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Notes sur la création : Pierre Michon

Par Florence Trocmé

Mais vous savez qu’on présente parfois votre travail comme une entreprise de restauration d’une littérature éclatante, qui retrouverait le lustre de la langue et de la rhétorique anciennes, après les prétendus errements des avant-gardes. 
 
Ce n’est pas une restauration : les écarts de langage sont multiples, la rhétorique est brisée sans cesse. Les langues de Claudel, de Chateaubriand ou de Bossuet me plaisent considérablement, mais il me semble que je les casse. Qu’est-ce que c’est cette histoire ? J’ai beaucoup lu certaines avant-gardes, les gens de Tel Quel par exemple, dans les années 60. Les avant-gardes nous ont à la fois empêchés d’écrire et ont fait, peut-être, que nous n’avons pas écrit n’importe comment. Nous sommes plusieurs à qui elles ont permis d’éviter un relâchement et un retour. Il faut les avoir toujours à l’esprit. Ce sont des lectures qui nous ont permis d’affiner notre goût tout en ne récusant pas pour autant le grand style. Regardez les engouements de ces gens-là : Artaud, c’est quand même du très grand style. Et René-Louis Des Forêts : voilà quelqu’un qui a toujours lu avec beaucoup d’attention et de respect les multiples rappels à l’ordre de l’avant-garde, mais qui avait en dépit de cela une œuvre de langue, de grandes strophes, de grands enjambements. Une des raisons peut-être pour lesquelles on veut me faire endosser cet habit de réactionnaire, c’est qu’à mes yeux le vieux concept périmé de beauté conserve en art une valeur pertinente. 
 
Pierre Michon, Le roi vient quand il veut, Albin Michel, 2007, p.95 


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