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La reine morte.

Par Jeandeseillac


La reine morte.

Inês de Castro.

 « Quoique l’amour ne promette que des plaisirs, les effets en sont quelquefois tristes… »  « Agnès de Castro, nouvelle portugaise – anonyme - 1710 ».
1336. Portugal.  Evora, capitale de la province d’Alentejo.L’infant Dom Pedro, fils du roi Alphonse IV du Portugal épouse Constance de Castille.  Il a seize ans, elle en a treize. Une cérémonie sans la mariée, le roi de Castille retient Constance prisonnière. Un différend entre ce roi et le père de la princesse est à l’origine de cette captivité.  Pour que la jeune femme puisse rejoindre son époux, le Portugal déclare la guerre à la Castille.  Un mariage dynastique, Pedro ne s’intéresse guère à son épouse.  Avec ses amis, il continue à se distraire et à chasser.  Parmi les dames qui accompagnent Constance, il en est une que l’on distingue particulièrement. Cette jeune femme qui vient de Castille est belle comme une aurore, blonde comme le soleil et dotée d’une rare élégance.  Par le roi Sancho IV, elle est cousine avec l’infant.  Toute la cour la dévore des yeux. Pedro qui, la baptise « cou de cygne » en devient amoureux fou pour l’éternité.  Cette fée qui fait rêver la cour, s’appelle Inês de Castro.  Elle aussi, a remarqué Pedro.  Ils sont jeunes, ils ont vingt ans, ils sont beaux et un sentiment brûlant les anime. Rapidement, Inès et Pedro succombent à la passion. Ils deviennent amants, d’abord de cœur, puis de corps.  Mais une âme charitable met sous les yeux de Constance, un poème de Pedro pour Inês.  Anonymement bien sûr, ce genre de charité a ses limites. Pour couper court à leur liaison, l’infante, enceinte, demande à Inês de devenir la marraine de son enfant.  A cette époque, ce lien rendait totalement impossible toute union charnelle entre le père de l’enfant et la marraine.  Malheureusement, ce choix ne suffit pas.  Pedro, caractère passionné et emporté, se moque des règles.  Il n’obéit pas aux convenances établies.  Personne ne l’empêchera d’aimer la belle Castillane.  Devenu inévitable, le scandale éclate.  Dès lors, le roi Alphonse IV oblige la maîtresse de son fils à quitter la cour.  Bannie du pays, Inês retourne en Castille. Alphonse espère qu’une séparation balayera cet amour déraisonnable.  Il se trompe.  L’éloignement ne représente pas un obstacle pour les deux amoureux. Ils continuent à partager l’ivresse qu’ils ont l’un pour l’autre.  La distance et le temps rendent leur amour encore plus fiévreux.   Et voilà qu’en 1345, Constance meurt en couche.  Pedro, veuf à vingt-quatre ans, est libre.  Inês quitte son exil pour le rejoindre. 


La reine morte.

Pedro et Inês

A Lourinhã, loin des yeux de la cour, mais pas de ses oreilles, le couple se retrouve. Ils y respirent enfin ce bonheur qu’ils ont tant attendu.  Entre deux flâneries à cœur ouvert, les amants s’abandonnent et Inès écoute Pedro lui lire les poèmes qu’il a écrit pour elle. Pedro est poète comme son grand-père, le roi Dinis.  Ils vivent leurs plus belles années, des enfants naissent.  Inquiet de ces retrouvailles et de cet amour qui ne veut pas mourir, Alphonse IV demande à Pedro de se remarier au plus vite.  Pedro répond qu’il ne peut le faire en souvenir de sa chère Constance.  En réalité, Pedro veut épouser Inês.  Alphonse qui n’est pas dupe, le sait.  Ce mariage avec une Castro, représente un danger pour l’indépendance et la paix du Portugal. Pour éviter les conflits, le roi demande au pape d’Avignon de ne jamais concéder de dispense pour le mariage de Pedro avec sa cousine.  Malgré cela, les deux amoureux continuent à vivre des moments merveilleux.  Le 1er janvier 1354, à Bragance, sans l’autorisation d’Avignon, Pedro épouse en secret sa maîtresse. Mais les Portugais ne voient pas d’un très bon œil, l’influence de cette nouvelle Eve et de sa famille sur l’héritier du trône.  Les deux frères de la belle conspirent et contribuent aux mauvaises relations entre le Portugal et la Castille.  Profitant de l’amour que porte l’infant à leur sœur, ils veulent soumettre à leur emprise le Portugal et la Castille.  Ils poussent Pedro à se déclarer prétendant des couronnes de Leon et de Castille. Vers le même moment, la peste apparaît et se propage au Portugal.  Rapidement, on accuse Inês, par ses pêchés, d’être responsable de cette épidémie.  A la maladie s’ajoute bientôt la misère. Le ton monte.  Devant cette atmosphère menaçante, le couple part pour Porto, il y sera plus en sécurité.  Cependant, la flamme, qui ne cesse de brûler, de cet amour interdit augmente la jalousie des principaux conseillers du roi.  On soupçonne d’ailleurs deux conseillers, Gonçalvez et Pacheco d’être secrètement amoureux d’Inês et la sœur du premier, Elvire, d’être amoureuse de Pedro.  Craignant pour leur avenir, ces courtisans déclarent que Pedro est sous la domination des frères Castro.  Devant la haine générale qui s’installe contre eux, les amants gagnent Coimbra, lieu de naissance de Pedro. Ils s’établissent dans le palais élevé à côté du couvent de Santa-Clara où repose Sainte Isabelle, la grand-mère de Pedro.  Les conseillers d’Alphonse qui appréhendent de plus en plus l’influence des frères d’Inês, pressent le roi d’en finir avec elle. Le complot s’organise contre la bien-aimée.  Le matin du 7 janvier 1355, un scène étrange se produit à Coimbra.  Peu avant le départ de Pedro pour la chasse, se passe un événement qui apparaît comme un présage funeste.  Au moment où l’infant et ses hommes se préparent à partir, un vieux chien noir, rendu furieux par quelque force mystérieuse, bondit sur Inês.  Le molosse est horrible à voir, la bouche écumante et les crocs découverts. D’un coup d’épée Pedro tue l’animal qui tombe aux pieds de la jeune femme, inondant sa robe de sang.  Une inquiétude superstitieuse envahit l’atmosphère, mais le prince met fin au malaise en donnant le signal du départ.  Angoissée par l’incident, la malheureuse reste seule, le cœur tressaillant au moindre bruit.  Elle pressent un drame.  Le soir, Alphonse IV arrive à Coimbra accompagné d’hommes en armes. Le roi, Gonçalvez, Coelho et Pacheco entrent dans le palais.  Malgré les supplications de l’infortunée, malgré sa grossesse, les pleurs de ses enfants et les hésitations du roi, elle est mise à mort. 

La reine morte.

assassinat d'Inês.

Pour avoir trop aimé, Inès, qui n’a pas trente-cinq ans, tombe victime de la politique, de la jalousie et des intérêts particuliers.  Lorsque Pedro apprend le crime, il s’effondre.  Il est désespéré. Puis, il a une réaction effrayante. Il doit venger ce meurtre odieux.  Les meurtriers, il les connaît. Ce n’est plus des pleurs qu’il doit verser, c’est le sang. Il lève une armée avec les deux frères de la victime et ravage avec sauvagerie les terres des coupables.  Pour arrêter le carnage, Alphonse IV marche avec ses troupes contre son fils.  L’intervention de la reine-mère Béatrice empêche un autre crime, plus abominable encore.  Elle réconcilie le fils avec le père. Désormais, Pedro ne sera plus jamais heureux.  Il pardonne à son père, mais ne pardonne pas aux assassins.  Ceux-ci prennent peur.  Connaissant le caractère redoutable et farouche de l’héritier du trône, ils demandent au roi de le faire jurer de ne jamais tirer vengeance de la mort d’Inês.  C’est bien méconnaître Pedro ou plutôt trop bien le connaître pour demander cela.  Pedro jure ce que l’on veut, si cela peut rassurer.  Deux ans après ces événements, le vieux roi meurt.  A son tour, Pedro le justicier, comme on l’appellera, monte sur le trône.  Oubliant son serment.  Du reste, un serment fait à des meurtriers est-ce bien valable ? Il fait immédiatement rechercher Coelho, Gonçalves et Pacheco.  On arrête les deux premiers, le troisième est en fuite.  Le nouveau roi tient enfin sa vengeance.  Conduits devant lui, Pedro le cruel, autre surnom, ordonne que l’on arrache le cœur de Coelho par la poitrine et celui de Gonçalves par le dos.  L’histoire raconte qu’il demanda qu’on lui apporta des oignons et du vinaigre pour le lapin ( lapin se dit en portugais coelho) et aurait déchiqueté les deux cœurs avec les dents. 

La reine morte.

Punition d'un assassin.


Justice est rendue à la morte, enfin presque.  « Je suis marié, Inês est mon épouse » déclare maintenant officiellement Pedro 1er. 

La reine morte.

.Santa-Clara

Le corps d’Inês qui repose depuis sa mort au couvent Santa Clara aux côtés de la reine Sainte, est transféré le 2 avril 1362 dans l’église d’Alcobaça.  La dépouille voyage en grand cortège, accompagnée des seigneurs, des dames de la cour et du clergé.  Plus de mille personnes les cierges allumés à la main escortent le cercueil.

La reine morte.

Alcobaça.


Selon la tradition, à cette occasion, Pedro plaça le cadavre sur un trône à côté du sien, l’habilla d’un manteau pourpre et posa sur sa tête la couronne royale.  Il obligea, ensuite, les seigneurs présents à baiser la main décharnée de la reine morte, en guise d’hommage.

La reine morte.

La reine morte sur le trône.


Le pape d’Avignon, Innocent VI,  refusa de reconnaître ce mariage et la légitimité de leurs quatre enfants.

La reine morte.

Pedro 1er.

Epilogue.
Fernao Lopes ( cronicas de Dom Pedro 1er) : « …Dom Pedro commanda que l’on fit un monument de pierre blanche, entièrement et subtilement travaillé, et qu’on la représente, posée sur le couvercle, la tête couronnée comme si elle était reine ; et ce monument qu’il fit placer dans le monastère d’Alcobaça… ».  Pedro meurt à son tour, en 1367.  Dans son testament, il demande que son corps soit conduit à Alcobaça et déposé dans le tombeau qu’il avait commandé en même temps que celui d’Inês de Castro.  Ainsi, s’accomplit la dernière volonté du monarque.  Le désir de reposer enfin auprès de celle qu’il a tant aimé. Aujourd’hui dans l’église cistercienne d’Alcobaça, leurs tombeaux se font face, pour qu’à la fin des temps, lors de la résurrection des morts, leur premier regard soit pour eux.  Une histoire d’amour jusqu’à la fin du monde.
J.D.
" ATE AO FIM DO MUNDO "

La reine morte.

Tombeau d'Inês de Castro.


La reine morte.

Tombeau de Pedro 1er;




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