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[Humeur] 6 raisons de haïr les salles de cinéma

Par Kub3
Ou pourquoi les salles de cinéma ne sont pas toujours le lieu de détente qu'elles devraient être...

La vie m’a fait intolérant sur certains points : les salles de cinéma en concentrent quelques-uns. Qui n’a par exemple jamais eu envie de massacrer un voisin de séance trop bruyant, ou d’éventrer un projectionniste manchot ? Revue de détails en six horripilations.

1/ Le popcorn.

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Le popcorn est le fléau des salles obscures. Le number one incontesté du fossé socio-générationnel. Le fossoyeur sans pudeur de l’honnête spectateur.

A cela une raison principale, qui passe pour évidente : son horrible SCHROOOUNCH. Les mâchoires les plus délicates n’y feront rien, le popcorn est une merde bruyante qui craque, crisse et croque sous la dent à t’en percer les tympans. Le pire étant que les empiffreurs les plus attentionnés sont souvent à leur insu les plus sadiques, ceux-là même qui par leur lenteur coupable nous infligent le supplice saoulant du maïs soufflé trois fois plus longtemps que leurs homologues bourrins du paquet.

Variantes : Le sachet de bonbons et l’ignoble bruit de froissement de leur emballage plastique. Ou encore la barquette de nachos dégueux dont la trace de pneu ketchupesque permet de pister ton trajet depuis l’entrée de la salle (spéciale dédicace au Kinepolis de Lomme). A quand les Alamo Drafthouse en France, pour pouvoir commander pendant la séance ?

Combos : Attendre les scènes de silence ou de suspense intense pour se goinfrer. Ou encore avoir renversé la moitié -et pourquoi pas l’intégralité- de son bucket sur les sièges, sous les accoudoirs et à travers la salle… de sorte que le convive suivant puisse rentrer chez lui avec quelques friandises UGC collées au derrière, en guise de souvenir.

Non vraiment, par pitié, si tu veux manger ton popcorn, fais-le chez toi. Dans un appart bien isolé pour ne pas ruiner aussi mes soirées télé, merci.

2/ Les bandes-annonces.

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Messieurs les distributeurs, mesdames les exploitantes (et vice-versa), je voudrais que les choses soient bien claires. Quand je vais au cinéma, je vais voir un film précis et que j’ai choisi de regarder. Je n’ai certes rien contre un très bref aperçu des futurs chefs-d’œuvre du septième art dont vous jugerez utile de m’avertir de l’arrivée prochaine sur vos écrans, bien au contraire.

MAIS j’aimerais bien, j’apprécierais, je voudrais vraiment qu’on ARRÊTE de me raconter à l’avance l’intégralité du scénario des productions sus-citées. Sérieusement, ça vous éclate de balancer des bandes-annonces de 3 minutes en forme de reader’s digest, où la seule chose qui reste à deviner c’est la police d’écriture du générique de fin ?

Variante tragique : La bande-annonce qui est en fait une compilation des seules blagues du film. Et le fait passer pour ce qu’il n’est pas : une comédie.

Alors TEASEZ-MOI bordel, EROTEASEZ-MOI enfin ! Votre pornographie traileresque me gonfle. Déchaussez les gros sabots, dégrafez les godes ceintures, ça passera mieux je vous jure.

3/ La dissonance esthétique dans la réception critique.

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“LOL MIAOU PROUT XPTDR !!! TROP DEGUEU PUTAIN !!! T’AS VU LE TRUC LUI SORT DU BIDE !!!” Jeune homme, cette scène d’Alien n’est rien de moins qu’un des plus grands moments d’horreur du cinéma. Range tes popcorns, arrête de dire à ton pote que c’était trop grillé dans la bande-annonce et fais comme tout le monde. Sois terrorisé. Ou du moins respecte la terreur des générations passées.

Autrement dit, ami cinéphage, si d’aventure tu réagis à ce qu’il se passe à l’écran, prière d’avoir auparavant compris quelque chose au film. Le no braining entre potes drogués reste une offre limitée au visionnage de Dude, Where’s My Car ? (l’ancêtre de Very Bad Trip, bande d’ignares).

Variante : Se fendre d’une réflexion désobligeante sur la générosité mammaire d’une actrice au cours d’une scène hautement émouvante, impliquant par exemple la mort d’un être cher ou la naissance d’un amour légendaire.

Exception : Si vous êtes devant Valhalla Rising [LE film qui fait crever d'ennui], le hooliganisme primaire est une réaction tout à fait normale et saine du public.

4/ Le mec qui fait “CHUUUT”.

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Naïvement, vous pensiez que le spectacle allait se passer à l’écran. Et en effet, comment soupçonner que des personnages allaient aussi intervenir et interagir A L’INTERIEUR MÊME du cinéma, dans une sorte de happening absurde ? Ainsi, pour rebondir sur le point précédent, dit “des gros relous qui commentent tout ce qui passe”, il existe une force parallèle. Une entité dont la mission auto-attribuée est de rétablir l’ordre. Une sorte de justicier à peine masqué : le mec qui fait “CHUUUUUUUT !”

Alors attention, il ne fait pas juste “chut” une fois comme ça, pour la blague. Non je parle du VRAI, du compulsif, du Gilles de la Tourette du chut. C’est réglé comme du papier à musique : tu fais une remarque discrète à voix basse à ton pote ? “CHUT !” Tu te mouches un peu fort ? “CHUT !” Ton portable vibre dans ta poche ? “CHUT !” Tu oses respirer, et en plus ton cœur bat ? “CHUT !”

99 fois sur 100, ce type est un nuisible de la pire espèce dont la seule rivale connue est la dame de la bibliothèque.

Variante morbide : Le vieux crouton qui agonise au fond de la salle et tousse avec une régularité de métronome durant toute la séance. Crever une bonne fois pour toutes en début de projection ? Trop facile, il se battra pour pouvoir emmerder le monde jusqu’à la fin.

5/ Le retardataire.

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Jusqu’au hard cap des 15 premières minutes du film, il y a cette personne, ou plutôt cette silhouette qui peut surgir devant l’écran. Nous l’appellerons Ludo : “Hé Ludo, on est lààà ! Làààà ! OHE LUDOOO ! Làààà ! Au troisième rang, vers le fond !…”

Ça c’est pour le retardataire normal, presque acceptablement relou. Et puis il y a le grand maître du retard, l’artiste du n’importe quoi. Le type qui se pointe dans la salle avec 35, 52 minutes, parfois une heure passée de “retard”. Qu’est-ce qui l’a poussé à quand même acheter sa place puis à entrer dans la salle ? On ne sait pas. La communauté scientifique reste perplexe, et il y a fort à parier que lui-même n’en sait rien non plus.

Généralement il reste un moment sur le pas de la porte, qu’il ouvre bruyamment, afin de capter un maximum d’attention pour son entrée en scène. Puis il s’élance gauchement devant l’écran. Cache deux ou trois informations cruciales dans les sous-titres. Avant de se rendre compte que tous les sièges ou presque sont occupés, ce qui l’oblige à tâtonner cinq minutes supplémentaires pour en trouver un de libre.

Mais ce n’est qu’au bout de dix nouvelles minutes, alors que le reste de l’assemblée avait fini par digérer son arrivée en fanfare et par oublier jusqu’à son existence, que notre ami se rend compte… qu’il s’est trompé de film. Et sort dans le même fracas.

Variante : Le “Pardon, pardon, excusez-moi, pardon…” du mec au centre de la rangée qui va pisser pendant le film en faisant lever tout le monde, puis qui revient s’asseoir tranquillement. Sérieusement, si t’as des problèmes de vessie… pense aux courts métrages.

Reverse : Les gens qui, dès qu’ils croient que le film touche à sa fin, enfilent leur manteau et s’empressent de se lever pour courir dehors comme s’ils craignaient de mourir enfermés dans la salle. Et tant pis pour le générique, même s’il est soigné. Rappelons donc qu’il n’y a pas de filet garni à gagner pour le premier sorti.

6/ La salle.

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Il n’y a pas que les gens à l’intérieur, ce qu’on y projette, ou ce qu’on y jette tout court. Il y a aussi la salle en elle-même. Et là encore on pourrait ouvrir un musée des horreurs logistiques et architecturales.

Parce que ça serait trop simple pour l’exploitant de faire son boulot, on a droit à des aberrations comme des salles qui ouvrent 15 minutes après l’heure de la séance, un son réglé par Van Gogh (post-oreille tranchée), ou même un film projeté à l’envers façon Picasso meets Gilbert Montagné. Mais bon, le plein tarif n’étant dans certains établissements QUE de 10€50 + 2€ pour des lunettes 3D qui piquent les yeux et écrasent le nez, on serait vraiment des chiens d’attendre un peu plus de service.

Enfin, au-delà du banal siège qui t’arrache les fesses à chaque mouvement du bassin, il y a des singularités topographiques qui méritent d’être citées. Au nom du folklore. Je pense à cette inénarrable salle de l’UGC Opéra où l’écran est si ridiculement petit que tu dois te pincer pour ne pas te croire dans ton salon, te faire livrer une pizza et demander la télécommande au voisin. Je pense au cinéma La Pagode où le rang du fond doit prévoir une paire de jumelles étant donnée la profondeur de la salle. Je pense aussi très fort à l’UGC Orient Express, dont l’ambiance underground n’est à nulle autre pareille, avec ses canalisations apparentes et son cinéma dynamique RER-powered.

Mais je pense aussi que malgré toutes ces emmerdes j’ai passé, je passe et je continuerai de passer du temps dans toutes ces salles. Beaucoup de temps. Il y aura des déceptions, des joies… des moments formidables parfois. Des moments de cinéma.

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Crédits photos :
Matthew C. Wright / ccdoh1 / Wendy Harman / Michael Critz / Lucian Stanescu / Larry Eiring / David Hill

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