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Reggae business

Publié le 29 janvier 2008 par Smaël Bouaici

“We‘re only in it for the reggae”. Et la money, ils l’ont un peu oubliée. Derrière la cash machine Sean Paul et les dizaines de millions d’albums de Bob Marley, les Jamaïcains n’ont jamais trop su exporter leur reggae. Après trente années de laisser-aller, les procès pleuvent sur les maisons de rééditions. Trojan, Charly records, Culture Press, Adami, Créole, EMI, Island/Universal, tous doivent répondre de royalties non versées, et d’albums exploités sans autorisation.

Pour Maître André Bertrand, l’avocat parisien qui représente plus de 250 artistes de reggae dans ces procès, c’était l’arnaque dés le début. Avec Marley, la Jamaïque est devenue une poule aux œufs d’or, plumée comme un pied vert à une table de poker. “95% des albums de reggae n’engendrent aucun versement de royalties. EMI Angleterre par exemple, ne paye jamais ses artistes.“.

Et verrouille ses contrats, avec un vice très colonialiste. Les artistes qui voudraient contester ne peuvent le faire qu’à Londres. “Un procès là-bas coûte 2 millions d’euros. Le procès (perdu NdR) du bassiste des Wailers Aston Barrett contre Rita Marley et Island a coûté 2 millions de livres. Ca explique pourquoi c’est la première fois qu’un Jamaicain attaquait en Angleterre“.

Et pourquoi la situation reste en l’état depuis trente ans. EMI a pourtant lâché du lest il y a trois ans. 69 000 euros aux Mighty Diamonds. Le label n’a jamais pu ressortir le contrat de ses archives.

Le contrat en Jamaïque est une denrée rare, surtout entre producteurs et artistes. Trojan, le label créé par Chris Blackwell pour “révéler la musique jamaïcaine“, a bien profité de la situation. André Bertrand continue : “Trojan c’est le pire. Chez eux, il y a les disques qu’on prend sans payer personne, et les disques où on a signé des contrats avec les producteurs, en sachant qu’ils n’ont pas signé de contrat avec leurs artistes.“

Blackwell n’est pas l‘homme le plus détesté du reggae par hasard. En octobre, le verdict sera rendu dans l’affaire Ijahman, signé par Blackwell en 1976, pour deux 45 tours. Ijahman, adepte de la longueur, enregistre huit chansons de plus de 6 minutes, reçoit 1000 livres, avec 10 000 livres de budget. Blackwell décide d’en faire deux albums (dont le classique Are We A Warrior), et lui demande de céder ses droits d’auteur, “parce qu’il a déjà fait cette connerie avec Marley qui se fait plein d’argent, et qu’il ne veut pas recommencer“. Ijahman refuse, Blackwell l’envoie chier et lui rend ses bandes. Un mois plus tard, il sort l’album, encore en vente de nos jours, pour rembourser les coûts d’enregistrement, évalués cette fois à… 100 000 livres ! “Aujourd’hui, ils disent qu’ils manquent encore 60 000 livres. Ijahman exploite aussi ces albums sur son label, mais il n’en vend évidemment pas autant qu’eux“.

D’autres histoires suivent, toujours plus hallucinantes. Comme Universal, qui exploite le War ina Babylon de Max Roméo, qui produit un faux contrat, signé… Max Roméo, son nom de scène, avant de proposer 15 000 euros, pour un disque vendu à 1,5 million d’exemplaires. Max a tout de même touché 60 000 euros de la part de Culture Press.

Après cinq ans de procès, André Bertrand commence à y voir clair : “Derrière toutes ces affaires, il y a quatre ou cinq gusses qui se connaissent depuis 30 ans et qui ont créé un système pour déposséder tous les artistes jamaïcains.

Le reggae business est tellement sclérosé par la méfiance réciproque que les bonnes initiatives ont du mal à se faire une place. Il y a trois ans, le label français Makasound a sorti une compilation intitulée Wanted, qui appelait les artistes figurant au tracklisting à se déclarer, pour que leurs droits soient versés. Un prétendu producteur les a menacés de procès, en demandant une somme exorbitante. Makasound a retiré son disque des bacs. André Bertrand : “Makasound était de bonne foi. A leur place, je ne l’aurai pas retirée. Un type s’est agité, mais je n’ai trouvé son nom dans aucune base de données.“ Les reggae-boys n’ont pas fini de se prendre la tête.


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