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L'interview d'Etienne Barillier (2/5)

Publié le 11 janvier 2011 par Acdehaenne

Comme promis, voici la deuxième partie de la passionnante interview accordée par le professeur Etienne :

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A.C. de Haenne : Venons-en à présent à ton autre centre d'intérêt littéraire : le Steampunk. Début 2010 sortait, toujours aux Moutons électriques, mais dans la collection de la Bibliothèque des Miroirs cette fois-ci, ton superbe essai consacré à ce genre particulier de l'Imaginaire. Ce livre, j'avais eu l'immense plaisir de le chroniquer ici et . On te sent passionné par ce sujet. D'où te vient cette passion ?

Etienne Barillier : Comme me l'ont confirmé de nombreux lecteurs que j'ai pu croiser, nous sommes nombreux à avoir aimé le steampunk sans savoir ce qu'il était, avant de connaître même son nom. Il y avait toute une sensibilité qui me parlait sans que je sache ce que c'était, d'où cela venait, et ce que cela recouvrait.

Par bien des aspects, j'ai grandi avec le steampunk, dévorant Jules Verne,

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regardant les Mystères de l'Ouest à la télévision, découvrant les romans chez Mnémos, lisant des bandes dessinées de Tardi, etc.

En fait, en écrivant le livre, j'ai découvert une cohérence que j'ignorais dans mes propres goûts tout en explorant des territoires dont j'ignorais parfois à peu près tout. Steampunk ! devait être aussi bien un ouvrage de référence qu'accessible pour le lecteur simplement curieux.

Les vaporistes, les amateurs de steampunk, viennent également d'horizons très différents. Pour certains, c'est la littérature, d'autres le jeu de rôle, d'autres encore le visuel et les arts plastiques. On retrouve ces multiples spécificités dans le steampunk contemporain et dans les différents territoires qu'il explore. Il suffit d'explorer l'activité de la communauté vaporiste francophone sur le forum steampunk-fr ou le site communautaire French Steampunk pour juger de la vitalité du mouvement.

A.C. : Personnellement, j'ai l'impression que le Steampunk est une littérature qui ne s'exprime quasiment que par son esthétique. Qu'en penses-tu ?

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E.B. : Il n'y a pas d'écriture steampunk. C'est pour cela que chaque auteur peut aisément se l'approprier. Il y a par contre des motifs récurrents, comme les rouages, les machines gigantesques, les lunettes de protection, etc. Mais ces motifs ne sont pas des points de passage obligés.

Car si le steampunk est une esthétique, aisément caricaturale en l'état, il donne des oeuvres qui dépassent cette même esthétique pour imposer leur propre définition du steampunk. Prenons le cas de La Lune seule le sait, de Johan Héliot. L'action n'est pas victorienne et par conséquent le livre ne rentrerait pas dans une définition stricte, normative du steampunk. Les textes que je trouve les plus forts sont certainement ceux qui proposent les variations les plus surprenantes.

Cherie Priest écrit une série de romans steampunk qui se déroulent dans

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des États-Unis uchroniques, n'hésitant pas à emprunter au roman d'horreur dans Boneshaker (disponible en France chez Eclipse) ou au roman d'aventure dans Clementine

Certes, l'esthétique steampunk est forte, prégnante, mais elle a pour originalité de ne pas être fluide et mobile. 

A.C. : Quels sont les thèmes propres au Steampunk et qu'on ne retrouve ni en SF, ni en Fantasy ?

E.B. : Question difficile ! Le steampunk est souvent référentiel, de manière explicite et volontaire. Alors que les romans de SF et de Fantasy restent clos dans leur propre espace fictionnel, le steampunk n'hésite pas s'ouvrir, à réutiliser des procédés, des personnages de fiction comme des personnages historiques. Le steampunk est une littérature de la fiction.

Ceux qui lui reprochent de n'être qu'un recyclage d'idées, de thèmes et de personnages, ne comprennent pas que le steampunk prend comme matière même ces idées, ces thèmes et ces personnages. Après, bien sûr, cela peut donner des oeuvres plus ou moins réussies, mais c'est une autre question !

Tu n'auras alors pas de thèmes forts, exclusifs au steampunk. Au contraire, nous sommes devant une ouverture absolue et totale vers les autres genres. Le steampunk peut emprunter aussi bien à la littérature maritime qu'au roman policier, à la science-fiction qu'à la fantasy.

Le steampunk reprend et condense, cite et développe, explore et révèle. Il est à la fois exploration d'une culture que d'un genre. Il est avant tout récit d'aventures.

A.C. : On confond souvent l'Uchronie (qui est un sous-genre de la SF) et le Steampunk. Même si on peut trouver des points communs, comment distinguer ces deux genres ?

Voilà, si tout va bien, la suite arrive dès demain...

A.C. de Haenne


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