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Je voudrais qu'on m'efface

Par Fibula
Je voudrais qu'on m'efface, Anaïs Barbeau-Lavalette, Éditions Hurtubise, 2010
Je voudrais qu'on m'effacePendant que certains déversent leur fiel sur les subventions accordées aux artistes et sur les artistes eux-mêmes (voir la chronique de Nathalie Petrowski), certaines œuvres nous ramènent, elles, à ce que l'art peut apporter à chacun d'entre nous. L'artiste et son œuvre deviennent alors réellement une porte sur le monde, sur notre monde, ou sur d'autres plus éloignés.
Pourquoi ce lien, dans cet article sur Je voudrais qu'on m'efface d’Anaïs Barbeau-Lavalette ?Parce que l'art tient une place importante dans cette histoire d'enfants, à qui la vie n'a pas fait de cadeau. La musique, en particulier, sera la lumière au bout du tunnel pour au moins une des trois enfants que nous suivons dans ce roman.
Parce qu'il faut montrer à quel point l'art et les artistes sont essentiels à la vie dans une société d'hommes et de femmes tous inégaux économiquement et socialement. Parce que l'art peut parfois être le seul trait d'union entre tous ces humains là. La seule thérapie pour certains, la seule réjouissance pour d'autres. Son accessibilité est primordiale.
Ceux qui ont vu Le ring, film qu’Anaïs Barbeau-Lavalette a réalisé en 2007, reconnaîtront l'environnement d'Hochelaga-Maisonneuve : les prostituées, la drogue, la dureté, la pauvreté que l'on peut voir dans le film. La réalisatrice recrée ce cadre dans son livre et renoue avec ses personnages, enfants blessés, abîmés et délaissés par la société. Comme Kathy et Kelly, témoins des allées et venues de tout le monde dans le quartier, qui sont en orbite autour des trois personnages centraux, Kevin, Mélanie et Roxane. Mais elle a eu l'idée du livre avant le film.
«Les premiers textes nés de cette rencontre [avec Hochelaga-Maisonneuve] ont servi de genèse à mon long métrage, Le Ring. Puis sont arrivées d'autres trames, d'autres enfances.»
On pense souvent au Dr Gilles Julien en lisant ce livre, le pédiatre qui a créé le premier centre de pédiatrie sociale en communauté dans Hochelaga-Maisonneuve, en 1997, et à l'un de ses projets, Le garage à Musique.Ou encore à Jeunes musiciens du monde, qui a son école dans Hochelaga-Maisonneuve également.À quel point la musique peut sauver, même si les parents de Roxane oublient l'un et l'autre d'aller la voir à son concert, à cause de l'alcool, compagne destructrice dont ils n'arrivent pas à se séparer. À quel point la puissance du violon pousse la jeune fille à fuir son milieu pour être sauvée.
Je voudrais qu'on m'efface, depuis le titre, d'une tristesse absolue, jusqu'à la dernière ligne, est absolument décourageant et douloureux, par cette dureté infligée à de nombreuses familles, et qui s'inflige à nous par la proximité que nous avons avec elles. Mais il s'agit d'une lecture nécessaire, à la fois stylée et froide, mais très vivante, cinématographique. Un style sans pathos, direct, mais qui nous arrache des larmes d'impuissance. Anaïs Barbeau-Lavalette frappe fort et nous ouvre à un monde qui l'a bouleversée à jamais. Un monde où les enfants n'ont pas vraiment de vies d'enfants et nous donnent des leçons de résilience époustouflantes, mais aussi où la misère se répète, se transmet et pointe du doigt la responsabilité d'une société entière.
« Je ne l'ai pas écrit pour éveiller les gens mais parce que je crois que ces kids ont les plus grandes histoires au monde à raconter.»
Non seulement elle donne la parole à ces kids, mais en plus, elle nous éveille... Et doublement, avec son film (qu'elle a pu réaliser avec quelques subventions bien méritées), et son livre.
Un article dans La Presse, par Marie-Claude GirardL'article de Tristan Malavoy-Racine dans le Voir
[Lætitia Le Clech]
Humeur musicale : Chocolat

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