Magazine Culture

[Culte] La ferme des animaux, de George Orwell

Par Odakawoi@yahoo.fr

La ferme des animaux
[Culte] La ferme des animaux, de George Orwell

Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :  » Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d’alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux.  » Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :  » Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d’autres. « ?

[Culte] La ferme des animaux, de George Orwell
Magnifique réalisation de Satansgoalie

Gros cochon, « petit père des peuples »

Véritable fable animalière en prose, le néophyte s’étonnera dès lors de l’intrigant thème proposé par G.Orwell : les cochons se veulent être de véritables intellectuels et le plus sage d’entre eux clame que l’heure de la révolution a sonné ; leurs compères ont trop souffert, exploités à la ferme par l’homme comme du vulgaire bétail ! Mr. Jones, chef de file des « deux-pattes » et figure de l’inégalité entre animaux et humains ,est chassé au profit d’une micro-société ambitieuse. Mais bien que la liberté soit enfin trouvée, les premières contestations ne se font pas attendre : « Tous les animaux sont égaux » clame l’un des sept commandements animaliers mais certains, tout de même, aimeraient posséder davantage de droits que les autres ; un certain Napoléon, par exemple.

Bien que le parallèle historique avec la Révolution rouge de 1917 (montée au pouvoir de Lénine), qui découlera sur un stalinisme de l’après-guerre contestable, paraisse évident : le texte de G. Orwell va plus loin, et se permet une critique satyrique de la volonté de « petits chefs » (à propos, on sait aujourd’hui que la taille de Napoléon, le vrai, l’autoproclamé « Empereur des français », était tout à fait normale pour l’époque) à se bercer tôt ou tard d’illusions de grandeur. Élimination puis diabolisation d’ennemis politiques (ce qui est tout de même plus facile lorsqu’ils ne sont plus là pour contester la chose), constitution d’un gouvernement illégitime, propagande de vive voix, désinformation grossière… et censure.

La critique du totalitarisme, certes, mais pas chez nous !

En effet, bien que ce dernier point (la censure, si vous suivez) soit, dans l’ensemble, peu abordé au travers des études de texte, il n’en reste pas moins un noeud essentiel : les commandements utopiques qui devaient initialement ériger une société meilleure ne sont pas seulement bafoués, mais également modifiés selon la volonté du chef, charismatique certes, mais peu légitime. Le plus drôle, oserait-on dire, est encore le fait que le livre ait été censuré lors de sa première publication sur le sol britannique… A croire que les autorités se sentirent viser par la fine écriture d‘un G. Orwell alors connu pour ses essais politiques, sa foi dans le socialisme et donc, son engagement contre l’impérialisme britannique qui sévit encore à l’époque ; et ce, jusque dans les écrits !

Dans une préface du livre qui sera elle-aussi censurée (bien que les raisons paraissent évidentes, cette fois), il écrit : « Quiconque a vécu quelque temps dans un pays étranger a pu constater comment certaines informations, qui normalement auraient dû faire les gros titres, étaient ignorées par la presse anglaise, non à la suite d’une intervention du gouvernement, mais parce qu’il y avait eu un accord tacite pour considérer qu’il « ne fallait pas » publier de tels faits. » ; et c’est cet état de fait qui sera plus tard repris dans son chef-d’œuvre d’anticipation intitulé 1984, où l’autoritarisme qui encombre la société imaginée résulte tant d’un Big Brother intolérable que de la soumission consentie par ceux qui composent cette dite-société.

[Culte] La ferme des animaux, de George Orwell


Conclusion |

[Culte] La ferme des animaux, de George Orwell

Avec La ferme des animaux, l’auteur nous prépare indubitablement à son prochain roman (1984) et prévient très tôt du danger qui rôde : on ne peut confier le pouvoir à un seul animal (qu’il soit humain ou cochon)… Ce n’est pas cela la démocratie. Court mais intense, G. Orwell livre ses convictions sous la forme d’un roman plutôt que d’un essai, et ce n’est pas pour nous déplaire : lorsque le drôle épaule le tragique, il ne reste au lecteur qu’à choisir entre deux niveaux de lecture ; à lui de choisir s’il ne lui restera plus que ses yeux pour pleurer devant une triste esquisse de l’avenir.


Retour à La Une de Logo Paperblog

A propos de l’auteur


Odakawoi@yahoo.fr 2 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazines