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Double peine

Publié le 18 mars 2011 par Alteroueb

La Libye vient brutalement de repasser sur le dessus de la pile de l’actualité mondiale. Eclipsé par le rayonnement de la catastrophe japonaise, le difficile combat d’un peuple luttant pour sa liberté a connu cette nuit un nouveau tournant. Désormais, par le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, l’usage de la force est possible pour protéger la population civile des exactions de son dictateur, en passe de reprendre la main sur l’intégralité du territoire libyen. Une résolution bien tardive pour être efficace.

Double peine
Sur le terrain, la répression envers les mutins est sanglante et criminelle. Kadhafi a regagné le terrain perdu. Il lui suffit de terminer le travail à Benghazi, dernier carré de résistance. Dans ce contexte, les atermoiements des démocraties occidentales ont considérablement servi l’ubuesque bédouin. Toutes se sont lancées dans de pompeuses considérations, dissertant sur le mérite du peuple libyen à conquérir enfin le plus beau des principes humains, la liberté. Beaucoup ont fort opportunément encouragé, de près ou de loin, cette volonté farouche de s’émanciper, de prendre son destin en main quand Kadhafi était à terre. Mais le fantasque dictateur s’est vite relevé et a fait donner la troupe sans ménagements, encouragé par l’inaction et le soudain silence de la communauté mondiale, occupée à regarder ailleurs les vagues et à surveiller les nuages potentiellement radioactifs.

En fait, cette résolution reste avant tout symbolique. A la manoeuvre, on trouve principalement la France, les anglais et la ligue des pays arabes. Elle permet ainsi d’exonérer les puissances occidentales de leurs responsabilités, se prémunissant notamment contre les reproches de n’avoir rien fait après avoir consciencieusement soufflé sur les braises…. Elle est surtout trop tardive. Elle intervient après d’interminables rencontres et palabres à répétition, où de nombreuses oppositions se sont manifestées. Pendant ce temps, les libertaires libyens battaient en retraite un peu partout, en passe d’être quasiment écrasés. Mais en l’absence de la Chine, de l’Allemagne et de la Russie qui se sont abstenues, des Etats-Unis déjà englués ailleurs, on ne voit pas trop qui va mettre la main à la poche pour mobiliser les moyens militaires nécessaires à la mise en oeuvre de la résolution. La France doit déjà se débattre pour payer son déficit abyssal et éviter la dégradation de sa note sur les marchés. Déployer avions et logistique reviendrait à gratter encore plus le fond d’un bas de laine vide et usé jusqu’à la corde, ce que beaucoup, en période de vaches anorexiques, ne comprendraient pas.

Ce qui est depuis longtemps incompréhensible, c’est le soutien inconditionnel que la France a manifesté au dictateur, tantôt clown, tantôt terroriste, pourvoyeur de pétrole (un peu moins de 10% de son approvisionnement), également client potentiel de plein de choses mais resté depuis longtemps à l’état de «potentiel»… Alors, si l’attitude de l’homme de la rue envers le mutin libyen peut paraître un rien égoïste, elle n’est rien à comparer de la double peine que leur inflige nos vaillants ministres et parlementaires de l’actuelle majorité, n’hésitant pas à remettre dans un bateau ceux qui, au péril de leur vie, ont ou vont franchir la méditerranée pour échapper à la vengeance barbare d’un fou dangereux notoire…

Chacun chez soi, et les moutons seront bien gardés.


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