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Mon Salon du livre de Paris, 2011

Par Gangoueus @lareus
Une intervenante sur cet espace m’a demandé la semaine dernière si je comptais faire un tour au Salon du Livre et laisser un compte rendu chez Gangoueus. Sincèrement, je n’y pensais pas vraiment. Mais cette interpellation et la nécessité de rendre compte au moins une fois de mon salon du livre de Paris, le tout allié à l’invitation des Editions Vents d’Ailleurs, je ne pouvais être que présent cette année au Salon du livre. J’ai choisi le samedi. Bras ballants, quelques bribes de programmes en tête, comme l’intervention du Professeur Théophile Obenga au stand des auteurs du Bassin du Congo, je me suis laissé porter vers mes centres d’intérêt. La littérature africaine, celle d’Haïti, celle des Antilles.
Mon Salon du livre de Paris, 2011
C’est assez marrant cette démarche chez moi, mais entre nous je l’assume et l’idée de rencontrer les auteurs que je lis, les sommités dont j’entends parler régulièrement, l’accessibilité immédiate de ces hommes et ces femmes de lettres africaines comparée aux immenses files pour avoir la signature de Jacques Chancel ou Michel Rocard, j’ai choisi une certaine facilité et la possibilité de l’échange avec ces créateurs venus d’un ailleurs que je connais un peu.
Deux pôles intéressants concentraient tous ces auteurs. L’imposant stand des auteurs du Bassin du Congo, initié par les autorités congolaises, sous la direction de l’ambassadeur du Congo en France et homme de lettres, Henri Lopes, et de l’organe de presse Les dépêches de Brazzaville qui porte un intérêt certain à la promotion en France de la culture africaine. On peut dire sans trop de risque que ce désir de visibilité a été largement atteint cette année comme l’année dernière dans ce salon du livre. Conteurs talentueux ont su capter l’attention du public passant. Animations diverses. J’ai eu le plaisir d’écouter l’égyptologue et linguiste Théophile Obenga, qui poursuit seul le travail de Cheikh Anta Diop. L’homme de science congolais eut l’occasion de revenir sur son travail, sur la nécessité d’une relève, sur les polémiques qui l’opposent aux africanistes sur ses travaux démontrant l’antériorité des civilisations nègres dans l’Egypte ancienne...
Mon Salon du livre de Paris, 2011L’occasion fut belle aussi de faire la découverte du travail de Rhode-Batsheba Makoumbou, par la sculpture qu’elle a prêtée au stand congolais, à savoir un paysan portant sur sa tête une grappe de noix de palmes. Un peu absent, on se demande ce que le bonhomme pensait de ce rassemblement de beaux parleurs, et en quoi leurs discussions de salon influeraient sur son destin de porteur de noix de palmes. Magnifique sculpture en tout cas.
Chapeau en tout cas pour cette initiative congolaise. Pourvu qu’elle soit pérenne. La question qui me martelait l’esprit est de savoir s’il existait un tel événement à Brazzaville, à Pointe-Noire ou à Dolisie visant à faire découvrir au public congolais, les auteurs africains et d’ailleurs et surtout permettre la circulation du livre, le rendre accessible…
Le deuxième pôle fut celui de l’Institut Français, anciennement dénommé CulturesFrance. J’y retrouve les romanciers Léonora Miano, Mamadou Mahmoud N’Dongo, entre autres, qui présentent brillamment leurs récentes parutions qui nous parlent de cette France qui change, qui échange, qui intègre ou pas ses nouvelles composantes ethniques et ses particularismes. Le problème de ce type de méga-rencontres est le fait qu’on n’a pas toujours le temps de concentrer sur une activité, sur un échange. Aussi ai-je aperçu Kettly Mars dans le même stand. Son roman Saisons sauvages m’avait profondément ému l’année dernière. Il fallait que je le lui dise de vive voix à cette grande dame, au sens propre comme figuré, des lettres haïtiennes. On ne peut s’empêcher en tant que le lecteur, d’entendre ou d’identifier la voix ou une voix de l’auteur dans sa création… Nous pardonneront-ils ce voyeurisme… On se surprend à parler du Rwanda d’aujourd’hui avec la journaliste Laure Malécot qui nous a rejoints… La pesanteur du génocide encore présente, avec trois mois de commémoration chaque année. Est-ce trop lourd ? Est-ce excessif? Il y a des questions pour moi qui n’ont pas toujours de réponse…
Mon Salon du livre de Paris, 2011Obambé Gakosso, un blogueur congolais, vieille connaissance du web que je rencontre « réellement » pour la première fois, me permet de faire la discussion avec Eugène Ebodé venu de Suisse pour la promotion de Madame L’Afrique édité aux éditions africaines Apic. Un livre que j’ai hâte de découvrir tellement ma discussion avec cet auteur camerounais m’a parue intéressante. L’homme que j’ai découvert avec sa nouvelle dans le recueil Ancrage africain, continue son aventure algérienne avec les éditions Apic.
La rencontre à laquelle il participe me permet d’observer le fossé qu’il peut y exister à savoir parler de son œuvre selon plusieurs intervenants. Nous sommes une quarantaine dans le public, l’écrivaine malienne Oumou Ahmar Traoré de son roman qui aborde la question de l’immigration vue par les femmes restées au Mali. Quand Alain Mabanckou prend le relais, pour Demain j’aurai vingt ans, le public est tout de suite captivé et conquis… C’est tout l’intérêt de ce genre d’événements. Que dire du plaisir de revoir le professeur Dongala, dont Photo de groupe au bord du fleuve a été élu Meilleur roman français de l’Année 2010 selon le Magazine Lire, débarqué de New York pour cet événement ?
Mon Salon du livre de Paris, 2011Il y a tous ces échanges également avec les professionnels de l’édition en France ou au Mali, hier, avec Ibrahima Aya dont j’ai récemment découvert l’originalité de l’écriture dans Ancrage africain et le discours dans Novembre à Bamako et qui fait un travail fabuleux au Mali pour créer une chaîne économique du livre. Des acteurs du terrain qui le temps de ces rencontres nouent des contacts…
Naturellement, nous sommes en format blog, je ne peux pas m’étendre plus longuement sur ce salon qui fut une belle expérience. A refaire. Sûrement. En attendant, je vous donne rendez-vous jeudi 24 mars, pour la rencontre Afriqua Paris avec Kangni Alem, Marie-Célie Agnant et Alvie Bitémo.
Je terminerai ce billet en ayant une pensée pour les proches d' Hamid Skif ainsi que pour le milieu des lettres algériennes suite à la disparition la semaine dernière de ce poète algérien.

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