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"Il était une fois un meurtre" : mélange des genres

Par Vierasouto


Pitch.
23 ans après l'assassinat d'une fillette dont on a retrouvé la bicyclette dans un champ, un drame identique se produit dans le même lieu avec une fillette exactement du même âge.

Le film laisse une impression mitigée, à la fois sophistiqué dans la forme, musique de film de genre soulignant le danger, ralentis, plans vue d'avion, et réaliste dans le fond à commencer par cette incontournable scène dans une pissotière "entre mecs", mais existe-t-il encore des films où la scène des WC, publics ou privés, n'est pas un passage obligé? (uriner à l'écran serait le symbole du réalisme du troisième millénaire?) Des personnages souvent trop lourds, comme ce flic qui participe à l'enquête après trois mois de congé maladie, détruit par la mort de sa femme, hirsute, largué.

photo Distrib films
Revenons au début du film qui frappe fort, juillet 1986, une porte peinte en bleue, une cité, un appartement lugubre, une ampoule nue, un vieux ventilateur, un film en voix off, le visage sanguin de deux hommes qui décident de sortir sur un coup de tête, montent dans une voiture rouge. Une voiture  rutilante qui va traverser l'écran comme un coup de poignard sanglant en roulant sur une route de campagne, là, une fillette sur un vélo, la proie que recherchaient ces hommes. Le plus vieux la viole, la tue d'un coup de pierre, lui demande pardon, le plus jeune, affolé, va fuir ensuite et rentrer chez lui en autobus. Ces hommes-là ne se reverront plus...
23 ans plus tard, un crime identique dans le même champ, une ado du même âge, 11 ans, le vélo abandonné, le corps jeté dans l'eau, une seule différence, la fillette n'a pas été violée. Dans ce champ, Elena, la mère de la première victime, Pia, fait son jogging tous les jours et fleurit la tombe de sa fille. Les parents de la seconde victime, S, étrangers à l'affaire, se reprochent de s'être disputés avec leur fille avant qu'elle sorte en claquant la porte et ne revienne jamais. Le récit se décline jour après jour, le policier détruit, David, arrive à la fête de départ du commissaire qui prend sa retraite, malgré que ses collègues le sentent incapable de reprendre l'enquête, on lui donne une chance. Le commissaire à la retraite est interdit d'enquête, il outrepasse le règlement, noue une relation avec Elena. Pendant ce temps, un architecte marié, deux enfants, transpire, un homme qui a quitté la région du premier meurtre en 1986, a préféré porter le nom de son épouse... Chemin faisant, on découvre qu'un troisième crime du même genre a eu lieu en 1982.

photo Distrib films
Le film se dilue sur deux heures, les relations humaines semblant davantage intéresser le réalisateur que la résolution des crimes. L'angle du film, c'est l'après de l'horreur, comme le demande plusieurs fois le flic à Elena, se remet-on jamais de la perte brutale de l'être aimé? Non seulement les victimes collatérales des meurtres ne peuvent pas se consoler, Elena a conservé intacte la chambre de sa fille, le flic dort dans la chemise de nuit de sa femme morte, mais ici les assassins ne s'en remettent pas non plus à leur manière. Car le film brosse le portrait d'un couple de pédophiles que la mort de Pia a séparés il y a 23 ans, deux hommes qui partageaient leur vice secret, regardaient ensemble des films pédophiles, s'étaient "reconnus" aux regards qu'ils portaients tous les deux sur des gamines de la cité. Une relation ambigüe, fusionnelle, un partage de l'inavouable, une trêve de la solitude face à la force d'attraction irrépressible d'un objet du désir interdit,  d'une sexualité synonyme du mal. Rarement, un récit a abordé le sujet tabou qu'est la solitude du pédophile face à ses pulsions qu'il est incapable de combattre, qui semble l'envahir comme une fièvre, un poison.

photo Distrib films
Mélange des genres, mélodrame et thriller,
je ne sais pas très bien quoi en penser, le récit s'étire et l'intensité dramatique s'émousse. Mélange des styles, de réalisme et de sophistication (dans les effets), le film déroute d'autant plus mais il a un style à lui, un ton. C'est le second long-métrage du réalisateur suisse Baran Bo Oda après "Sous le soleil" où il démystifiait déjà  l'innocence de l'enfance.

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