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Mon premier rituel vaudou

Par Marjoriem

Ce que j’adore avec les rencontres couchsurfing en voyage, c’est qu’elles nous permettent de vivre des événements, des expériences totalement inattendues. Diana, notre hôtesse mexicaine, effectue des travaux de recherches à l’université de Cotonou sur les plantes utilisées dans la pharmacopée traditionnelle, ainsi que dans les rituels vaudous… Ca fait rêver, non?

On a pu l’accompagner pour une interviewe d’un chaman vaudou de Porto Novo (c’est la capitale), gardien du jardin botanique de la ville. L’homme nous accueille torse-nu, nu-pied, avec un énorme sourire, et une poignée de main des plus vigoureuse. Il connaît déjà Diana, et nous nous présentons, Pavel et moi, comme ses assistants.

Mais d’abord, il nous faut réaliser quelques offrandes pour le rituel.

Le rituel commence après qu’on ait enlevé ses chaussures et avancé d’un pas trois fois vers un grand Iroko, considéré comme l’arbre roi de la « forêt ». En effet, même s’il s’agit d’un parc, et non d’un forêt sauvage, certaines essences y sont sacrées. Et l’Iroko, en particulier est très craint et respecté dans le Vaudou. Diana demande d’ailleurs s’il s’agit bien de cette essence, et elle se voit répondre « oui mais il ne faut pas prononcer son nom ici!

- Mais pourquoi?

- Tu es déjà devant lui. On ne prononce son nom devant lui!

Antoine, le chaman prépare les ingrédients : une bouteille en plastique remplie d’une liqueur à base d’herbes, d’écorces, de noix diverses. Une noix de cola est cassée en trois morceaux. Nous nous agenouillons face à l’arbre. Il prononce des paroles, en fon peut être, puis nous désigne chacun. Je devine qu’il explique nos intentions. Il nous fait boire ensuite la liqueur très amère dans un petit verre que nous partageons. Il en sert généreusement. Et jette après de l’eau par trois fois autour de l’arbre. Puis il reformule à nouveau des paroles, lance les trois morceaux de cola, les ramasse, brise encore des morceaux et nous les donne à manger. Il dit alors que nous sommes accueillis à bras ouverts, car nous avons le coeur généreux. Le lancé de cola était d’emblée favorable. Il récite encore quelques phrases que nous devons ponctuer par « amen ». Puis chacun de nous peut formuler un voeu, une prière à l’Iroko.

Participer à un rituel, même bref, même sans abus de substances est un moment unique, que l’on croit ou que l’on ne croit pas, si on s’y trouve, on y participe.

Mon premier rituel vaudou

Une gousse de l'Abrus precatorus

Puis nous commençons notre petite initiation. Antoine prélève des feuilles, écorces, dont il explique les utilisations et qu’il nous fait manger. Diana trouve de la Vivima, un Abrus precatorus, plante qui pousse sous les Tropiques, des Amériques jusqu’en Afrique. Elle est considérée comme un puissant protecteur magique et porte-bonheur sur les deux continents.

Un autre arbre retient mon attention, un Piliostigna reticulata aux feuilles en forme de coeur. Antoine nous affirme que si l’on attrape la jeune feuille encore pliée sans les mains (un peu à la manière de la girafe), et qu’on la maintient entre les dents sans la faire tomber, on peut ramener au village un caïman ou un boa sans que celui-ci ne dise rien! C’est aussi un arbre qui guérit les maladies non naturelles, celles qui viennent d’envoûtement. Dans le Vaudou, il n’y a pas de maladie psychologique proprement dite. Ce sont toujours des sorts qui ont été envoyés, ou des punitions.

Perchée sur une feuille dont elle porte la couleur, une mante religieuse nous observe…

Mon premier rituel vaudou

Le regard de la mante religieuse



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