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Béa de Capri à Carmon - Paul VILLACH

Par Liliba

18 mai 2011

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Vous commencez à me connaître (ou sinon vous le découvrirez très vite !), j'aime bien quand il y a polémique et je suis souvent tentée de lire les livres que vous descendez en flèche, juste pour me faire ma propre opinion... Et aussi parce que l'exercice intellectuel de chroniquer un bouquin qu'on n'a pas du tout aimé me parait extrêmement intéressant. Je ne me permets pas en effet de juste dire "ce roman est nul", même si je le pense, mais m'efforce d'étayer mon jugement. Et c'est d'autant plus difficile d'y arriver quand le livre vous a été offert par l'auteur himself, comme c'est le cas ici...

Résumé de l'éditeur:

Non, jamais leur entourage n'aurait parié qu'ils pussent un jour se rencontrer : un homme et une femme se croisent pourtant et tombent follement amoureux l'un de l'autre.

Vont-ils pouvoir préserver le sanctuaire de leur amour d'interférences familiales, amicales et professionnelles pour vivre une expérience érotique d'une rare intensité ?

Celle-ci commence par hasard à Capri, mais pas selon le cliché que cette île fait naître à l'esprit.

La jeune femme s'appelle Béa. Et le voyage qu'ils entreprennent est "le voyage des béatitudes".

Que leur réserve Carnon, un petit port de plaisance sans charme à deux pas de Montpellier ?

C'est l'amant qui raconte, sans euphémisme ni litote, ni tige de jade ni vallée de cinabre. Certains crieront à l'indécence.

Dans son incandescence, l'érotisme a-t-il à se préoccuper de savoir s'il franchit ou non les bornes de l'indécence, puisqu'il est la mesure de la décence même ?

Sous les grands vents qui emportent des êtres éphémères par milliards, les fouettent et les poussent à s'unir pour atteindre, par générations perpétuellement renouvelées, à l'immortalité de l'espèce humaine, l'érotisme est la seule oasis où se retrancher qu'un homme et une femme, promis à la mort, puissent s'inventer pour voler et goûter un court moment d'éternité .

Voilà donc un roman - car l'auteur insiste bien sur le fait que cet écrit n'est en rien autobiographique - qui est, ou se veut être un hommage à Béa, l'héroïne. Si l'auteur nous permet de voyager à travers l'Europe et notamment en Italie et nous offre quelques pages sympathiques de descriptions des paysages et villes traversées par le couple, mon intérêt s'est malheureusement trouvé vite limité par cette histoire qui à mon goût tourne en rond et surtout par le style et les insertions "érotiques".

J'ai déjà lu à plusieurs reprises des ouvrages érotiques, j'ai même lu des ouvrages carrément cochons, mais là, nous sommes dans une sorte de mix entre les deux assez dérangeante. L'érotisme, pour moi, c'est affrioler, attirer, titiller, dire et montrer juste ce qu'il faut sans toutefois tout dévoiler. L'érotisme, c'est donner envie de, exiter. Il doit être emprunt de pudeur, de beauté, de douceur. En un mot, l'érotisme n'a rien à voir avec le sexe cru et le langage érotique ne doit pas être un langage descriptif direct. On tombe alors, selon moi, dans la pornographie. Qui ne me choque pas en tant que telle, si je suis avertie d'avance que c'est ce que je vais rencontrer...

Ici, c'est assez clair dès le départ. En effet, la passion qui naît, alors qu'ils n'auraient jamais dû se rencontrer ni s'aimer, entre les deux amants semble être pour grande part dûe à leur attirance sexuelle : "Pourquoi ce dîner italien, pourquoi cet abandon amoureux, cette fureur inassouvie, cette fusion de nos êtres ? - J'en ai pris mon parti ! Que ça dure le temps que ça dure ! Mais sache que je n'ai jamais autant joui qu'avec toi."

Bien sûr, amour et couple sont indissociables du sexe et se complètent, mais je ne vois pas l'intérêt de décrire des scènes d'amour crûment alors qu'il y a tant et tant de belles façons d'exprimer l'amour. Peut-être suis-je restée trop romantique... mais certains passages font plus penser à un cours de biologie avancé qu'à un livre censé être érotique... Et puis je viens de lire le dernier Deghelt, qui écrit si merveilleusement l'amour que toute comparaison est impossible...

L'auteur passe étrangement d'un passage très cru à un lyrisme qui souvent m'a fait éclater de rire ; sonnez trompettes et clairons ! le style est si pompier qu'il en devient totalement indigeste, mais tellement indigeste qu'il en devient drôle... Les métaphores s'accumulent, des images pour le moins déconcertantes sont utilisées : "les seins pomme" qu'on retrouve tout au long du roman ou bien "l'as de coeur renversé de ses fesses dodues", le "vestibule de Béa si proche de son alcôve",  mais aussi "la queue" du narrateur que Béa mendie comme une vraie chaudasse dès qu'il arrive dans les parages. Bref, Béa couine quand elle jouit, elle aime la queue de son amant qu'elle réclame à grands cris "Oh que j'aime ta queue ! J'aime ta queue"...

Franchement, ça vous fait des titillous dans le creux du ventre, à vous, ce genre de récit ? Personnellement, je préfère de loin me délecter avec un bon San Antonio ou un SAS, dont le vocabulaire sera bien plus crû, mais qui auront le mérite d'avoir une vraie intrigue menée tambour battant et avec humour par un auteur talentueux...

"Elle me tend amoureusement sa vulve aux grandes lèvres applaties l'une sur l'autre. On dirait un sandwich de petits pains au lait. Elle a un préservatif à la main. Décidément elle pense toujours à tout. J'en habille vite ma queue et, sans même ôter son slip, la pénètre dans un râle mêlé au cri que lui arrache mon entrée fracassante. "Donne moi ta queue !" hurle-t-elle pour saluer sa venue, alors que déjà elle la broie, la triture, la fait aller et venir dans un balancement rapide des fesses d'avant en arrière." (page 52 si vous voulez lire la suite...)

« Elle s’offrait au plaisir sans réserve comme la façade gothique au soleil. Ses convulsions ont déclenché les miennes. Je me suis alors jeté à corps perdu dans la gloire où Béa toute vive se consumait déjà en plein soleil. »

Bref, ce voyage qui aurait pu être aussi beau que les villes traversées est devenu vite au fil des pages lourd à digérer. L'histoire d'amour ne semble pas évoluer, à part de scène de sexe en scène de sexe, j'ai eu l'impression d'être une voyeuse dans une histoire qui ne me regardait pas. Je n'ai à aucun moment ressenti les sentiments de Béa ou de son amant, tant l'intrigue, si on peut appeler cela une intrigue, ne tient que par les récits de leurs ébats sexuels.

Capri, c'est fini, c'est tout du moins ce que dit la chanson, mais ce sera ici à Carnon que tout va se terminer, et nous sommes bien heureux qu'ils n'entreprennent pas un tour complet de l'Europe. Ce couple qui semblait n'avoir que peu de mots à échanger, rien d'autre en fait que leurs muqueuses et le plaisir sexuel, se séparera de façon très abrupte. Enfin, c'est plutôt Béa qui fuit, ressentant peut-être enfin, la vacuité de leur relation (je l'espère pour elle...).

La troisième partie est très étrange et je n'ai pas bien compris ce qu'elle venait faire à la suite de ces récits d'amour et d'ébats. L'amant délaissé entame un véritable pamphlet (pour se libérer de sa rage d'avoir été évincé ?) contre le milieu professoral et l'Education Nationale. On a l'impression que l'auteur règle ses comptes et ça tombe comme un poil de cul sur la langue cheveu sur la soupe puisque le sujet n'avait qu'à peine été esquissé auparavant. On parle du parcours professionnel de Béa, dont le narrateur se fichait comme d'une guigne quand elle lui tendait ses fesses et il n'a de cesse d'accuser les "médiocres" et les "courtisants du pouvoir" et la différence socio-professionnel entre lui et son amante.

Une petite phrase aussi, qui m'a fait sourire : "Et en plus, pour couronner le tout, elle voue un culte à l'épave Johnny Halliday, ce pastiche de sous-culture américaine, qui est parti en Suisse planquer sa fortune : un disque d'or de cet inculte braillard brille comme un soleil au mur de sa salle de séjour..." On dirait que l'auteur est jaloux, vous ne trouvez pas ?

 Bref, un roman étrange et dérangeant, certes, mais certainement pas l' "oasis culturelle et érotique" promise...

Ce roman, lu en août dernier, a tout de même eu l'immense mérite de nous procurer à mon mari et à moi l'un de nos plus fabuleux fous rires depuis de longues années... Au milieu de la nuit, insomniaque comme souvent, j'ai allumé et repris ma lecture. Mon homme, réveillé lui aussi m'a demandé ce que je lisais et comme je lui répondais "un roman érotique", m'a demandé de lui en lire quelques pages... avec l'arrière pensée que cela comblerait bien agréablement notre temps d'insomnie en nous donnant de bonnes idées sur la façon la plus adéquate d'occuper la fin de la nuit... Mal nous en a pris, quelques pages ont suffit pour que nous éclations de rire à en avoir mal au ventre, tant le langage employé, la tournure des phrases, les situations nous ont semblé ridicules. Impossible de faire des câlins cette nuit-là, nous n'arrrivions pas à garder notre sérieux et le fou rire nous reprenait sans relache... Comment ne pas rire en effet en lisant ceci (prenez votre respiration) : "Non, branchés à nos prises mâle et femelle, nous sentons une plénitude sereine nous envahir dans le courant qui circule et nous emporte l'un vers l'autre. Quelques décharges par instants vérifient l'intensité du désir qui n'attend pas de s'assouvir mais de se fortifier seulement dans la promesse d'une déflagration de plaisir toujours plus puissante quand les flots accumulés rompront le barrage et submergeront dans l'allégresse la plaine de nos impatiences au-delà de toute espérance."

Ou bien : "La foudre du plaisir venait de fondre sur elle. Tordue de convulsions, les seins battants que mes mains avaient laissées poru empoigner ses fesses, elle brûlait, flamboyait d'un rire inextinguible. Sous ses coups de boutoirs frénétiques, ma queue s'est déchirée et je me suis, dans l'intime union simultanée d'un éclair et d'une déflagration, jeté avec Béa dans le brasier de son étoile."

Et bien sûr le jeu de mot final : "Tout ce que je sais, c'est qu'elle était fête pour moi."...

Si vous voulez malgré tout le lire, je vous l'offre (enfin ce qu'il en reste !) avec grand plaisir !

Editions Lacour. A noter que le roman est parti en lambeaux en cours de lecture... Les pages, mal collées, se sont toutes détachées dans la première partie du livre d'abord, puis partout ! Réflexion de mon homme : "avec toutes les cochoneries qu'il y a dedans, ça devrait pourtant coller !".

A noter aussi plusieurs grosses fautes de grammaire : accord des verbes notamment :  "j'ai voulu tout de même goûté l'eau" (page 237),qui à chaque fois que je les rencontrer, me font bondir...

Un roman lu par Cynthia, Daniel , plutôt dubitatifs... et Alex , Alwenn (qui ont bien aimé).

Posté par liliba à 08:00 - J'ai lu, mais j'ai détesté - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : couple, sexe, voyage, érotisme
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