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Lire au collège ? Pas si facile !

Par Benard


 Je remercie, le Professeur Jacques Fijalkow, de m'avoir confié son texte, comme un beau chemin de lecture, à fleurs d'émotion, à fleur de mémoire. MJA

J’ai été un enfant boulimique de lecture. Je me demande d’ailleurs si à Lacaune avant d’entrer au collège j’ai fait grand-chose d’autre que lire. Certes j’aimais bien les promenades à pied avec ma mère dans les environs vallonnés et boisés du village, ou les parties de foot avec les copains, mais la lecture…la lecture, c’était autre chose. Un enchantement. Une exaltation. Du bonheur à l’état pur. Je lisais tout ce qu’il y avait à lire pour un enfant de mon âge. Mademoiselle Fernandez, qui ouvrait deux fois par semaine – le jeudi et le dimanche matin – la salle de la mairie où se trouvaient les ouvrages de la bibliothèque de prêt périodiquement renouvelés par le bibliobus d’Albi, ne parvenait pas à satisfaire ma faim. Elle habitait la maison voisine de la mairie, au fond d’une impasse qui a aujourd’hui disparu à la suite des travaux d’agrandissement des locaux municipaux. Le problème de mademoiselle Fernandez, et le mien aussi, était que j’allais en quelque sorte plus vite que le bibliobus : j’avais lu tous les ouvrages destinés aux enfants de mon âge avant que le renouvellement ne se fasse. Quand le bibliobus arrivait pour reprendre les ouvrages en dépôt et les remplacer par d’autres tout neufs de lecture, il y avait déjà deux trois semaines que j’avais épuisé le stock, au désespoir de la grande prêtresse des lieux. A la fin, j’avais beau regarder les volumes un à un, de gauche à droite puis de droite à gauche, dans la longue boîte horizontale basse où ils placés pour être accessibles aux enfants, j’avais tout lu, irrémédiablement tout lu.  

Quand elle me voyait entrer, tout intimidé mais débordant d’envie, dans la grande salle vide et froide du rez-de-chaussée où elle officiait, mademoiselle Fernandez réprimait à grand-peine un sourire amusé. A coup sûr, je n’étais pas un client comme les autres. C’était une amie de ma mère et elle me comprenait, grande lectrice elle aussi, comme l’était également ma mère, mais bien que mon infatigable appétit justifia à l’évidence l’éminence de sa municipale fonction, mon infatigable fringale flirtait quand même avec les limites du raisonnable. Elle en souriait donc, à mi-chemin de la connivence et de la condamnation qui accompagne l’excès.

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