.  Un nouveau chant sera entonné.

Entre le bœuf et l’âne gris, se murmure, doucement, pour me rejoindre là où l’agneau dort.

Savina


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