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Hoquets: Belgotronics

Publié le 28 mars 2011 par Cloudsleeper

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Dans le prochain Rif Raf, interview avec Hoquets, un trio bruxellois on ne peut plus insolite. D’abord parce que les musiciens fabriquent leurs instruments à base de produits de récup’ dans un esprit très Congotronics. Mais aussi parce que cette audace à rebrousse-poil les amène à s’emparer de thèmes 100% belges… Ce qui s’avère très désopilant lorsqu’ils sont scandés, rapés et chantés en polyphonie par un farceur d’Américain ! Les trois Hoquets tordent le coup aux clichés et se lâchent sur tout ce qu’ils peuvent trouver de savoureux chez nous, des couques de Dinant, aux villes industrielles en passant par nos bricolages constitutionnels et signent sur Crammed leur premier album aussi hors norme que drôle.

 

Votre album s’appelle ‘Belgotronics’ ; parlez-nous un peu de cette technologie dernier cri que vous utilisez pour vos instruments de musique...

Mc Cloud et Maxime : « On a voulu construire nos propres instruments et c’est carrément du low tech ! On a d’abord le iaen-iaen qui est une sorte de petite guitare à une corde construite à partir de boîtes de conserves ou à cigares selon vos préférences. Ensuite on a nos hoquets qui sont nos boîtes à rythmes 100% analogiques : un hoquet basse qui est une sorte de grand caisson en bois qui sert de kick avec une vieille boîte métallique qui sert de caisse claire, un hoquet soprano, puis un ténor, celui de François sur lequel il a posé un iaen-iaen. Chaque instrument crée un son bien particulier… et un gros décalage car les gens sont étonnés de voir quelques bouts de bois, des boîtes de conserves et un bête micro capable de donner un son si impressionnant ! Pourtant c’est un dispositif hyper simple : c’est ça le ‘Belgotronics’ ! »

Question de l’œuf ou de la poule : comment sont nés ces instruments ? Est-ce qu’ils existaient déjà chez l’un ou l’autre d’entre vous avant le groupe ou ont-ils été façonnés au fur et à mesure de votre travail commun ?

Mc Cloud et Maxime : « C’est toujours l’expérimentation commune qui a dicté l’évolution de nos instruments. Au départ on avait de petites tables et des boîtes où on posait deux, trois trucs et graduellement à force de tâtonnements et de bricolages on a perfectionné ça jusqu’au moment où on a décidé de fabriquer ce qu’on utilise maintenant. »

Que recherchez-vous en produisant vous-même vos instruments : est-ce un son particulier ou bien l’attitude « do it yourself » bio-équitable ou encore une esthétique sur scène…

Mc Cloud et Maxime : « C’est certainement le travail du son et l’expérience de la matière. Par exemple le hoquet basse, c’est un son grave puissant qu’on a cherché à obtenir à partir de ce qu’on pouvait trouver comme matériel. Et puis il y a le son de notre « casserole-claire » qu’on aime vraiment bien pour le son plus aigu et le hoquet à corde de François qui a un son plus medium. Donc ça crée une chouette complémentarité des sons entre nos différents instruments. Même s’il y a un côté bric-à-brac au départ, c’est un travail de recherche sonore. »

Mais dîtes-moi, franchement, vous n’auriez pas pu aller acheter une guitare avec plein de pédales d’effet, une batterie et une basse et faire de la musique pour la radio comme tout le monde?

Mc Cloud et Maxime : « (Rires) Aucun intérêt pour nous. On vient tous du même background rock dont a ressenti les limites de la formule depuis quelques années, les pauses et le cirque qui vont avec. Avant qu’on ne se connaisse, on avait chacun eu envie de travailler sur d’autres matières premières que les éternelles guitare/basse/batterie. On a donc fait diverses expérimentations et ensuite on s’est rencontré autour de musiques très différentes telles que celles de Congotronics (d’où le nom de ‘Belgotronics’ en hommage à ces groupes) qui ouvre de nouveaux horizons. Mais on n’a jamais essayé de prédéfinir ce qu’on allait faire : il se fait que avec nos instruments home made, on a poursuivit dans un axe expérimental qu’on a marié petit à petit avec une approche assez avenante, presque pop et avec également une énergie très brute, dans la continuation rock’n’roll dans un certain sens. »

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Est-ce que le fait de refuser la haute technologie vous permet d’être plus spontané dans l’utilisation de vos instruments et dans votre créativité ?

Mc Cloud et Maxime : « Bon, au départ, ça nous rend plus attentifs aux objets qui nous entourent et à leur sonorité potentielle. Ensuite notre démarche est un peu l’antithèse de la technologie car on part du principe qu’on a un maximum de contraintes et non pas un maximum de facilités comme la technologie est censé le faire. La contrainte initiale du groupe, c’était que tous les instruments devaient pouvoir rentrer dans le coffre d’une Fiat Panda ! Dans l’histoire de l’art, ça a souvent été comme cela : c’est la contrainte qui provoque la créativité. Par ailleurs c’est aussi la leçon qu’on peut tirer des groupes congolais : ils font face à plein de contraintes dont la pauvreté n’est pas des moindres, et ils développent une créativité qui se retrouve de moins en moins dans nos pays Occidentaux, vu qu’il suffit d’aller au magasin pour acheter cinquante pédales d’effet et augmenter les possibilités de façon exponentielle. Mais le risque est de se perdre à cause de cela. Quand tout est possible, finalement tu réduis et aplatis les possibilités. Lorsque tout n’est pas possible, par exemple quand je joue, j’ai quatre sons différents pour mes percussions. À moi d’être créatif à partir de ça et de proposer autre chose que ce qu’on entend habituellement ! »

Qu’est-ce qui vous inspire dans notre petit pays si mal-en-point et qui vous pousse à écrire tant de chansons dessus ?

Mc Cloud : « Quand je suis arrivé en Belgique, j’ai eu l’occasion de faire plein de petits voyages dans le pays et j’ai été intrigué par plein de trucs, à commencer par les fameuses ‘Couque De Dinant’ bien sûr ! Chez vous il y a plein de trucs concrets qui donnent envie d’être racontés ! »

Maxime : « C’est clair que Mc Cloud a le regard extérieur qu’il faut pour pouvoir donner un regard décalé sur notre pays. C’est donc lui qui rédige les textes avec sa vision de l’Américain qui débarque en Belgique et découvre toutes sortes de trucs qui ne sont pas moins décalés en soi ! »

C’est quand même fort car il y a ce regard extérieur et aussi ce côté autodérision typique de l’humour de chez nous, je pense aux Snuls, à Lagaffe dans lequel, Mc Cloud, tu n’as jamais baigné justement…

Mc Cloud : « Je ne sais pas mais j’ai l’impression que quand on regarde la Belgique, même les Belges ne sont pas très intéressés par ce qu’on peut y trouver. C’est bizarre mais c’est comme si les Belges étaient un peu perdus et oublient de regarder ce qu’ils ont. Et c’est aussi cela qui m’inspire. »

Maxime : « C’est clair que Mc Cloud et François ne connaissent pas les Snuls, ni Telex qui ont aussi ce sens de l’autodérision. Moi en tant que Belge, je vois ce lien mais c’est une filiation assez fortuite finalement. »

Il y a un adage qui circule beaucoup pour le moment et qui reflète bien le côté absurde de notre pays : « si vous avez compris la Belgique, c’est qu’on vous l’a mal expliqué »...

Mc Cloud : « (Rires) Oui mais ce n’est pas tant l’aspect absurde que je recherche, c’est justement le lien avec des choses réelles. Quand je parle de cette couque de Dinant, elle est là, ça existe et elle est bien comme cela. Ça se limite à ça, sans aucun fantasme surréaliste derrière. Pareil pour le Maitrank ou Brussels et à la base c’est n’est pas spécialement marrant ou surprenant… mais c’est là et on en parle à notre façon. »

Dans le genre pas marrant, vous basez même un de vos titres sur la constitution belge dans ‘3 Régions 3 Communautés’. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce rap constitutionnel ? Est-ce en désespoir de cause que le gouvernement vous a demandé d’écrire une chanson ludique et didactique pour expliquer le pays et rapprocher les gens ?

Mc Cloud : « Oui, en fait c’est le roi Albert II qui m’a contacté « cher Monsieur Zicmuse… » Non mais quand je suis arrivé en Belgique, Maxime était venu chez moi avec un feuillet de la structure du pays etc. Puis quand on commencé à jammer pour la première fois, c’est cela qui est revenu ! C’est le premier morceau qu’on a créé et qui s’est fait totalement par hasard ! »

Vos morceaux sont assez courts et dépassent à peine les deux minutes. Vous avez choisi de composer comme ça ?

Maxime : « Ils se font comme ça. Si on a plus rien à dire, on ne va pas les rallonger inutilement. Sans qu’on l’ait recherché, ça se rapproche d’une certaine esthétique punk, morceaux courts, énergiques et on va à l’essentiel sans fioritures. Et voilà avec tout ça on se retrouve avec un album de 32 minutes bien pesé. »

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En tout cas votre album est très complet car il se danse, notamment sur ‘Chaud Boulet’ où les gestes et les pas de dansent sont expliqués. Les Hollandais ont-ils effectué la chorégraphie lors de votre concert d’hier soir à Amsterdam ?

Mc Cloud et Maxime : « Oui ils ont bien bougé ! On nous a même dit que c’était tout à fait inhabituel de réussir à les faire bouger ! Pareil à Paris au Café de la Danse où ils ont bougé… Voilà parfois ça prend, parfois pas mais en général il y a une chouette interaction avec le public. Puis il y a le mode d’emploi du ‘Chaud Boulet’ avec le feuillet du CD, ce qui permettra de répandre partout la bonne parole et les bons pas de danse de  ‘Chaud Boulet’ ! »

Vous qui chantez la Belgique d’Orval à Bruges et dans plusieurs langues, est-ce que le nationalisme, c’est « Niet in onze naam » du nom de ce mouvement d’artistes et intellectuels flamands qui refusent cette montée du nationalisme ?

Maxime : « En tout cas, un groupe comme nous avec un Français d’origine polonaise, un Américain et un Belge d’origine asiatique, on se sent plus être le reflet d’une société qui est le fruit d’un brassage des identités. Le concept d’identité n’est pas immuable ou rétractable. Et il est en train de changer radicalement et s’élargit, s’enrichit. Il me semble que c’est vers cela qu’on va. »

 

Un disque : ‘Belgotronics’ (Crammed).

Dans le même esprit, The Karindula Sessions:

Various

‘The Karindula Sessions’

Crammed

Si vous aussi vous savez faire tourner une roue de vélo sur le front avec le pied levé ou que vous arrivez à porter une jarre par la mâchoire en tenant une autre personne debout sur vos épaules, rejoignez le Bana Simba, le BBK ou une autre des formations de ce disque ! Poursuivant son travail de défricheur infatigable de groupes appelés au Congo « tradi-modernes », Crammed a capté dans les faubourgs de Lubumbashi une poignée de groupes qui joue de la musique karindula. Dénommée d’après un banjo d’une telle taille qu’il donnerait des complexes à n’importe quel guitare-hero à l’égo surdimensionné, cette musique est basée autour de cet instrument artisanal : bidon d’huile, peau de chèvre, quatre cordes et sac plastique entre celles-ci pour obtenir un son fuzz plus vrai que nature. Et ça dégage : non seulement dans le son mais aussi dans la virtuosité des joueurs de cet étrange instrument, cousin du célèbre et injustement décrié gaffophone. Accompagnés par des percussions tout aussi rudimentaires et quelques solides danseurs et chanteurs, ces groupes de karindula se produisent principalement lors des cérémonies de deuil. Il s’agit néanmoins d’une musique très remuante aux textes assez provocateurs qui se regarde mieux encore qu’elle ne s’écoute ! Ça tombe bien Crammed propose à la fois le CD et le DVD du mini festival organisé pour enregistrer ces performances : vous ne serez pas déçu ! (jd)

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The Subs

‘Decontrol’

News/Lektroluv

Après un ‘Subculture’ très obsessionnel, des prestations scéniques effroyablement ravageuses et un single merveilleusement déjanté avec Party Harders, il nous tardait d’entendre la nouvelle plaque des Gantois. À première vue un peu plus civilisé qu’auparavant, the Subs retrouve son gros grain de folie dans la complexité agitée des nouveaux titres. Passé les deux premiers titres, la volonté n’est plus de viser l’efficacité maximale mais de partir du chaos et de tenter de l’organiser de façon un tant soi peu dansante (c’est un euphémisme) avec des sons triturés à l’acid (et moins à la transe) et des samples brutalisés à coup de barre à mine comme seuls eux savent le faire. Et puis y a qu’à laisser la parole à Papillon et vous saurez tout : « ‘Decontrol’ is much less a ‘fuck you’ album than ‘Subculture’, and more an ‘I’d like to fuck you’ album ».(jd)

***

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Balaxy Orchestra

‘Wilkey May Trip’ et ‘Balaxy’

Mundial Bookings/Munich Records

Si la musique balkanique façon Emir Kusturica et ses joyeux drilles vous insupportent après deux chansons, essayez le Balaxy Orchestra. Fondé sur les cendres fumantes de Millenniums qui s’était déjà taillé une belle réputation scénique au Bénélux, les dix anversois de Balaxy ont trouvé un équilibre parfait entre l’indomptable énergie de la fanfare balkanique et l’utilisation de ces instruments sur des compositions plus fines. Ainsi des cuivres à la puissance domestiquées viennent-ils ouvrir cet excellent disque sur un air de jazz oriental tout en retenue et non dépourvu d’agilité. Sur ‘Boa Boa’ s’enchevêtrent d’étourdissants arrangements posés sur une rythmique saccadée, le tout dressé au poil par la voix tantôt autoritaire, tantôt mélodieuse de la chanteuse italienne Assunta Mandaglio. ‘A Verdade’ parle le langage balkanique universel tandis que ‘Wilkey May Trip’ et ‘Balaxy’ nous emmènent de façon assez inattendue à planer sur un reggae intergalactique pour vous faire danser d’un pied d’autant plus léger sur les titres suivants, que ce soit sur la valse ‘My Big Blue Thing’ ou sur un rock entraîné au surf par des guitares et d’infatigables souffleurs (‘Dudabudabop’). Quelle surprise d’entendre ensuite une sorte de flamenco où la voix d’Assunta fait à nouveaux des merveilles mélodiques. Bref un véritable festival offert par ce Balaxy Orchestra qui s’autorisent toutes les audaces stylistiques loin des poncifs pétaradants de leurs frères d’armes. Pour sûr, on va souvent les croiser sur scène cet été ! (jd)


Bombino

‘Agadez’

Cumbancha

Pour un jeune qui a vécu des heures bien sombres durant la rébellion touareg et qui se vit contraint à l’exile, c’est un desert blues bien calme et presque pacifié qu’on entend sur ‘Agadez’. C’est même un disque à écouter à la tombée de la nuit quelque part, dans un lieu dépourvu d’agitation et d’artifice où tout serait silence sous les auspices orangés du soleil couchant. Ne se lèveraient que ces notes de guitares discrètes et fines au rythmes des clappements de mains ancestraux à peine appuyés par des percussions et des chants, loin de toute clameur. Une des guitares élèverait une note grave et répétitive pour créer un bourdonnement rythmique et amorcer ainsi une douce transe. Le chant déférent de Bombino s’élèverait pour célébrer en d’étranges mots ces lieux si vastes et si familiers qu’ils signifient à la fois la maison et le vide. À peine les guitares se montreraient un peu teigneuses pour parler d’une ‘Other Life’ ou pour exhorter à l’union fraternelle du peuple du désert. Une heure après, les voix s’éteindraient dans un murmure. Place à la nuit et au silence. (jd)


 


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