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La peau qu'ils habitent

Par Joachim
Entre ces deux extraits, plus de vingt-cinq ans d’effets spéciaux vous contemplent. A ma gauche, un jalon (des débuts) de l’art vidéo : Three transitions de Peter Campus (1973). La peau qu'ils habitent

A ma droite, une commande-hollywoodienne-faite-à-un-auteur-qui-parvient-à-rester-lui-même-dans-le-système : L’homme sans ombre de Peter Verhoeven (2000).

La peau qu'ils habitent

A ma gauche, la joie des débuts de la manipulation analogique, à ma droite, une démonstration de virtuosité numérique et pourtant… tant de points communs entre les deux, malgré sans doute les gouffres technologiques qui doivent les séparer.

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Les deux vidéos pourraient même porter le même titre, l’original de celui de Verhoeven, Hollow man, l’homme (en) creux. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, un effacement progressif et infini de l’enveloppe corporelle et une façon de marquer la présence humaine non plus par un plein, encore moins par un vide, mais par un intermédiaire : entre l’ombre et l’empreinte, somme toute ce qui reste(ra) de nous quand nous ne sommes (ne serons) plus là.

Le référent culturel explicite de Verhoeven, celui de La leçon d’anatomie du Docteur Nicolaes Tulp (1632), est ici décliné sur le mode de la mutation et de l’évaporation. Comme les fresques dans le métro romain (dans Fellini Roma, donc) devenues invisibles sitôt découvertes, n’existant, littéralement, qu’en un clin d’œil, l’intérieur du corps humain devient une matière plastique qui se volatilise, alors qu’on a seulement pu y déposer son regard dessus.

La peau qu'ils habitent

Mais avec des moyens bien moindres, Peter Campus délivre une démonstration peut-être encore plus impressionnante, car il réussit à donner une surprenante profondeur à la surface parfaitement plane de l’image vidéo, qui devient elle-même une nouvelle matière, dont on découvre les multiples épaisseurs en la creusant. En ce sens, l’image vidéo, pourtant en apparence si froide, si aseptisée, révèle presque une épaisseur végétale, entre écorce et mille-feuilles. Qui plus est, par ces simples superpositions et altérations (qui donne aussi à son œuvre l’allure d’un portrait cubiste en mouvement), Peter Campusbrouille les cartes entre état de nature et beauté artificielle. En révélant un visage nu qui est déjà un masque, voire un maquillage, il signe un petit manifeste visuel qui répond, amende, voire contredit (quoique….) 110 ans plus tard, à l’Eloge du maquillage (Charles Baudelaire 1863).

Et quelque part, Pedro Almodovar peut remercier ces deux artistes de ne pas avoir déjà emprunté ce magnifique titre La peau que j’habite, si pertinents aussi pour cette vidéo et ce film (attention aveu, le Verhoeven, je ne sais pas ce qu’il vaut, je n’ai vu que cette séquence). Réponse dans quelques jours pour savoir si l’apparemment nouvelle inspiration « Franju-Fantomette » d’Almodovar confirme tous les espoirs nés des intrigantes photos et affiches dévoilées jusqu’ici. Et puis, en passant mes excuses pour avoir délaissé ce blog et l’avoir laissé marner entre lassitude personnelle, manque de temps et refus obstiné d’écrire le post de clôture. Cannes redonnera peut-être un nouvel élan à tout ça, mais je dis bien peut-être…


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