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Deerhoof Vs Evil

Publié le 26 janvier 2011 par Hartzine

deerhoof_vs_evil-deerhoof_480Bordel, mais quand est-ce que ça s’arrête les fêtes ? Pas moyen de se balader dans la rue sans croiser un Père Noël, l’œil goguenard, puant le Ricard et quémandant quelques piécettes. C’est pas le contraire normalement ? Impossible d’échapper à la pollution lumineuse de milliers de conifères vêtus pour l’occasion d’écharpes clignotantes et qui, comme d’habitude, finiront par encombrer les trottoirs la nouvelle année passée. Orgie de bouffe et de picole jusqu’au suicide prématuré du foie. Et que dire des enfants, ces gnomes étranges venus d’ailleurs, qui durant une période d’un mois vous font revivre un remake grandeur nature du Village des Damnés. Bordel, Deerhoof avait raison, le mal est parmi nous ! Juste le temps d’enfiler la combinaison de San Ku Kaï, de m’enfermer dans ma cabane casque sur les oreilles, celle d’Evil Dead, pas celle de Cabrel (quoique, ne sont-ce pas les mêmes ?) et me voilà fin prêt à lutter contre le pire mois de l’année.

Deerhoof aurait pu être la contraction de “dear oufs”, mais finalement non. Ces joyeux drilles précurseurs d’une folk extrêmement noisy et d’expérimentations colorées, noyau dur d’un mouvement D.I.Y. space-pop et fers de lance du label ultra hype Kill Rock Star, se lancent à travers cet ultime album dans une croisade punitive contre le démon. C’est du moins ce qu’annonce le titre. Le quatuor le plus foufou de planète se balance bien de telles préoccupations, et travaille de mélodiques pop songs avec la démarche incisive d’un Sonic Youth. Bien que clairement plus accessible que The Runners Four ou Friend Opportunity, ce Vs Evil porte les stigmates d’une mutation entamée sur Offend Maggie : chansons plus courtes, moins d’artifices… Mais pas calmé pour autant, Deerhoof a la grandiloquence de s’offrir les services d’un orchestre de 25 musiciens, se libérant pour l’occasion de l’étreinte oppressante de leur étouffant label pour épouser celle de Polyvinyl, qui leur assurera une sortie K7 par l’intermédiaire de Joyful Noise. A quand la ressortie des bandes ?

deerhoof

Mais rassurez-vous, le combo de San Francisco ne s’est pas assagi pour autant. Et si un Qué Dorm, Només Somia tout en catalan fait fondre la neige devant ma porte de ses contours chaloupés, la guitare de ce saltimbanque de Dietrich touche son but sur Behold a Marvel in the Darkness. La voix doucereuse de cette chère Satomi Matsuzaki n’en rend ma chute que plus amère. Les ampoules papillonent sous les décharges électriques d’un Merry Barracks aussi tordu que massif. Staros à la rescousse ! Ce nouvel opus ne manque de rien, de ballades flamenco-kawaii (No One Asked to Dance) à de remarquables parades synthé-noise poppy (Super Duper Rescue Heads!). L’éclectisme est une nouvelle fois de rigueur, et on ne s’ennuie pas une seconde le long de ces trop courts douze titres qui composent ce nouvel effort. Alors, on se repasse inlassablement chaque piste, étudiant minutieusement l’imparable jeu de batterie de Greg Saunier sur Secret Mobilization, étourdissant jusqu’à l’implosion des tympans. On danse, sautille, s’enivre, tel un Bisounours sous Vicodin, cédant aux extases désuètes d’un Hey I Can tendrement addictif. Aussi joussif que de défoncer un Télétubbies à coups de batte. Un nouvel OVNI bourré d’idées, parfois dans le même morceau, qui font déjà de ce bel objet un candidat sérieux au palmarès des meilleurs albums de 2011.

Il est si bon de se plonger dans une œuvre si obsédante qu’elle en ferait oublier le reste. Mais qui sont ces étranges demi-êtres qui frappent à ma porte réclamant des cadeaux ? La dinde est prête ? Drop ! Renvoi au 22. Et un de moins ! Rarement martialité mélodique, songwriting écorché accouplé à un esprit débilitant ne m’avaient transporté avec béatitude. Une expérience onaniste inconnue à portée d’oreille. Ah, ça c’est vraiment dégueulasse.

Audio

Tracklist

Deerhoof Vs. Evil (ATP Recordings, 2011)

1. Qui Dorm, Només Somia
2. Behold a Marvel in the Darkness
3. The Merry Barracks
4. No One Asked to Dance
5. Let’s Dance the Jet
6. Super Duper Rescue Heads!
7. Must Fight Current
8. Secret Mobilization
9. Hey I Can
10. C’Moon
11. I Did Crimes for You
12. Almost Everyone, Almost Always


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