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Critiques en vrac 36: The Green Hornet – Le Discours d’un Roi – Little Children – Biutiful

Par Geouf

The Green Hornet

Critiques en vrac 36: The Green Hornet – Le Discours d’un Roi – Little Children – BiutifulRésumé: Fils oisif du propriétaire et rédacteur en chef d’un journal respecté, Britt Reid (Seth Rogen) passe son temps à faire la fête et la une des tabloïds. Mais lorsque son père décède subitement, le jeune homme est obligé de reprendre les rênes de l’affaire familiale. Peu passionné par le journalisme, il est cependant beaucoup plus intéressé par les compétences, de Kato (Jay Chou), le mécanicien de son père, qui est un bricoleur de génie. Enthousiasmé par le talent de son nouvel acolyte, Britt décide de former avec lui un duo de choc qui nettoiera les rues de la ville…

Avec The Green Hornet, c’est encore un de nos meilleurs réalisateurs hexagonaux (encore qu’il ait fait la plus grande partie de sa carrière aux Etats-Unis) qui cède aux sirènes hollywoodiennes et sacrifie son génie créatif sur l’autel du blockbuster tout public. Le fan ne reconnaitra en effet que rarement la patte Gondry, mis à part au détour de quelques scènes très rapides (la visite du garage en accéléré en début de film, les scènes de combat où Kato analyse en quelques secondes la situation). Dommage car on imagine ce qu’aurait pu donner un film de super-héros passé à la moulinette du réalisateur de Soyez sympas, rembobinez

Heureusement, The Green Hornet n’est pas non plus un film totalement honteux, principalement grâce à l’humour injecte dans celui-ci par Seth Rogen et Evan Goldberg, tous deux scénaristes (on rappelle que les deux compères ont déjà rédigé les scripts des hilarants Supergrave et Délire Express). Le film ne se prend jamais au sérieux, ce qui permet de mieux faire passer les carences de celui-ci en termes d’action (peu de scènes mémorables de ce côté-là) et de super héroïsme (Christoph Waltz a beau être très drôle, le bad guy qu’il campe manque sérieusement d’envergure pour convaincre). On ne s’attardera pas sur la pauvre Cameron Diaz, réduite à un rôle de potiche sans saveur (alors qu’elle avait donne le meilleur d’elle-même il y a peu dans l’exceptionnel The Box). Le meilleur du film serait plutôt à trouver du côté de Seth Rogen et Jay Chou, dont la relation fonctionne du tonnerre. Les dialogues font mouche, et les deux acteurs se renvoient la balle avec une complicité palpable. La meilleure scène du film est d’ailleurs certainement leur affrontement sans merci lors de leur première grosse engueulade, au cours de laquelle ils pulvérisent littéralement tout le décor.

Enfin, l’autre point qui fait plaisir au fan de série B que je suis, c’est que comme je l’avais pressenti à la vision de la bande-annonce, The Green Hornet est un très gros hommage aux Aventures de Jack Burton dans les Griffes du Mandarin de John Carpenter. On retrouve ici le héros glandeur et stupide qui roule des mécaniques mais prend les pires décisions, et le sidekick asiatique intelligent et expert en arts martiaux qui s’avère être le vrai héros et lui sauve la mise régulièrement. Hommage volontaire ou non, il faudra certainement poser la question à Rogen et Goldberg pour s’en assurer, mais la référence fait plaisir.

The Green Hornet ne restera certainement pas dans les annales, mais si on évite de le comparer aux autres films de Gondry, permet de passer un bon moment (si on excepte une fois de plus l’arnaque patentée de la 3D réalisée post tournage), ce qui n’est déjà pas si mal.

Note: 6/10


USA, 2010
Réalisation: Michel Gondry
Scénario: Seth Rogen, Evan Goldberg
Avec: Seth Rogen, Jay Chou, Cameron Diaz, Christoph Waltz, Tom Wilkinson

Le Discours d’un Roi (The King’s Speech)

Critiques en vrac 36: The Green Hornet – Le Discours d’un Roi – Little Children – Biutiful
Résumé: Le Prince Albert (Colin Firth), Duc d’York et fils du roi d’Angleterre George V, a un problème : il est affecté depuis son plus jeune âge par un bégaiement incontrôlable et apparemment incurable. Après avoir écumé les spécialistes pendant des années, il décide de laisser tomber. Sa femme (Helena Bonham Carter) contacte cependant dans son dos Lionel Logue (Geoffrey Rush), un praticien aux méthodes particulières. D’abord réticent, le Prince Albert finit par accepter de rencontrer Logue.

Véritable événement au Royaume-Uni où il fait un carton phénoménal, le nouveau film de Tom Hooper (The damned united) s’intéresse à l’histoire vraie de l’un des rois d’Angleterre les plus respectés (George VI est en effet connu pour avoir grandement aidé à soutenir le moral de son peuple lors de la Seconde Guerre Mondiale). Mais loin du drame historique poussiéreux et rigide, Le Discours d’un Roi étudie l’Histoire par la petite porte en prenant l’axe du bégaiement du roi, métaphore du combat que son peuple aura à mener par la suite. Le scénario tout en finesse de David Seidler mêle avec justesse les événements historique (l’accession non prévue au trône du Prince Albert) avec une touchante histoire d’amitié entre deux hommes que tout oppose. De plus, Seidler a le bon goût de ne pas sur-analyser ses personnages, présentant par exemple des pistes sur l’origine du bégaiement du prince sans pour autant apporter de réponse toute faite.

Le film est donc évidemment très axé sur la parole, et il faut avouer que de ce côté-là, c’est un pur bonheur. Les dialogues sont finement ciselés, et les deux acteurs principaux s’en donnent à cœur joie, se renvoyant la balle de toute évidence avec délectation. Geoffrey Rush retrouve ses habituels personnages grandiloquents et fantasques, tout en ajoutant une dose de sensibilité et mélancolie à celui-ci. Mais la vraie révélation du film, c’est évidemment Colin Firth. L’acteur, qui a un peu tendance à répéter ad nauseam le rôle du « mec un peu bougon mais finalement gentil » livre ici une performance impressionnante. Le registre est le même qu’habituellement, mais là où Firth fait des merveilles, c’est dans la gestion du bégaiement du personnage. D’autres auraient pu facilement tomber dans la caricature en en faisant des tonnes, mais l’acteur réussit à rester sur le fil du rasoir tout du long. Bien entendu, pour pleinement apprécier sa performance, il est très fortement conseillé de découvrir le film en VO.

Sans être un chef d’œuvre inoubliable, Le Discours d’un Roi est un film fort et touchant, une belle œuvre de cinéma à découvrir.

Note: 7.5/10


Royaume-Uni, 2011
Réalisation: Tom Hooper
Scénario: David Seidler
Avec: Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter, Guy Pearce, Michael Gambon

Little Children

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Résumé: Sarah (Kate Winslet) et Brad (Patrick Wilson) sont tous deux mariés et vivent dans la même petite banlieue américaine. Et tous les deux s’ennuient dans une vie proprette et bien rangée, à garder leurs enfants pendant que leur conjoint travaille. Alors que le voisinage est agité suite à l’installation d’un exhibitionniste dans le quartier, Brad et Sarah vont petit à petit se rapprocher.

Little Children est un film tout à fait singulier. A l’image d’American Beauty ou des Noces Rebelles, il s’intéresse au mal-être des femmes (et hommes) au foyer dans les banlieues américaines. Mais là où le film de Todd Field se différencie des autres œuvres traitant du même sujet, c’est dans son ton tragi-comique, et surtout son humour assez singulier.

Le film croque en effet avec beaucoup de délicatesse le portrait de personnages perdus dans l’ennui de la banlieue, mais le fait souvent avec une certaine ironie. Difficile de ne pas sourire devant les remarques sarcastiques de Sarah à l’égard des autres mères emmenant leurs gosses au parc, ou devant la scène où celle-ci surprend son mari en train de se masturber avec un string sur la tête (une scène tout à la fois très drôle et d’une grande tristesse). Du coup, même si les événements décrits dans le film ne sont pas spécialement drôles, Todd Field parvient miraculeusement à ne pas tomber dans le pathos lourdingue et lacrymal. Le réalisateur réussit l’exploit de toujours rester sur le fil du rasoir, entre le rire et l’émotion. Même le difficile personnage du pervers sexuel incarné avec beaucoup de justesse par Jackie Earle Haley bénéficie du même traitement d’équilibriste.

Cependant, Field ne tombe pas non plus dans le cynisme facile et garde toujours à l’esprit l’humanité de ses protagonistes, à travers leurs comportements souvent stupides et immatures (Brad qui rejoint une équipe de beaufs pour jouer au baseball au lieu de passer son diplôme, puis qui décide sur un coup de tête de se mettre au skateboard) mais finalement purement humains. On a beau parfois trouver leurs actes stupides ou irréfléchis, on ne peut au final que les comprendre. Le réalisateur emballe même quelques beaux morceaux de bravoure, comme la scène de la piscine, étonnant hommage aux Dents de la Mer, à la fois ironique et pathétique.

Little Children est un étonnant voyage dans la banlieue américaine, souvent déstabilisant, mais passionnant par son style unique et sa galerie de personnages attachants.

Note: 8/10


Etats-Unis, 2006
Réalisation: Todd Field
Scénario: Todd Field, Tom Perrotta
Avec: Kate Winslet, Patrick Wilson, Jacky Earle Haley, Jennifer Connelly, Noah Emmerich

Biutiful

Critiques en vrac 36: The Green Hornet – Le Discours d’un Roi – Little Children – Biutiful
Résumé: Uxbal (Javier Bardem), divorcé et père de deux enfants, est à la tête d’un réseau de travailleurs clandestins en Espagne. Le jour où il apprend qu’il est atteint d’un cancer de la prostate incurable, il décide de tout faire pour mettre ses enfants et ses employés à l’abri du besoin.

Pour son nouveau film, Iñárritu part cette fois installer sa caméra en Espagne pour s’intéresser au sort des travailleurs clandestins et de ceux qui les emploient. Le réalisateur mexicain n’est pas spécialement connu pour la légèreté de ses films, mais avec Biutiful il franchit certainement un nouveau cap. En dirigeant Javier Bardem dans le rôle d’un petit magouilleur exploitant les immigrés clandestins (Chinois et Sénégalais), il adopte un ton beaucoup plus réaliste et dérangeant que dans Babel, qui reposait principalement sur une série de coïncidences désastreuses.

On pourra certainement lui reprocher d’aller un peu trop loin  dans la noirceur de la descente aux enfers de son héros (il a un cancer incurable, son ex femme est bipolaire et elle maltraite ses gosses) tant le sort  semble s’acharner sur lui (quasiment tout ce qui pourrait arriver de désastreux se produit, à tel point qu’on est parfois à la limite du crédible). Mais il réussit miraculeusement à éviter de tomber dans la caricature en proposant des personnages forts et sortant des clichés (comme ce chef d’atelier chinois qui entretient une liaison homosexuelle avec son second). Javier Bardem bouffe l’écran une fois de plus et incarne avec sensibilité cet homme qui tente de faire le bien mais contre qui les événements se retournent. Car Uxbal n’est pas une ordure exploitant la misère humaine pour s’en mettre plein les poches, il tient à tous ces immigrés et espère réellement qu’il leur donne une chance d’une vie meilleure. C’est finalement la prestation de l’acteur et la talent du réalisateur qui permettent au film de ne pas tomber dans l’overdose lacrymale. Certaines scènes sont tout simplement magnifiques et resteront certainement gravées longtemps dans les mémoires, comme lorsqu’Uxbal avoue à sa fille sa maladie, ou lorsqu’il découvre le sort des ouvriers chinois.

Assez réaliste et terre-à-terre, même s’il est parfois à la limite du crédible, Biutiful est tout de même une nouvelle réussite pour Iñárritu qui n’a pas son pareil pour scruter les faiblesses humaines. C’est aussi et avant tout un portrait d’homme magnifique, qui intronise définitivement Javier Bardem comme un des acteurs les plus passionnants actuellement.

Note: 7.5/10


Mexique, Espagne, 2011
Réalisation: Alejandro Gonzáles Iñárritu
Scénario: Alejandro Gonzáles Iñárritu, Armando Bo

Avec: Javier Bardem, Maricel Álvarez

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