Après la sculpture britannique moderne vue par la Royal Academy, l’art britannique contemporain vu par Saatchi (jusqu’au 17 avril). La première édition n’avait pas été enthousiasmante, la seconde ne l’est guère plus, en tout cas pour ce qui concerne la peinture (les 2/3 des 150 oeuvres présentées par 60 artistes). La peinture montrée ici est, dans l’ensemble d’une banalité affligeante. Mais il y a de belles découvertes; la première salle contient trois sculptures ‘corporelles’ de Juliana Cerqueira Leite tout à fait remarquables, car elles traduisent la lutte et l’empreinte du corps de l’artiste contre et dans la matière. Elle s’introduit dans une masse d’argile contenue dans une boîte et s’y fraie un chemin avec
son corps. Descendant dans ‘Down’, se suspendant comme dans une paroi, creusant et tournant sur elle-même, elle laisse dans l’argile l’empreinte de ses pieds, de ses genoux, de ses seins ou de ses fesses, on ne sait trop; le moulage de la cavité ainsi creusée, en plâtre blanc, est suspendu au plafond. Au contraire, elle grimpe dans ‘Up’, dans cette masse d’argile au dessus d’elle, elle s’y creuse une tanière au plus près de son corps avec les doigts, poussant l’argile vers le bas, laissant des traces de coulures verticales; le moulage en plâtre noir est posé au sol. Ce sont des sculptures d’une physicalité totale, des empreintes au plus près du corps, mais ne révélant guère les formes du corps nu de l’artiste, sinon, ici ou là, fugitivement, une extrémité
reconnaissable, un orteil, un doigt. Autre différence avec les moulages XIXème où l’immobilité devait être absolue (voir la craquelure de la Présidente Sabatier ayant légèrement bougé), c’est le mouvement qui est transcrit ici, mouvement de reptation, d’enfouissement, quasi animal, mais qui doit aussi induire un certain
sentiment de panique (ou une certaine ivresse, à la Houdini). Ces chrysalides abandonnées, ces traces minérales d’un corps qui les a façonnées et habitées, mais n’est plus, ces transpositions à l’échelle du corps d’un masque funéraire qui aurait été fait pendant l’agonie, traduisant les ultimes convulsions, sont aussi des formes très sexuelles, pénis en soutane noire dressé vers le ciel, vagin blanc suspendu au plafond comme un soliflore, et le corps du spectateur ne peut que s’y confronter malaisément. Il est symptomatqiue que, dans la galerie biographique des artistes, Juliana soit la seule à ne pas présenter son visage (fort beau, que vous verrez ici, dans la vidéo http://www.dontpaniconline.com/magazine/arts/newspeak-ii-juliana-cerqueira-leite), mais seulement son dos nu tatoué et sa nuque s’enfonçant dans la glaise, artiste au travail au milieu des artistes posants, artiste nue au milieu des artistes vêtus, artiste à la face dissimulée au milieu des visages contents d’eux-mêmes de ses confrères.



Je note encorea les belles photos sur la mémoire et le temps de l’intense Clarisse d’Arcimoles, remarquée à la Photographer’s gallery et qui poursuit un travail exigeant sur la temporalité, à la frontière entre privé et public, entre pudeur et dévoilement, entre histoire et fiction; la sculpture médiévale de Des Hughes, vue à Frieze et toujours aussi fascinante, tragiquement abandonnée sur son piédestal; et le détournement de la photographie par la broderie de Maurizio Anzeri, intéressant détournement du médium qui, par le bais d’images ordinaires rendues ainsi surréalistes, redonne de l’aura à la reproduction photographique.


Enfin, l’autre ‘masterpiece’ de l’exposition, faite pour être spectaculaire (un peu trop), est un mur entier de niches funéraires péruviennes reconstruit par Ximena Garrido-Lecca. Après le monument


Enfin, à l’étage supérieur de la galerie Saatchi, la maison de ventes aux enchères Phillips de Pury présente de grandes installations d’artistes chiliens (jusqu’au 21 février), en particulier ‘The duel’ de Josefina Guilisasti, mur entier de 180 petites natures mortes représentant des objets domestiques en porcelaine, dont l’accumulation contredit l’initimité, dont la masse publique s’oppose au caractère

Le British Art Show ouvre demain à la Hayward Gallery, je n’irai pas. Sera-ce si différent ?
Photos 1,2&3 (Juliana Cerqueira Leite), Idriss Khan, Systems House, Tasha Amini, Josefina Guilisasti et Livia Marin de l’auteur. Photo 4 (Julia Cerqueira Leite) et photos Ximena garrido-Lecca provenant du site de Saatchi. Toutes photos ©les artistes.
