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Article du mois : « Matrix » entre Alice et la Caverne de Platon

Publié le 01 février 2011 par Sheumas

   Shakespeare, dont le théâtre est souvent basé sur les apparences, aurait très bien pu imaginer la situation baroque dans laquelle le film à effets spéciaux « Matrix » plonge le spectateur ! Quel est le message du film ? Il se pourrait bien que ce que nous voyons ne soit qu’un piège, un miroir déformant. « We are such stuf as dream, and our little life is rounded with a sleep » : « nous sommes de la même étoffe que les rêves et notre petite vie est nimbée de rêve »...

   Retraçons le synopsis : Néo, le personnage principal, « l’Elu », doit dès le début, « suivre le lapin blanc » pour trouver sa destinée... Nous voici d’emblée sous le signe de Lewis Caroll et de « Alice au pays des merveilles ». Savourons l’action, les poursuites et les combats nombreux, réglés comme des ballets, mais songeons aussi qu’il y a matière à penser « de l’autre côté du miroir » et de l’écran...

   De fait, Néo apparaît vite comme un initié qui doit rejoindre une communauté de « sages » dont le chef est un dénommé « Morpheus ». Ces sages lui livrent aussitôt une information essentielle – et éminemment philosophique – : le monde dans lequel les hommes « s’agitent » n’est qu’un leurre, une apparence qui occulte la Vérité. Au sein de cet univers artificiel, ils hommes ne sont que les éléments d’un programme qui leur échappe. Ils sont les pièces articulées d’une « matrice » et la matrice les « berce d’illusions » pour mieux les exploiter. Chaque individu fournit de l’énergie sous contrôle et si personne ne fait l’effort d’ouvrir les yeux, la machine tourne à plein régime...

Voici pour le synopsis qui indique le fonctionnement d’un état digne de n’importe quel totalitarisme (On songe au Big Brother de George Orwell)...

   Tel est le fondement de tout le film qui repose sur ce système ambigu d’un monde qui en cache un autre. Pour n’importe quel apprenti philosophe, cette conception fait écho au vieux Platon et à son allégorie de la Caverne. Platon explique que les hommes, victimes de leur distraction, vivent enchainés au fond d’une caverne et prennent pour le Réel les ombres qu’ils aperçoivent projetées sur les murs de la caverne. Or, comme l’affirment Socrate (et le bon élève Platon !), la Vérité est ailleurs, là où brille le soleil, à l’extérieur de la caverne, sous le grand ciel bleu. Platon insiste : seul le philosophe, celui qui suit les enseignements de Socrate, peut prendre conscience du piège des apparences et alors se hisser, par un effort philosophique, vers le soleil de la Vérité...

   Point d’effort philosophique dans « Matrix » ! « Matrix » n’est un film « intello » mais un vrai film d’action, destiné au grand public... Les combats succèdent aux combats, les bons résistent aux méchants, les héros sont beaux, élégants, doués, habillés sexy ! Mais le combat qu’ils mènent, l’énergie et la souplesse qu’ils déploient à tous les coins de rues, peuvent être décryptés comme la métaphore de l’activité philosophique. Néo doit tout tenter pour sauver l’homme et lui donner la clé de son salut et de sa résurrection... Même si la Vérité n’est pas belle à contempler !

   Platon promettait le Soleil, Socrate apaisé, avec lunettes de soleil. Morpheus, comme les agents de la Matrice, porte des lunettes de soleil, mais il ne rigole pas avec la Vérité ! Le monde qu’a occulté la machine est un monde en ruines, couvert d’une poussière d’illusions. Rien à voir avec la Beauté et la vérité platonicienne à laquelle se réfère par exemple un poète comme Baudelaire qui en fait la référence absolue à ce qu’il appelle l’Idéal dont les plus belles choses sur terre ne nous donnent qu’une image imparfaite.


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