Magazine Culture

Père, fils et...Maupassant

Publié le 17 mai 2011 par Dubruel

à la mode de Baltha :

309581793_0df3a17afc.jpg

DUCHOUX

A huit heures, Merlais, baron d’Empire

Rentrait chez lui, comme d’habitude.

Ce soir, il sentait s’appesantir

Le poids de la solitude.

Jadis, alerte et fort,

Il donnait ses jours au sport,

Et ses nuits au jeu, à la fête.

Aujourd’hui, les femmes l’embêtent,

Les exercices l’anéantissent

Et les diners l’alourdissent.

Soudain, il se souvint d’un fils

Elevé près de Nice

Qui ne connaissait pas son père.

Merlais ne s’en été soucié guère

Même s’il avait payé la nourrice,

Le collège saint-Brice,

Quelques jours de fête,

Et enfin une dot correcte.

Sitôt chez lui, le baron

Prit une bonne décision.

« Je pars en voyage,

Prépare un léger bagage »,

Fit-il au valet patientant

Dans le hall en l’attendant.

Après une nuit en wagon-lit,

Merlais se vit

Dans la glace du compartiment.

Saisi de découragement,

Il scrutait ses joues avachies

Estimait son front plissé:

« Bigre ! Je ne suis pas défraichi,

Songeait-il. Je suis avancé ! »

Vers onze heures, il frappait

A une porte branlante. « S’il vous plait,

Monsieur Duchoux ?... Je désire

Avec lui m’entretenir. »

Une souillon de femme

Aux relents d’ail infâme

Cria : «Une visite, Duchoux ! »

-En effet, pour se remémorer

Qu’un jour, il avait procrée

Son fils sous un chou pommé

Merlais l’avait nommé

Duchoux.

Dans un réduit enfumé.

Devant une table abimée

Un homme chétif, gesticulant

Crayonnait sur un papier blanc.

-«Vous êtes monsieur...?»

-« Merlais. Parisien, je veux

Par ici, acheter un mas.

C’est votre fille là-bas ?»

-«Oui, la cadette. Voyez,

Moi, je suis un bâtard,

Un enfant du hasard.

Demain, si vous voulez,

Je vous montre non loin d’ici

Un mas de bonne superficie. »

Merlais se représentait

La jeune et jolie dame

Blonde et mince, qui répétait

De toute son âme :

« Mon cher aimé,

On ne se séparera jamais.»

Elle l’aima avec passion.

Et fut enceinte. A Léon,

Son époux honni,

Gouverneur de colonie,

Elle dissimula son état

Et nullement ne se manifesta.

Peu après la naissance,

Elle trouva un moyen de délivrance :

Une nuit d’été,

L’enfant fut emporté.

Et elle rejoignit

Son mari dans sa colonie.

...Duchoux n’avait plu au baron

Ni par l’allure, ni par le ton.

Merlais trouvait la masure pouilleuse

Et la conjointe crasseuse.

Rien ici donc ne le retenait

Ni même ne l’incitait

A se faire connaitre.

Il préféra disparaitre.

-«Où étais-tu passé ces temps-ci ? 

Questionna un ami,

A son retour.

On ne t’a pas vu de trois jours !

Tu étais souffrant ? Alité ?»

-«La migraine. Peu de chose en vérité.»

signé Balthazar

Dans l’esprit du paysan tout l’effort de la religion consistait à desserrer les bourses, à vider les poches des hommes pour emplir le coffre du ciel. C’était une sorte d’immense maison de commerce dont les curés étaient les commis, commis sournois, rusés, dégourdis comme personne, qui faisaient les affaires du bon Dieu au détriment des campagnards.

Le Père ALa petite Roquemable

  


Vous pourriez être intéressé par :

Retour à La Une de Logo Paperblog

Ces articles peuvent vous intéresser :

A propos de l’auteur


Dubruel 73 partages Voir son profil
Voir son blog

l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte l'auteur n'a pas encore renseigné son compte

Magazine