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Les femmes et le féminisme, il y a cinquante ans

Par Choupanenette

Sans doute, les jeunes femmes qui, dans le dessin du Charivari, s'offrent une partie de campagne sans cavaliers, et dont l'une essaie de fumer la pipe, non sans grâce d'ailleurs, tandis que l'autre prend ses ébats joyeusement dans les eaux fraîches de la Marne, sont des indépendantes qui, déjà, peut-être - si nous en jugeons par la pipe - prétendent aux allures et aux droits de l'homme. Mais ce ne sont point des suffragettes, encore, car leles conservent dans la coiffure, dans la toilette et dans le geste le souci coquet et raffiné du charme de leur sexe.num_risation_mars_008
N'en concluez pas, cependant, qu'à l'époque les "revendications féminines" étaient à ce point embryonnaires. Les suffragettes déjà existaient en quelques échantillons et, déjà aussi, il y avait des candidates à l'Académie. Le chroniqueur de l'Illustration du 20 juin 1863 écrivait :
"Elles ambitionnent toute la gloire de régner sur la vilaine moitié du genre humain ; quelques-unes aspirent à voter, à faire des lois, à exercer la médecine et à entrer à l'Académie française. Le bruit avait couru, la semaine dernière, qu'une des plus illustres d'entre elles allait entreprendre de leur ouvrir les portes du palais Mazarin : on parlait d'une brochure où Mme Sandrevendiquerait pour le sexe le droit aux palmes vertes. C'était, d'ailleurs, un faux bruit. Si la question des femmes à l'Académie se pose jamais devant le public, il me semble que les bons arguments ne manqueront pas à l'avocat assez brave pour entrer en lutte avec les muses".
Et voici l'un de ces arguments dont la façon galante, d'une galanterie un peu fade, nous paraît aujourd'hui singulièrement vieillote :
"... Que pensez-vous qu'il advienne, mesdames, des séances intenses de l'Académie ? Est-il possible, quand vous êtes là, de discuter froidement sur les intérêts de la langue française, de peser la valeur d'un mot, de soumettre une construction à la pierre de touche de la grammaire et de décider entre Vaugelas et Lhomond? Non, non ; et si les académiciens ne songeaient pas à autre chose, les académiciennes, je le parie, en seraient fort scandalisées. Cependant, le dictionnaire n'avancerait guère. Ce ne serait pas, après tout, un si grand mal ; nous sommes habitués à l'attendre toujours et à ne le voir jamais. Ah ! s'il vous prenait fantaisie d'y travailler, mesdames, ce serait plus grave. Il est mille expressions que vous ne consentiriez jamais à entendre..."
Cette argumentation, évidemment, retarde d'un demi-siècle.

Article de 1913


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