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[Analyse] Fight Club de David Fincher (1999)

Par Cyriltuloup

[Analyse] Fight Club de David Fincher (1999)

« Première règle, il est interdit de parler du Fight Club. Deuxième règle, il est INTERDIT de parler du Fight Club ». On va enfreindre quelques lois pour élucider un film controversé. Que tous ceux ne l’ayant jamais vu passent leur chemin, l’analyse ci dessous dévoile des passages clés.


Fight Club fait partit de ces films qui restent encore difficile à cerner. Critique, satire, ironie ? On l’interprète différemment mais on lit tous une fable anarchiste. Adaptation du roman de Chuck Palahniuk, le film de David Fincher véhicule une pensée anticapitaliste intemporelle. De chaque scène découle une idée, de chaque dialogue ressort une citation. Étudions le monument au travers de son archaïsme, son approche religieuse et son sarcasme.

[Analyse] Fight Club de David Fincher (1999)

« On fait des boulots qu’on déteste pour se payer des merdes qui nous servent à rien. »

Les consommateurs prennent cher. Le narrateur mène une vie minable, esclave d’un petit manager et adorateur des meubles Ikea. Lorsqu’il rencontre Tyler Durden (Brad Pitt), il commence à changer sa vision du monde, éclairé par un rebelle philosophe. Ce dernier tient des propos anarchistes à l’encontre de la civilisation, contre la publicité et les modes de vie sécuritaires.
Les deux personnages vont même se battre pour le plaisir, se frappants sur le parking d’un bar. « Comment peut tu te connaître si tu ne t’es jamais battu ? » demande Tyler à son nouveau pote, encourageant sauvagerie et archaïsme. On cerne rapidement la portée philosophique de l’œuvre, marginale et révolutionnaire. Nos deux protagonistes vont créer le « Fight Club », un club de boxe clandestin où les hommes s’affrontent brutalement. Cette réflexion sur la condition humaine sera poursuivie lorsque Tyler, alors chef du Fight Club, donnera des devoirs aux membres du club. L’un d’eux consiste à provoquer une bagarre dans la rue, à se battre avec un inconnu. Peu de conflits aboutissent, les individus ayant peur de la violence. Un mec arrose un passant avec un jet d’eau, recommence plusieurs fois, avant que ce dernier le frappe dans le ventre. Une fois son coup de poing placé, il s’excuse tout de suite, avec l’impression d’avoir eu un geste inapproprié. On pense à Orange Mécanique, roman de Burgless adapté par Stanley Kubrick. Il est là aussi question de la violence, un comportement que les politiciens cherchent à anéantir. Le ton n’est pas le même, mais les questions posées se rapprochent. Fight Club n’est pas pour autant un éloge de l’agressivité, il en montrant les limites lorsque le narrateur détruit la gueule d’ange d’un blondinet.

[Analyse] Fight Club de David Fincher (1999)

« Tu dois admettre qu’il est possible que dieu ne t’aime pas du tout. »

La religion est abordée avec pessimisme dans un film américain, pays où l’on ne rigole pas avec les croyances catholiques. Le discours de Tyler tient de l’athéisme, s’illustrant comme un profond dégoût de l’extrémisme religieux : « Tu dois admettre qu’il est possible que Dieu ne t’aime pas du tout. Il ne t’a jamais voulu. En toute probabilité, il te déteste et ce n’est pas ce qu’il peut t’arriver de pire. On n’a pas besoin de lui mec ! On n’en a rien à foutre de la damnation ni de sa sa foutue rédemption. On est les enfants non désirés de Dieu, très bien ! ». La religion prends place dans un passage très court, mais c’est si frappant que l’on y repense une fois la projection terminée.

« Cette gonzesse, Marla Singer, n’avait pas de cancer des testicules. C’était une menteuse. »

Derrière le côté anar se dresse un humour noir. On constate une certaine ironie, le réalisateur allant jusqu’à qualifier son film de « blague ». Via quelques passages sarcastiques, le film adopte un rire narquois, un portrait cruel mais drôle de notre société. « Tu es vraiment trop BLOND !! », expression crié à un individu voulant intégrer le projet Chaos, confirme la visée humoristique du récit. « Mon dieu ! On ne m’avait plus baisé comme ça depuis l’école primaire » ou encore « La capote c’est le soulier de verre de notre génération, on l’enfile quand on rencontre une inconnue, on « danse » toute la nuit, et puis on la balance… la capote j’veux dire, pas l’inconnue. » soulignent une certaine « comédie ». Fight Club n’est pas un film sérieux, réfutant l’obéissance et le conformisme. On pourrait presque y voir une parodie des films sentimentaux, les relations entre Tyler et Marla se traduisant que par le cul. David Fincher signe un film inédit comme on en avait jamais vu auparavant. Évidemment, la majorité de la presse n’aime pas, stérile à un cinéma ultra politique et archaïque.

[Analyse] Fight Club de David Fincher (1999)

« On fait pas d’omelettes sans casser des œufs. »

La manipulation est vivement dénoncée, les membres du projet chaos se dévouant totalement aux ordres de Tyler. La capacité à réunir une masse d’individus grâce à un charisme inné est reprochée dans ce film à tendance punk. Le terrorisme s’installe dans le récit via les actions menées par l’organisation, rappelant ainsi une forme de militantisme basée sur la violence. Après avoir enfilé cagoules et vestes noires, les disciples de Tyler investissent les buildings de la finance ou les boutiques de technologies. Ils arrachent les antennes sur les toits des immeubles, ils revendiquent leur haine du capitalisme et leur admiration pour Tyler. Fight Club est donc un film nuancé, soulevant des idées précises, intelligentes mais problématiques.

Citations

  • « Les choses qu’on possède finissent par nous posséder. »
  • « Dans le temps, on lisait les revues porno. Maintenant, c’est les catalogues de mobilier. »
  • «On est des consommateurs. On est des sous-produits d’un mode de vie devenu une obsession. »
  • « Maintenant une question de protocole. Pour passer je vous présente mon cul ou bien ma queue ? »
  • « Nous sommes des êtres physiques, qui avons oublié les plaisirs de l’animalité. Nous étouffons à l’intérieur d’un monde virtuel et irréel, et nous ignorons nos propres capacités de survie faute de les mettre à l’épreuve. » Chuck Palahniuk

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