Magazine Beaux Arts

« Balade La Rochelle » favorite : Cimetière Saint-Maurice : Norma Tessum onda

Publié le 04 avril 2011 par Sheumas

Suite rues [1600x1200]

   Alcofribas Nasier, (Rabelais), Marguerite de Crayencour, (Marguerite Yourcenar), Bison ravi (Boris Vian), Avida dollars, (Salvatore Dali), Lord R’hoone, (Honoré de Balzac), Pauvre Lélian (Paul Verlaine), plus près de nous Pascal Obispo (Pablo Picasso)... Et à La Rochelle, un autre anagramme, celui de Norma Tessum onda...

   Dans l’une de ces grandes avenues qui mènent à la mer, les pancartes indiquent « ile de Ré ». Sur la droite, un tout petit cimetière, celui de Saint-Maurice, et, à l’entrée, une stèle imposante qui ressemble étonnamment à celle de Musset au Père-Lachaise. Joséphine-Marie Ménard. Penchons-nous un instant sur l’énigmatique créature, orpheline de naissance. Réputation d’une éblouissante beauté, enlevée à la vie dans la fleur des ses vingt ans par la phtisie. C’était en 1875 à Port Neuf, dans la rue du Bois l’Epine. La légende court au sujet de cette ombre qui passe : était-elle la fille de George Sand et d’Alfred de Musset ?

   Peut être avez-vous un soir aperçu cette « ombre noire qui (lui) ressemblait comme un frère »... Lisez bien : Norma Tessum onda... les lettres entremêlées de Musset et de Sand voltigent parmi les feuilles et ressuscitent les deux amants terribles du romantisme. Norma ou simplement Joséphine inspire l’amour à un peintre, Charles Louis Muller, qui en fait une figure de l’Annonciation. La voilà madone. Cœur tendre, elle s’amourache du marquis Henri de Rochefort-Luçay, journaliste qui prend la plume contre le régime de « Napoléon le petit » et est emprisonné à la forteresse de Saint-Martin de Ré puis déporté en Nouvelle Calédonie.

   La santé de Joséphine décline et Françoise Coras, la vieille tutrice excentrique qui l’accompagne depuis l’âge de huit ans, n’est sans doute pas étrangère à la légende qui entoure sa protégée. Sous la lame, dans le cimetière de Saint-Maurice, repose désormais une fille de haute naissance, comme semble l’attester la stèle commandée par les soins de Françoise et sur laquelle elle a fait inscrire le fameux nom. Comme l’attestent aussi les livres de Musset trouvés dans la chambre de Joséphine, ouverts sur les dédicaces du poète : « A ma fille bien aimée », « A ma petite Norma »...

   De la main de qui sont ces faux ? De la délicate Joséphine qui avait rencontré Paul, le frère de Musset, et qui rêvait d’obtenir une reconnaissance de la part du prestigieux Alfred ? « Poète prends ton luth et me donne un baiser ! »... Ou bien de la diligente Françoise qui, avec ses petits moyens, écrivait dans la douleur et dans la pierre le petit roman de sa Joséphine ?

L'homme est un apprenti, la douleur est son maître,
Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert.
C'est une dure loi, mais une loi suprême,
Vieille comme le monde et la fatalité,
Qu'il nous faut du malheur recevoir le baptême,
Et qu'à ce triste prix tout doit être acheté.
Les moissons pour mûrir ont besoin de rosée ;
Pour vivre et pour sentir l'homme a besoin des pleurs ;
La joie a pour symbole une plante brisée,
Humide encor de pluie et couverte de fleurs. (Nuit d’octobre)


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Sheumas 243 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte