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Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)

Par Mo
Le Bleu est une couleur chaude

Maroh © Glénat - 2010

« Mon amour, quand tu liras ces mots j’aurai quitté ce monde » lit-on avec Emma dès la première planche. On croit découvrir la lettre d’adieu qu’elle a écrite avant de partir puis on  découvre qu’il s’agit de celle de Clémentine, sa compagne. D’ailleurs, Emma se rend chez les parents de la jeune femme pour prendre possession de l’héritage que cette dernière lui lègue : son journal intime. On plonge dans les souvenirs de la défunte, souvenirs qui remontent le fil de sa vie du jour de ses 15 ans jusqu’à sa mort. Durant cette période, Clémentine révèle à son confident de papier ses doutes, ses souffrances… rarement ses joies. On y découvrira ainsi son mal être d’adolescente et ses amitiés. On la verra grandir, devenir femme et accepter progressivement sa sexualité en remplaçant progressivement la honte d’avoir des sentiments « hors normes » par l’idée que la rencontre avec Emma est le plus beau cadeau que la vie ait pu lui faire.

Installée dans la chambre de jeune fille de Clémentine, Emma va plonger dans le passé de sa compagne et prendre la mesure de la place qui était la sienne dans la vie de son amante.

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J’ai passé plusieurs minutes à manipuler ce bel objet, à en contempler le visuel de couverture glissant mon regard tantôt sur ce dos musclé, tantôt sur le regard sensuel, en coin, d’un personnage bienveillant qui s’assure qu’on est là, prêt à le suivre. Après avoir salivé à l’idée d’une lecture désormais toute proche et qui fait suite à une envie née il y a plusieurs mois déjà… j’ai enfin ouvert l’album… et j’ai plongé. Mon petit carnet à notes a du se sentir bien seul durant cette lecture car il n’aura même pas eu droit à quelques remarques de lecture… pas le temps et pas l’envie de m’extraire de l’intimité du récit de Julie Maroh, une jeune auteure qui signe-là son premier album… ce qui est très prometteur quant à la suite de ses productions. Elle aura pourtant mis 5 ans pour le réaliser.

Une longue introduction qui me fait reculer la rédaction de mon avis sur ce coup de cœur de lecture, car j’ai une énorme appréhension : celle de ne pas trouver les mots justes, celle de ne pas parvenir à vous dire tout le bien que je pense de cet album et vous faire passer à coté de cette lecture.

Allez ! Plongez avec moi !

Il m’est difficile de scinder récit et dessin tant j’ai trouvé que l’ensemble formait une harmonie que l’on trouve rarement dans le Neuvième Art. Pourtant, il faudrait que je vous parle de cette juste alternance entre récit et planches muettes, de cette parfaite retranscription des émotions et des sentiments des personnages, de cette sensibilité d’écriture et de la douceur des ambiances graphiques… mais c’est compliqué ! J’avais peur de passer à côté de cette lecture, sachant que le thème en était l’homosexualité, j’appréhendais le recours à des clichés. Il n’en est rien. Moi qui ne partage pas la même attirance que Clémentine pour les femmes, je suis même parvenue à m’en approprier des éléments tant Julie Maroh recourt au final à un traitement pertinent du sujet (les sentiments). La manière dont son personnage principal met en mots ses peurs et ses fantasmes est une façon universelle de parler de l’amour.

Le thème de l’homosexualité est traité sans honte, sans tabous et sans jugements de valeur.

Le trait élégant de Julie Maroh attise beaucoup de choses en nous… une forme de télépathie se crée entre le lecteur et les personnages qui deviennent une sorte de miroir de nos émotions. On matérialise sans difficulté tout ce qui a trait à la sensibilité, la sensualité, le doute, le désir, le désespoir. On ressent la chaleur d’une étreinte, la douceur de doigts qui s’enlacent, on entend le cœur de Clémentine quand il bat la chamade à l’idée de revoir Emma. En somme, entre le lecteur et Clémentine naît rapidement une complicité. On la découvre tour à tour fragile, rêveuse, révoltée, aimante. Ces planches d’album sont emplies de délicatesse, de finesse. De fins crayonnés créent des ambiances graphiques magnifiques où on plonge sans retenue dans les grands yeux de Clémentine ou d’Emma. Sur la base d’un noir et blanc aux multiples dégradés de gris, Julie Maroh applique avec parcimonie de doux pastels de bleus et de quelques rares ocres qui viendront donner vie à un détail du décor (une flamme, un plaid, une chevelure…). Tardivement, de nouvelles couleurs feront leur apparition, renforçant visuellement le fait que Clémentine murit et se responsabilise.

Le récit est un mélange de flashs-backs et de brefs épisodes du présent où l’on voit Emma débuter son difficile travail de deuil. Par le biais du journal intime, nous observons ainsi la rencontre de deux âmes sœurs, les difficultés qu’elles ont rencontrées pour pouvoir profiter pleinement de leur amour mais, même si le bonheur est omniprésent dans cet album, il n’a pas le rôle principal. En effet, le personnage principal (Clémentine) ne sollicite son carnet que dans les périodes difficiles, l’écriture devient un nécessaire exutoire pour soigner ses bleus à l’âme. Pourtant, jamais le récit ne tombera dans le pathétique, jamais on ne ressentira une quelconque lourdeur au contraire, cette lecture fait du bien. La technicité de la trame narrative est réelle, l’implication du lecteur inévitable. Un album de 156 pages qui se dévore. Les enchainements sont fluides, les transitions entre les périodes sont discrètes et le récit s’efface très souvent nous laissant libre dans notre lecture et seul face à notre ressenti.

Repéré chez Choco ! Cette lecture intègre le Challenge PAL Sèches

Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)

Je la partage également avec Mango et les participants aux

Mango

Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)
Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)

Sensible, poétique, touchant, juste… les qualificatifs dont je pourrais me servir pour cet album sont nombreux. C’est un coup de cœur de lecture et je m’ajoute à la longue liste de lecteurs qui recommandent déjà cet ouvrage. Un très beau moment de BD !

Cet album a reçu le Prix Jeune auteur lors du Salon de la BD et des arts graphiques de Roubaix. Il est également nominé dans la sélection officielle du Festival d’Angoulême de 2011.

Ce qu’ils en pensent : Théoma, Ginie, Zaelle et Lionel Labosse.

Le Bleu est une couleur chaude

One Shot

Éditeur : Glénat

Dessinateur / Scénariste : Julie MAROH

Dépôt légal : avril 2010

Bulles bulles bulles…

Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)
Le bleu est une couleur chaude – Maroh © Glénat – 2010
Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)
Le bleu est une couleur chaude – Maroh © Glénat – 2010
Le Bleu est une couleur chaude (Maroh)
Le bleu est une couleur chaude – Maroh © Glénat – 2010

Publié le Mercredi, janvier 12th, 2011 à 6:00 dans Glénat, Maroh, Tranche de Vie   |   Respond   |   Trackback URL

Mots-clefs :BD, Coup de Coeur, Couple, Homosexualité, Journal intime, Sentiments

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