Magazine Cinéma

Cloverfield

Par Rob Gordon
Le mystère autour de Cloverfield, bien entretenu par une campagne promotionnelle savamment orchestrée, ne pouvait qu'attiser la curiosité de tout un chacun. Fan ou non de ce genre de film (mais quel genre, au fait?), tout le monde mourait d'envie de jeter au moins un oeil sur ce projet intrigant et assez alléchant. Bonne nouvelle : le film de Matt Reeves vaut son buzz et ne se dégonfle pas comme une vulgaire baudruche. Le poulain de J.J. Abrams s'en sort avec les honneurs, même s'il demeure une certaine sensation d'insatisfaction.
C'est que Cloverfield ressemble à un tour de grand huit : on trépigne dans la (longue) file d'attente, puis vient la montée en tension, et enfin le climax. Et hop, illico presto, on est redescendu sur la terre ferme, un peu grisé mais surtout étonné que ce soit déjà terminé. 1h20 moins 25 minutes d'exposition moins le générique : c'est un peu court, jeune homme. Même si plus long aurait sans doute été trop long (le spectateur est un éternel insatisfait qui mérite qu'on lui coupe la tête).
Il faut donc se taper la présentation de la soirée organisée par ces jeunes et beaux new-yorkais, les messages d'amour, les petites embrouilles. Un souci d'authenticité et d'identification qui peut légitimement passer pour une simple tentative d'allonger la sauce pour faire durer un peu ce "long"-métrage. Dès cette introduction, on repère ce qui sera l'un des défauts de Cloverfield : son côté très américain, dans le sens cliché du terme. New York ne semble habité que par des yuppies et des top models potentiels ; même dans les moments critiques, certains protagonistes persistent à faire de l'humour ; on se murmure "I love you" à l'oreille avant de prendre ses jambes à son cou pour échapper au monstre. Car monstre il y a : montré avec parcimonie, il est excellemment utilisé, car pas vraiment au centre de l'intrigue. La bestiole est évidemment le point de convergence des angoisses et des interrogations des personnages, mais c'est sur leurs aventures à eux que le film s'attarde le plus. Qu'il s'agisse de se frayer un chemin dans le métro ou de se glisser dans un immeuble branlant, ceux-ci ne reculent devant rien, et le côté film amateur est plutôt bien exploité pour mettre ces péripéties en valeur.
Car la mise en scène est la bonne surprise du film : réalisé façon reportage, Cloverfield n'en demeure pas moins un film très lisible, pas de ceux qui vous donnent la nausée au bout d'un quart d'heure. Il faut cependant adhérer au postulat qui veut que le type chargé de filmer ne lâche jamais sa caméra, même lorsqu'il se trouve à un cheveu de la mort. Ce qui n'est pas toujours facile à avaler. Reste que ce traitement permet de retranscrire de façon crédible ce qu'ont dû éprouver les voisins du World Trade Center en 2001 : une peur panique mêlée à un incroyable sentiment de fatalisme. Qu'il faille en passer par un gros monstre façon Godzilla est chose acceptable. À condition de gober quelques invraisemblances (ça semble si simple de survivre à un crash d'hélicoptère), et en dépit de quelques détails un peu gênants, Cloverfield s'impose comme une curiosité efficacement hollywoodienne qu'il faut nécessairement voir sur grand écran.
6/10

Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Rob Gordon 109 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines