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J'aime beaucoup ma poésie, de Jean-Pierre Verheggen (par Alain Helissen)

Par Florence Trocmé

Verheggen L’Université Catholique de Louvain possède une chair de poétique dont l’objectif est de « compléter l’étude des textes littéraires par une approche attentive de la genèse des œuvres, du geste créateur qui leur a peu à peu donné forme. » Pour cela, elle invite les créateurs belges à venir évoquer, face aux étudiants, leur propre pratique en un cycle de quatre conférences. Les éditions Lansman ont créé la collection « chaire poétique » afin de garder trace écrite de ces conférences. Jean-Pierre Verheggen, amateur de bonne chair, poétique ou pas, a répondu à l’invitation. Avec lui, point de communications fastidieuses de type « colloque universitaire. » Concernant son œuvre, prévient-il, « tout est dans tout et rien n’est sécable. » Pour en donner un premier aperçu, il fait venir Jacques Bonnafé pour discuter du choix des textes verheggenniens retenus pour son spectacle « L’oral et hardi » qui lui a valu un « Molière » en 2009. Quant au titre générique donné par Jean-Pierre Verheggen à ses interventions et au présent livre : « J’aime beaucoup ma poésie », on aura compris qu’il se démarque avec un humour un rien provocateur de toute pédanterie. Parce que l’œuvre du wallon contient en elle tout son versant théorique, le « poète bin qu’oui, poète bin qu’non ? » (titre de son dernier livre paru chez Gallimard) invite à une rétrospective commentée de ses fastes littéraires, usant pour cela du style même qui a fait toute la singularité de son travail depuis « La Grande Mitraque », paru en 1968, et tout au long d’une bibliographie avoisinant aujourd’hui une quarantaine d’ouvrages. Conçu sur le mode de l’abécédaire, ce petit livre constitue, pour ceux qui ne connaîtraient pas l’entreprise Verheggen, une excellente approche pratique de ses « basses œuvres ». De nombreux extraits viennent pimenter la visite. S’il « aime beaucoup sa poésie », l’auteur retrace volontiers ses affinités littéraires, rendant hommage à ceux qui font partie de sa bibliothèque de prédilection, aînés disparus ou amis de toujours. Gageons que les étudiants de l’Université de Louvain ont pris beaucoup de plaisir à assister à ces « non-conférences » décrites par Pierre Piret comme « débordantes, joyeusement bordéliques, rabelaisiennes, tirant à hue et à dia, passant du coq à l’âne, tantôt bouffonnes, tantôt engagées et "langagées", tantôt émouvantes. » Un « détournement du genre », rajoute-t-il. Mais pouvait-il en être autrement avec Jean-Pierre Verheggen, détourneur majeur (pas de mineurs, jamais), cheval fou échappé des brancards, « gros mots sapiens », incorrigible correcteur de langue. 
  
[Alain Helissen] 
 
Jean-Pierre Verheggen, J’aime beaucoup ma poésie; éd .Lansman, 96 pages ; 13 €. 
site de l’éditeur 
 


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