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Le désert des tartares

Par A_girl_from_earth

le desert des tartares

LE DÉSERT DES TARTARES

   traduit de l'italien par Michel Arnaud

Voici un "classique" que je voulais lire depuis des années mais qui a été relégué au fin fond de ma PAL, écrasé par toutes ces nouveautés au gré des rentrées littéraires, qui font qu'on peine parfois à ressortir ces incontournables d'antan qui semblent pour le coup un peu passés de mode, si je puis dire.

Je le souligne car je le vis presque comme une victoire, d'avoir enfin réussi à le caser malgré une PAL et une LAL récemment allongées et particulièrement motivantes qui auraient pu encore repousser ma lecture de ce livre à quelques années...

Et quel immense plaisir que de se plonger dans cette littérature pourtant!

Le style de Dino Buzzati ici est simple mais chaque mot sonne juste, donnant corps de façon convaincante aux descriptions des lieux, de l'atmosphère, aux pensées des personnages, nous permettant de les visualiser et les ressentir très précisément.

Ce qui m'a frappée, c'est que le récit est prenant, intrigant, alors qu'il n'y a pas vraiment d'action, le style est sobre mais en deux-trois tournures de phrases, on voyage en émotions et en réflexions.

L'histoire de Giovanni Drogo, soldat affecté dans un fort isolé, est une métaphore de l'existence humaine, une réflexion sur le sens qu'on donne à la vie, les buts qu'on lui imagine, les choix que l'on fait, les causes dont on se convainc de la justesse, les espoirs qu'on se crée, l'absurdité de l'attente de ce quelque chose sur lequel on a tout misé, alors qu'inexorablement, le temps file, nous laissant peut-être passer à côté de l'essentiel. 

Oui, tout cela dans un récit qui ne le laisse pas présager et où il ne se passe rien... Incroyable, c'est ce qui m'a bluffée dans ce roman!

Quant au style, pour l'illustrer plus précisément, j'aime par exemple la façon dont l'auteur s'attarde sur les détails et les développe, aussi insignifiants soient-ils, comme ici, lorsqu'il parle d'un personnage qui tousse, je trouve ça amusant mais aussi tellement bien décrit:

"Dehors, il faisait nuit noire et Augustina eut une petite quinte de toux. Il semblait étrange qu'un son aussi désagréable pût sortir d'un jeune homme aussi raffiné. Mais il toussait avec une savante discrétion, baissant chaque fois la tête, comme pour montrer qu'il n'y pouvait rien, que c'était au fond une chose qui lui était étrangère, mais que, par correction, il était forcé de subir. Il transformait de la sorte sa toux en une sorte de tic capricieux, digne d'être imité."

Il y a par ailleurs quelque chose d'apaisant dans cette lecture, une sorte de solennité apaisante qui colle bien au contexte du récit.

Une très belle expérience de lecture que j'aimerais renouveler. Il faudra que je creuse dans mes vieilles PAL et LAL! 


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