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Le balcon sur la mer.. enragee

Publié le 05 janvier 2011 par Tika

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Jean Dujardin est beau, ça on le sait, mais a-t-il vraiment du talent ? Oui, et non. Le balcon sur la mer présente deux options, tout dépend du regard. Soit on observe la mer d’en haut, soit on peine à monter sur le balcon, et l’on reste en bas.

Nicole Garcia est une magicienne de l’ambiance et du film obsessionnel, où ses personnages se perdent en eux mêmes pour mieux se retrouver. Après une belle carrière d’actrice, elle se met à la réalisation. Elle s’attelle à poser des personnages en équilibre sur le fil de la vie, décortiquant leur complexité. Les très remarqués Place Vendôme et Le fils préféré illustrent avec finesse sa quête.

Plus qu’un balcon, une terrasse qui donne le vertige

Dans le balcon sur la mer, Nicole Garcia explore son passé en Algérie à Oran, la guerre d’indépendance, non sans audace et nostalgie. Quelques scènes fortes nous exposent une vérité crue. C’est osé. Et puis il y a Jean Dujardin, qui porte le film sur les larges épaules. Elle lui donne un rôle en or, grave et profond. J’ai été charmée, mais pas assez troublée, aurai-je du l’être ? Tout dépend du regard. Nicole Garcia prend la vision de l’enfance comme prétexte au voyage dans le temps. L’enfant regarde son présent, l’adulte regarde l’enfant qu’il a été.

Jean Dujardin est un homme vivant dans le sud, marié (une Sandrine Kimberlain volontairement effacée), un enfant, une belle carrière chez beau-papa dans l’immobilier, et une nouvelle maison avec piscine. Le stéréotype de la réussite. Comme le dit beau-papa, un Michel Aumont très en forme, « il est le gendre parfait ». Mais cet homme sans histoire va succomber à la foudre de son passé. Ce seul regard va le faire plonger dans les affres d’un passé oranais oublié, voire piétiné. C’est le regard bleu de Marie-José Croze qui nous noie dans un océan de doutes, de peur, de passion, de regrets. Elle est belle, mais pas assez, quelque chose nous arrête. Elle n’est pas aussi envoûtante que dans Je l'aimais de Zabou Breitman. Elle est énigmatique, et cela suffit pour nous entraîner. Nous remontons dans le temps à partir de ce seul regard posé sur cette femme lors d’une visite professionnelle. La foudre est mençante..

Une âme d’enfant dans un corps d’homme

Tout se déclenche, s’accélère. On suit le fil tracé par Nicole Garcia, qui nous emmène en promenade sur une barque affrontant la houle méditerranéenne, entre complots immobiliers, flash-back incessants, mais toujours bien placés, et perte de connaissance. Oui, Jean Dujardin perd le contrôle de sa vie pour un amour de jeunesse qu’il croit reconnaître. Mais Cathy, l’amour de ses douze ans, n’est pas ce qu’elle prétend être. Le rythme se précipite dans une lenteur narrative voulue et un peu surannée, qui nous fatigue et nous séduit à la fois. Comment l’expliquer ? Jean Dujardin est double dans ce film. Il tient le film, il « performe » dans ce rôle fait de tension, et de douleur. Il nous émeut par sa justesse, mais en même temps, il dérive, à la façon du film, certaines scènes étant imparfaites. Est-ce vraiment de sa faute ? J’aurai aimé que Marc résiste un peu plus à cette tentation, qu’il se batte un peu mieux. Tout est trop lisse, l’adultère et le mensonge trop faciles. A la façon d’un enfant, une autre lui plaît, il la choisie, sans mesurer l’impact sur une vie d’adulte. Mais Marc est-il un adulte ? Est-on responsable si l’on suit ses pulsions ? Telles sont les questions.

Reste le soleil de l’enfance et ce fameux regard. Malgré ses défauts, le film nous enveloppe d’un voile doux et romanesque, la vue d’un enfant sur l’histoire d’un pays qu’il ne comprend pas vraiment, l’amour préadolescent envers une fillette aux yeux bleus et tendres, le regard de celle qui n’est pas aimée sur celle qui l’est, la vengeance d’une petite fille qui a mal grandit, la vue sur la mer d’un balcon qui donne le vertige, et nous tord le ventre, le sort de ces millions de français dont la vie s’est échouée en France.

Si l’on ne considère que ce regard ingénu sur l’étendue de la vie, cette vue du balcon, ses dangers, et ses regrets, le film est réussi. Si l’on abandonne l’enfance et si l’on se surprend à regarder le balcon d’un bas, sans prendre le risque de grimper sur la terrasse, le film perd son miracle.  

Le balcon sur la mer, un film de Nicole Garcia, 

avec Jean Dujardin, Marie-José Croze, Sandrine Kimberlain, Michel Aumont, Claudia Carinale, Tony Servillo, Romain Millot, Solène Fortveille, ..

Crédits photos : premiere.fr, excessif.fr 


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