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Le bonheur de la nuit d'Hélène Bessette

Par Sylvie

1969
Le Bonheur de la nuit
Editions Léo Scheer
Hélène Bessette (1918-2000) fait partie de ces auteurs féminines qui, telles Irène Némirovsky ou Germaine Beaumont, ont eu un succès important à leur époque puis ont sombré dans l'oubli avant d'être redécouvertes très récemment. 
Hélène Bessette publia 14 livres chez Gallimard de 1953 à 1973 ; elle fut citée au Fémina et Goncourt et fut encensée par de grands noms de l'époque tels Marguerite Duras ("La littérature vivante, pour moi, pour le moment, c'est Hélène Bessette, personne d'autre en France") ou encore Raymond Queneau.
Et quelle modernité ! Par certains critiques, Bessette est même considérée comme précurseur du nouveau roman. Il y a de quoi ! 
Typographie très originales, phrases hachées, très courtes, pour la plupart nominales ; tout ça mis au service d'une intrigue minimale mettant en scène des pantins en crise !
Poésie ? Romans? Théâtre? Qui peut dire ? Cela outrepasse tous les genres connus ! 
Bessette prend le prétexte d'une drame bourgeois traditionnel qui pourrait faire penser à du théâtre de boulevard : un marquis quitte sa première femme ; se poussent au portillon une deuxième marquise Doudou, une soubrette, Doudou n°2 ainsi que Chérie une actrice. Chassés-croisé, jalousies, engueulades, tout ça sous le regard ironique de l'auteur.

Tout va a 100 à l'heure, on se croise dans les escaliers, on fugue, on revient. Le but est de faire vite ! Comme le dit Bernard Noël dans la postface, "cette écriture n'a souci que d'être rapide, efficace, pratique. Elle ne s'arrête pas, ne développe pas, n'habille pas, mais décharne, tranche, découpe". Le but n'est pas d'analyser, de décrire mais de saisir la crise au plus prêt sans expliquer.

Il en ressort donc une modernité désarçonnante à faire palir les oeuvres de Duras !

Personnellement, je n'ai pas tellement accroché même si j'ai vraiment aimé plusieurs passages. Mais chapeau quand même pour cette originalité désarmante ! Les mots giclent, fusent, souvent avec humour, tout en perdant le lecteur...
On a l'impression de lire un mélange de Feydeau (pour le côté burlesque et les chassés-croisés femmes/maris/amant(e)s), de Beckett et de Duras. Voila le programme !
Je vous laisse découvrir quelques passages reproduisant la typographie originale :
"Monsieur froid
Monsieur a froid
ll souffre d'un refroidissement spectaculaire
pour tout dire
quelque chose de la génétique des Natanaëls n'a
pas tourné rond
Les Nathanaëls réfugiés au ciel. Personnes déplacées.
Lisant la Bible allongés nonchalamment sur les
nuages.
Quelle tête ils font
Un peu comme les Belges quand le Christ rentre 
à Bruxelles. 
Rien du Christ néammoins. Rien d'un Saint. Dans l'image lointaine du petit Nata de Natanaël. "ll aurait pu être pasteur" murmure un ange" "Avec son intelligence"
Que voient-ils emmitouflés de nuages roses saumon, bleu véronèse et vert de chrome.
Leurs descendances, leurs biens et avoirs modifiés
d'une manière révolutionnaire
Monsieur Nata est le mari moderne
Tout simplement
La mentalité de souteneur du mari moderne
Qui ne peut supporter sa petite putain de
femme moderne. A crises modernes
Le mot "moderne" très élastique. Lourd de 
tous les vices dernièrement admis, promus,
reconquis, montés en grade
C'était des gens modernes"


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